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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 22:27

 

Ma fille, il y a quelques jours :

 

-         Maman, c’est fort comment un cyclone ?

 

Moi, en lavant la vaisselle, en pensant aux choses à faire, aux choses à écrire, en surveillant la casserole sur le feu (moi : un gérondif tourbillonnant, peut-être pas assez présent)

 

-         Très fort ma chérie

-         C’est fort comme quoi ?

-         C’est très très fort, ça peut détruire… Euh… Quand ça passe sur un arbre, ça détruit l’arbre.

-         Et ça peut détruire une voiture aussi ?

-         Oui

-         Et une maison ?

-         Oui, ça peut

-         Et un immeuble ?

-         Mm, mm

-         Et, une ville ?

-         Mm, mm

-         Une ville, t’es sûre ?

-         Oui, si c’est une petite ville ça peut

-         Mais pourquoi maman quand je te pose des questions tu réponds toujours par Mm mm ?

-         Eh bien, parce que…

-         Mais si c’est une grande ville maman, ça peut la détruire ?

-         Euh, oui, si elle n’est pas très solide

-         Mais si elle est très solide, elle n’est pas détruite ?

-         Le cyclone peut quand même faire des dégâts. Mais ne t’inquiètes pas, à Paris il n’y a pas de cyclone

-         Mais qu’est ce que ça peut détruire encore, un cyclone ?

-         Je ne sais pas, moi… Plein de choses…

-         …. Et est-ce que ça peut détruire ma question ?

 

Entendre ça, cette petite phrase haut perchée, ce fut comme se retrouver exactement dans l’œil calme dudit cyclone.

La maman machinale sortit brusquement du gérondif pour se retrouver nez à nez avec le Verbe, mais ce n’était pas le mien.

Entendre ça, ça force à faire des constats. Principalement celui que je m’épuise chaque jour à approcher seulement, et de loin, ce qui venait d’être dit ici de façon fulgurante et précise. A approcher cela, que la seule chose de nous indestructible, c’est notre question.

Que dans sa fragilité, elle est plus résistante que notre chair, que tous les bétons armés que nous avons construit pour protéger notre chair.

Notre question, ce n’est pas seulement, pas exactement notre parole, qui peut se dissoudre en bavardages, se moisir en héritages, s’éparpiller à tous les vents.

Notre parole est une maison que les cyclones, même doux, pulvérisent.

Tandis que notre question, elle, est un pur cyclone. Elle en a tout : avec son trou au dedans (béance calme ou abîme), beaucoup de déplacements, et une grande circulation de sens tout autour.

C’est pour cela que notre question ne sera pas détruite.

Ce qui ne veut pas dire qu’elle restera.

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Published by cécile portier
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commentaires

Hugo LANVIN 02/11/2009 20:03


tout simplement magnifique ! j'en suis ému aux larmes.


la bacchante 30/10/2009 07:30


Lorsque vous quittez votre gérondif tourbillonnant, vos mots sur la question-cyclone sont esouffletouflants.


brigitte giraud 29/10/2009 12:06


pARLER C EST PRENDRE UN RISQUE; c'EST CE QUE SENT BIEN TA FILLE. On peut risquer sa peau en parlant, en s'engageant, en allallant "contre". Oui, le risque de la parole existe bel et bien.
S'autoriser à dire...


cécile portier 29/10/2009 08:50


A Zoé : les mots d'enfants sont une mine, c'est certain : mon fils un jour avait fabriqué un ordinateur avec une feuille de papier plié. Puis il l'a rapproché de mes mollets et il m'a dit : et puis
tu vois, si tu le bouges comme ça ça fait pince à épiler
A Delest : c'est quand les enfants cesseront de poser des questions que le ciel s'écroulera. Les commentateurs de blogs ont le même pouvoir, mais juste sur un petit ciel de 17 pouces ...


delest 28/10/2009 22:18


Le problème n'est pas tellement la question. C'est de savoir à qui la poser. Les enfants n'ont pas ce problème. Les commentateurs de blog non plus d'ailleurs. Je me trompe ?