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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 22:11














La persévérance m'angoisse. Pour ce qu'elle comporte de répétitions nécessaires. Il y en a tant besoin, de répétition, pour vivre sa vie, tant besoin de gestes mille fois répétés, que j'aimerais parfois qu'au moins, l'écriture n'en comporte pas. L'écriture et ce qui va autour, les projets qu'on échaffaude comme prétexte. 
Alors, dans ce projet de récolter des mains, l'accumulation n'est pas ce qui me fait plaisir, ni celle des photos-trophée, ni celle des mots répétés, de la formule désormais automatique, celle dont j'ai éprouvé qu'elle marchait le mieux pour obtenir l'assentiment des personnes.
Raison pour laquelle les mains se font rares en ce moment ici.
Et pourtant je me dis qu'il le faut, perséverer, non pas pour obtenir un corpus suffisamment consistant, mais pour la relation qui s'engage, éphémère, et jamais la même, avec la personne rencontrée.
Donc l'autre fois je prends le métro, je me dis que je vais faire cet effort, demander des mains. En face de moi, un homme avec des grosses bagues à chaque main. Bonne pioche, peut-on penser. Et pourtant quelque chose me dit de ne pas le faire. Je renonce. Je me plonge dans mon bouquin, On n'est pas là pour disparaître, d'Olivia Rosenthal.Texte froid et pour cela-même bouleversant sur la maladie d'Alzheimer. Je suis en train de lire un passage qui parle de la répétition, du fait que pour un malade d'A., chaque geste répété, même mille fois, est inédit. Je lis cela, je suis bouleversée. Je suis boulerversée aussi parce que pendant tout ce temps où je lis, l'homme dont je n'ai pas pris les mains en photo est là en face de moi et me fixe, me fixe en marmonnant, et en agitant sans cesse, dans un mouvement toujours le même, son index, comme s'il devait inlassablement me le dire : non non non.

La question de l'illustration de cet épisode, je me la posais évidemment. Et puis ce matin je suis repassée devant une vitrine où il y a quelques mois j'avais pris la photo de droite. Ce matin, la vitrine était comme sur la photo de gauche.

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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commentaires

Chr.+Borhen 17/05/2009 09:03

Immobilité du fluide... Comme vous dites.