Simple Appareil ® : mise à nu d'un personnage fictif par les sismographes sociaux, fabricants de notre réel.
A mains nues : photographier des mains dans le métro pour faire parler les visages.
Petite
racine
Nos bibliothèques tiennent sur nos paumes, ces paumes puissantes capables de tenir le couteau, le couteau qui racle la chair d’un homme pris vivant, qui dépèce ses muscles, tout, jusqu’à l’os, du poignet jusqu’à l’épaule. Des paumes puissantes capables de faire ça. Et après se les laver. Parce que nous ne sommes pas des saints. Nous savons. Nos mains sont rouges. Couleur incrustée dans la masse. Alors nous tenons nos mains occupées, grève du meurtre ici et aujourd’hui ! Sur les lignes de vie, nous lisons les textes que nous avons palmcastés. Des textes, des images, du son. Nos bibliothèques sont sur nos paumes : nous avons développé à force de temps et d’accidents des formes nouvelles de partage et de vie. Nous sommes des hommes de main, volatils, inquiétants.
Nous suivons Kafka et nous le devançons, entre les lignes aujourd’hui je lis : la littérature est un bond hors du rang des meurtriers. De la pulpe des doigts, sur ma paume, j’écris ces mots que déjà vous lisez et j’envoie. Et ça part, c’est parti, pour frapper en plein dans le corps des vivants. Nos mains sont vertes.
Mais nous savons. Nous ne sommes pas des saints. Demain, il faudra recommencer. Nos mains sont rouges. Sisyphe, va, va te rhabiller.

A publié Contact en avril 2008, aux éditions du Seuil, dans la collection Déplacements dirigée par François Bon
Articles dans les revues R de Réel, Contretemps
(photographie Xavier Schwebel)