Projets en cours  :

Traque Traces : fiction collective sur la mise en données du monde

Et pour Madame ? : dialoque textes/dessins avec Marie Delafon

Simple Appareil ® : mise à nu d'un personnage fictif par les sismographes sociaux, fabricants de notre réel.

Compléments d'objets : nos manières d'être au monde, d'agir dessus, explorées par le truchement de nos objets, de nos appareils.
A mains nues : photographier des mains dans le métro pour faire parler les visages.

Lundi 30 mai 1 30 /05 /Mai 16:07

 

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Ici, ce sont les archives....

 

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Par cécile portier
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Mardi 17 mai 2 17 /05 /Mai 13:33

 

 

 

Je me suis réveillée ce matin perchée dans le bleu, dans le lumineux. Je suis sortie, en bas je savais bien qu'il y avait la mer, mais c'était mieux de continuer sur les hauteurs, alors j'ai sillonné la colline selon la même courbe de niveau, j'ai longé une rue aux maisons basses, elle semblait déboucher dans le ciel directement. Au bout, il y avait quand même quelque chose, le cimetière marin. Mais est-ce vraiment un lieu, le cimetière marin? Ce n'est pas un lieu, c'est de l'écriture, de l'écriture directement transfigurée en géographie, adossée à l'azur. Et c'est pour cela que ce cimetière là est si aisément transposable en chansons, en citations. Il est déjà au bon format.

J'y suis entrée, forcément. J'ai longé les allées, certaines excavées.

 

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Bientôt je suis tombée sur des panneaux qui me disaient où aller.

 

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Mais après, ça s'est compliqué.

 

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Alors, je me suis laissée prendre par des détails. J'ai trouvé, par exemple, et c'est normal dans ce lieu qui n'en est pas un, qui est de l'écriture directement, j'ai trouvé des grands-parents possibles pour l'un de mes personnages de fiction. J'ai été triste de les retrouver là, de faire leur connaissance comme ça.

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J'ai vu, aussi, les ombres portées de l'histoire.

 

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Et puis, plus loin, j'ai trouvé l'exact inverse de ce que je croyais chercher. Un emplacement, qui ne signalait plus rien d'autre que son abandon. Et je me suis dit que c'était bien ainsi, je n'avais pas besoin d'aller plus loin, j'avais trouvé l'essentiel : la fin des concessions.

 

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Le reste, on ira le trouver dans les livres, car en vrai c'est là qu'on s'abreuve.

 

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Alors j'ai descendu la colline, jusqu'au miroitement des canaux, jusqu'à l'odeur de poisson. En frôlant une vitrine j'ai vu cette autre stèle, et j'étais bien d'accord : nous n'avons pas besoin de preuve.

 

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Et ce soir, j'irai pique-niquer sur le brise-lames avec mes amis, Juliette et Stéphane. On ira sur un bateau, qui s'appelle l'Espadon.

Par cécile portier
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Mercredi 11 mai 3 11 /05 /Mai 09:16

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Dans cette maison, il y a des endroits sombres, qu'aucune électricité ne vient encore révéler. Bien sûr on peut y pénétrer à la lampe torche, découper des morceaux de réel dans tout ce noir accumulé. On voit alors des dizaines de bouteilles jonchées, remplies encore, pour certaines, d'un liquide épais. Ou bien, dans cet autre endroit, au sol, sous les pieds, une trappe, et sous la trappe aucun escalier, le vide. Mais le faisceau n'abolit pas l'ombre, et quand on sort, qu'on referme la porte, le noir envahit tout l'espace derrière, derrière la porte, mais derrière la tête aussi. On retrouve ces sensations d'enfance, tout ce peuple du noir prêt à surgir derrière n'importe quelle porte inhabitée, cave ou placard à chaussures. Et c'est comme s'il reprenait sa place, le sombre. Sa vraie place impossible à coloniser, juste à côté, contigue à notre propre monde. Et entre nous seulement cette mince porte, et l'iilusion de pouvoir la maintenir réellement fermée.

Cette mince porte, on la pousse toutes les nuits, pour y explorer quoi? Nous en revenons chaque matin aveugle et sourd, seulement peuplé d'indices, et d'une peur sans origine. Alors, on s'étourdit de travail, de lumière, on civilise avec ardeur les pièces à fenêtres.

 

Si vous voulez pousser la porte éveillés, il y a bien ça qui peut servir de pied de biche, le texte que j'ai écrit en janvier 2010, chez Publie.net, et qui vient d'être réédité, en version augmentée, en epub, de quelques textes chuchotés : Saphir Antalgos, travaux de terrassement du rêve,  (et merci à François Bon pour l'occasion donnée de cette nouvelle version).

 

Par cécile portier - Publié dans : Habitable
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Vendredi 6 mai 5 06 /05 /Mai 00:01

 

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La rue s'amollissait à vue d'œil. On quittait son domicile à n'importe quelle heure du jour et on perdait l’équilibre au bout de quelques pas. Le sol gondolait sous ses pieds. Le goudron s'étirait, se déformait sous les semelles. Il se figeait par endroits puis à nouveau se distendait. La rue perdait de sa substance, se tordait en vagues imprévisibles. On ne reconnaissait plus sa route, on avait de plus en plus de mal à atteindre une destination.
Une odeur tiède de caramel montait du sol. La rue devenait parfois fondante comme du fromage trop fait, sous la croûte rigide du goudron on devinait la pâte coulante. On avançait sur un immense tapis mouvant. Pour ne pas se rompre le cou, on tâchait de glisser tel un funambule sur ses vagues rugueuses.
Les hôpitaux étaient assaillis de corps éclopés, de chevilles foulées, de jambes fracturées, de ventres ou de bras éraflés. Ceux qui s'accrochaient aux autres tombaient sous le poids général. Il fallait avancer individuellement, miser sur sa propre légèreté.
Cela amusait les enfants qui se ruaient dehors, roulant et sautillant dans le relief instable, mais lorsqu'ils se heurtaient soudain à une vague plus haute et se cassaient la figure, on les ramassait en pleurs dans les creux de l'asphalte, on en trouvait parfois ensevelis ou coincés. Plus aguerris, les adolescents avaient adapté leur planche à roulettes et s'élançaient en quête de sensations fortes. La rue n'était jamais la même. Il arrivait que dans l'élan la pointe de leur planche s'enfonçât violemment dans une partie plus molle. Elle restait alors engluée et se figeait ainsi, s'élevant du sol comme un trophée.  
Les vieux n’hésitaient pas à sortir mais ils préféraient s'allonger aussitôt et ramper dans les méandres. Ils prenaient leur temps, collaient leur oreille contre le sol. On repérait de loin des nappes de silhouettes colorées étendues ça et là au milieu de la chaussée. Il fallait passer entre les corps, éviter de leur marcher dessus.
Le sol était partout jonché d'objets divers, talons perdus, trousseaux de clés en éventail, lunettes brisées, sacs, vestes, téléphones, journaux, bracelets, cartables, foulards, parapluies gisant comme des trésors abandonnés.
Les services de la voirie, mobilisés depuis le début, intervenaient quotidiennement. Les premiers agents arrivaient en fin de journée. On avait installé aux deux extrémités de la rue d'imposantes machines qui empoignaient dans sa largeur un morceau de la bande goudronnée. Le bras mécanique décollait la couche de bitume et la tirait comme une peau, extrayant le surplus par tractions successives. Les agents récupéraient les chutes qu'ils stockaient dans des cuves maintenues à haute température. Plus tard dans la soirée, des rouleaux compresseurs passaient et repassaient durant plusieurs heures pour aplanir le sol. Dans l’écrasement, les objets abandonnés se mélangeaient au goudron. Au début de la nuit, les derniers agents prenaient alors le relais et retraçaient en blanc la signalétique sur le sol, noircissant les anciennes bandes qui se trouvaient décalées. Il y avait pourtant longtemps qu'on avait délaissé les voitures. Elles dormaient paisiblement dans les garages. Parfois l’envie revenait, on se glissait à l'intérieur et on allumait le moteur, on écoutait la musique. On restait un moment à l'intérieur puis on descendait et on refermait à clé.
Après la dernière intervention, le sol demeurait à peu près plat jusqu’au petit matin. On voyait alors au milieu de la nuit les gens quitter peu à peu les maisons et gagner irrésistiblement la rue. Ils se mettaient à marcher sans but,  librement, le corps debout, levant les jambes l’une après l’autre dans un mouvement sans fin. On croisait ainsi des foules de badauds à la lueur des réverbères, qui tournaient ensemble.

 

 

Texte de Sandra Hinege, qui m'a fait le grand plaisir d'accepter de venir écrire chez moi, pendant que j'écris sur son très beau blog Ruelles, par le principe des vases communicants, auxquels participent tout un tas de gens très bien, dont vous trouverez, grâce à Brigitte Célérier, la liste ici.

 

Par cécile portier
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Jeudi 28 avril 4 28 /04 /Avr 11:00

 

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Hier soir, un voisin de l'immeuble du fond vient me voir, me parle, me montre une fenêtre en haut, mais je ne comprends pas, son fils arrive, m'explique, me dit, "vous savez, notre voisin de palier, ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu, et à l'étage ça sent très mauvais. On a frappé, ça répond pas, on s'inquiète".
J'appelle les pompiers, je les attends devant l'immeuble, ils arrivent, je leur montre, de loin, où c'est. Je suis seule avec les enfants ce soir là, alors ensuite je rentre, je ferme la porte, les fenêtres, les rideaux, et on reprend comme si de rien n'était, le dîner, le dessert. On entend les coups sourds contre sa porte, ensuite on n'entend plus rien.

Et puis, des petits coups, sur notre porte à nous, alors j'ouvre, et le pompier me dit, oui, il est décédé, et visiblement ça fait un peu longtemps déjà, mais rassurez-vous on l'a trouvé dans son lit, dans un sens c'est une belle mort.
Les pompiers partent, viennent les policiers, et à une qui porte un masque et des gants, et qui est sortie un moment dans la cour avec un formulaire à remplir, je demande comment s'y prendre, pour assister aux obsèques. Elle me dit, le nez sur son papier, pour l'instant on ne peut rien faire, il faut retrouver la famille. Je dis, pour ce que j'en sais, il n'a personne, en tout cas personne ici, peut-être en Tunisie. Elle répond que le corps sera emmené à l'institut médico-légal, jusqu'à ce qu'on retrouve une famille, qui décidera quoi faire. Et si on ne la retrouve pas, au bout d'un moment on procédera à l'incinération.

Il habitait au deuxième étage, porte droite. Quel âge il avait je n'en sais rien, sans doute plus de soixante dix. Il était malade, on le savait, on ne savait que cela de lui, son coeur malade, et qu'il vivait seul. On le voyait de temps en temps, sortir, rentrer, la casquette noire vissée, la tête baissée, qu'il relevait seulement pour dire bonjour, tout doucement. On le voyait de temps en temps, mais pas si souvent, nous n'avions pas forcément les mêmes horaires. Et puis il était si discret qu'on ne s'étonnait pas qu'il soit rare. Cela faisait sans doute plusieurs semaines que je ne l'avais pas vu, et je n'en ai conçu aucune surprise. D'ailleurs, je n'ai pas une seule fois pensé à lui, pendant tout ce temps où je ne l'ai pas vu. Et hier soir je n'ai pas su me rappeler son nom, c'est un voisin qui me l'a redonné.

Vers minuit le long de nos fenêtres on a vu la lueur d'une lampe de poche, on a entendu le bruit de roulettes métalliques poussées sur le mauvais pavé. C'est comme ça qu'il est parti, dans la nuit, sans autre accompagnement que professionnel. Il n'y aura sans doute pas, autour de lui, de capitons en satin. Il n'y aura sans doute pas de témoignage de ce qu'il fut, de sa vie, des souvenirs qu'il a laissé, à l'heure de le mettre en terre ou de l'incinérer. Alors qu'il y ait au moins cela, ces quelques mots.

Par cécile portier
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