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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 00:18


Cet épisode de la vie de Nathalie est rédigé par l'indispensable Scriptopolis, retrouvé ici par le jeu des vases communicants, initié par François Bon, animé par Jérôme Denis et Pierre Ménard.


Voilà plusieurs jours que Nathalie se rend chez Oracle. Ses pas sur l'esplanade accompagnent désormais les autres sans encombre. Elle n'a plus besoin de scruter le ciel pour se diriger. Ça n'a pas pris longtemps, les plis sont faits. Son corps, véhicule apaisé, se porte aisément jusqu'à l'entrée de la tour. Présentation du badge, traversée du grand hall, puis l'un des ascenseurs. L'attention qu'elle ne porte déjà plus à ce qui l'entoure lui offre une certaine liberté. Elle trouve un vrai plaisir à cette fluidité.

Mais lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrent et qu'elle en sort ce matin, prête à saluer l'un de ses nouveaux collègues, la petite musique de son trajet matinal s'arrête net. Le couloir qui lui fait face est désert, irradiant un silence mat dont elle met quelques minutes à prendre la mesure, immobile. Elle ne peut s'empêcher d'avancer, malgré un petit pincement au ventre. À moitié amusée, à moitié inquiète, elle s'attend presque à voir le tricycle du petit garçon de Shining débouler derrière elle. Une à une, elle observe les portes des bureaux. A la cinquième elle remarque l'étiquette dont elles sont toutes pourvues. Une étiquette blanche, sans nom ni numéro. Le pincement se propage vite à tout le corps, devenant démangeaison dans le dos, irritation sous les talons.

À la huitième porte, perdue, elle tente quelque chose. Saisit la poignée et pénètre dans la pièce, sans brusquerie ni timidité, d'un geste qu'elle veut le plus naturel possible. Elle sait bien que ce qu'elle voit alors n'est pas digne de l'effroi qu'elle ressent. Évidemment. Mais quelque chose dans ces feuilles vierges trop grandes posées sur la table de réunion suffit à l'emporter dans une panique qui la fait courir jusqu'à l'ascenseur et appuyer frénétiquement, une fois les portes ouvertes, sur le bouton de l'étage où se trouve son bureau.

Un peu plus tard, elle essaiera de repenser à ce qui s'est passé. C'est moins l'existence du couloir abandonné qu'elle cherchera à expliquer que l'état dans lequel il l'a projetée. Et chaque fois elle butera sur la même chose : l'agraphie des lieux qu'elle a traversés, persuadée d'avoir côtoyé quelques instants de véritables bureaux fantômes. 

Participants à vases communicants :  plus Bridgetoun qui a l'élégance d'en faire l'inventaire aussi.

Le tiers livre (François Bon) et Liminaire (Pierre Ménard) ; L'Employée aux écritures (Martine Sonnet) et Pendant le week-end (Mélico, Pierre Cohen-Hadria) ; Futiles et graves (Anthony Poiraudeau) et A chat perché (Michel Brosseau) ; LKM - Tout est fiction (Leroy K. May) et Chroniques d'une avatar (Marie-Hélène Voyer) ; etc-iste (Thomas Vinau) et La Méduse et le Renard ; Robinson en ville et Le fourbi élastique (Danièle Momont) ; Petite Racine (Cécile Portier) et Scriptopolis (Jérôme Denis) L'Exil des Mots (Bertrand Redonnet) et Juliette Mézenc ; Lignes de vie (Juliette Zara) et Enfantissages ; Humeur noire (Lephauste) et Biffures chroniques (Anna de Sandre) ; Terres... (Daniel Bourrion) et Soubresauts (Olivier Guéry), Fenêtres open space (Anne Savelli) & Tentatives (Christine Jeanney)...

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Published by cécile portier - dans Simple Appareil ®
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commentaires

Rozéfré 05/12/2009 19:26


Bonne continuation


petite racine 05/12/2009 17:59


heureusement l'amoureux s'est loupé


Anna de Sandre 05/12/2009 12:12


Un suicide à l'agrafeuse ? Je le note :o)


cecile portier 05/12/2009 11:34


A C Jeanney : vous ne croyez pas si bien dire : j'ai lu un jour une dépêche AFP qui relatait qu'un amoureux éconduit par une collègue de travail avait fait semblant de se suicider en portant une
grosse agrafeuse pneumatique à sa tempe.. Et le coup était parti, l'agrafe s'était plantée dans le cuir chevelu. L'histoire ne dit pas si la belle fut prise de compassion


Enfantissages 04/12/2009 21:28


Quelle bonne idée d'avoir fait dévier Nathalie de son quotidien pour la faire entrer dans un univers fantastique. Et cette idée de l'agraphie (je ne connaissais pas) autour de ce personnage d'un
"roman" en train de s'écrire. Superbe!