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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 13:32


Entre midi et deux quand je peux je sandwiche netvibes, je mange en regardant l'écran, les nouvelles des sites amis. Entre midi et deux : un gond entre le matin et l'après-midi, qui si pas assez huilé grince fort en fin de journée.
Je tombe sur ce texte de
François Bon, Fermez la porte. Il cite Adorno. "C'est ainsi qu'on a désappris à fermer une porte doucement et sans bruit, tout en la fermant bien."
L'émotion nait de l'articulation soudaine de deux pans de réalité. Je lis ce texte, je pense immédiatement aux doigts des enfants. A ces doigts d'enfants dont j'appréhende toujours la présence dans les gonds, quand une porte se ferme. Je dis cela, ce n'est pas une anecdote : c'est un rapport au monde permanent. Impossible de fermer une porte sans y penser. Même quand il n'y a pas d'enfants dans les parages, cette vision du gond, de ce qui pourrait l'entraver, de la blessure, de l'accident, m'obsède. Et bien quoi, c'est une névrose? Un rapport au monde fondé sur la peur de coincer des doigts c'est peut-être un peu... étroit?
Oui. Et en même temps, à lire ce texte d'Adorno, disant que la technique nous a tellement habitués à fermer les portes en les claquant qu'on ne sait plus les fermer autrement, je ressens le soulagement de me dire que le souci de l'autre, de ses doigts, de cette partie très fragile, très périphérique et très essentielle de lui même, ce n'est pas qu'une négativité anxieuse, c'est aussi peut-être, le début d'une manière de sauver nos gestes d'une modernité où ce sont les objets qui d'habitude les façonnent. C'est peut-être le début d'un sentiment politique : toujours penser aux doigts des autres quand on ferme une porte.
- la porte de nos frigos, de nos bureaux, de nos maison, de nos frontières
                                                                              fin de la pause dej, je vais rouvrir ma porte, pensant que l'écriture, avec le nom que je porte, ça peut être au moins de faire en sorte que les portes ne se ferment pas trop vite (effet retardateur d'un groom pas très automatique).

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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commentaires

PhA 30/05/2009 09:37

Ne graissons pas les gonds : on est toujours heureux de prolonger le grincement - chant de la porte inoffensive.

cécile portier 30/05/2009 14:10


pas certain que ça vaille le chant d'Orphée...


Zoë 29/05/2009 19:33

Je trouve très juste cette remarque d'Adorno. je me demande si ce n'est pas la portière de voiture qui nous a "appris" à claquer les portes étant entendu qu'elle ne se ferme que de cette façon autoritaire. Je me souviens avoir fermé ma portière sur les doigts d'une amie, je n'avais pas vu qu'elle avait posé sa main sur le haut. Ca m'a obsédée cette "étourderie" et ce billet ressuscite ce souvenir. Mieux vaut trop de délicatesse un rien obsessionnelle que l'imbécile ignorance.