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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 06:47

Cela fait bien longtemps. Bien longtemps que je n'ai pas dit bonjour à quelqu'un en lui serrant le poignet.
 "Je ne vous serre pas la main, elle est sale." Ce ne sont pas les banquiers qui disent ça, non. Ni les tueurs à gage, ni même les hommes d'Etat.

Une ménagère qui sort les mains de sa vaisselle, un réparateur automobile, un peintre en bâtiment, un marchand de primeur. Toute personne travaillant de ses mains, et les salissant, au sens propre.
Toute personne néanmoins civile, et proposant cette manière désuette de compromis : tendant le poignet pour la main, synecdoque? ; le poignet pour la poignée, homonymie? - en tout cas, jolie figure de style pour signifier le déplacement.
(j'aimais aussi le geste qui accompagnait souvent celui là, qu'avec le même dos de poignet tendu à l'autre la personne s'essuyait le front d'un geste las, avant de commencer la conversation)
Je me souviens du sentiment éprouvé dans ces échanges "faute de mieux" : un petit sentiment de gêne d'être là, à serrer cette partie passive du corps de l'autre avec sa propre main transformée en pince de crabe, et en même temps, la reconnaissance confuse envers l'autre, qu'il cherche ainsi à compenser le contact impossible par un autre contact.
Car je veux bien croire que je rencontre peu de travailleurs de leurs mains, que ce soit cela avant tout qui explique le manque d'occasion de serrer des poignets. Mais je perçois aussi que c'est une pratique en déshérence, qu'on préfère aujourd'hui donner seulement le bonjour, et le hochement de tête distant.

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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