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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 00:27

froid 

Très heureuse d'accueillir ce texte de Michèle Dujardin ici par le principe des vases communicants. Bonne année à tous.

 

 

 

               Ecoute

Comme s’éveille dans la solitude,

Inaudible, la pure racine de l’air

                   José Angel Valente


 

rives des phrases-traces - qui tombent silencieusement – avec des mots comme des passées  de bêtes à demi effacées dans la neige – disent l’exode et la mue, les grands déplacements vers les lieux de nourriture et de naissance – pour qui a faim dans son rêve, se retourne – dans son être – racine fouille, avance, est là sous le crâne, à regarder, non troublée, non mélangée – rive d’hiver sous la poussée des paumes, instable, à cet endroit du rêve où l’oeil s’ouvre : l’obscur glisse, clair, dévêtu dans la neige – pour qui a froid dans son rêve, se retourne, cherche – l’odeur, un terrier, un trou – racine s’affaire, gardienne des plafonds bas, peints à fresques brutes – sa vie de racine sous les pariétaux lépreux, décomposés par la migraine – assaille, cisaille les nerfs – pour qui rêve nouveau-né, enchevêtré de bouches, de doigts – à l’extrême bord des glaces, où elles grésillent roses dans un soir de toundra, solitaires, quand l’écrire est un roncier, âpre et ligneux dans le terreau de la langue – pour qui rêve, n’a pas de langue, que celle du sang dans les phrases-traces, flaire la peau, la fourrure du silence – tête d’hiver que racine creuse, la bouche s’étiole sur des vers muets : la rime embrasse des îles plates, des lèvres, et leurs coussinets de mousse, des adieux – pour qui a peur dans son rêve, s’éloigne – d’être seul, galet arrondi, émoussé, luisant sur le sable – ce long cheminement dans le cours du rêve, où la succion des vagues, le vent, les grands courants d’arrachement épuisent : mémoire n’est plus – rive est à l’autre, ses phrases-traces, ses bêtes abîmées dans l’ombre, le vertige, avec quoi tout s’écrit – cet intime effondrement, dans la chair froide, sous les arbres nus, de la masse titubante des mots : grandes failles, tombent comme des eaux, les unes sur les autres – racine affleure, à l’aube petite, sur le visage blanc : elle ancre ses routes dans un ciel inachevé, où l’écrire, encore, se rêve – sols déchaussés, réseau de ravins : l’étrange, le familier, pour qui tremble dans son rêve, niche dans la pierre – broie et brasse le gel, tout ce blanc sous le drap, ces phrases-traces qui restent, quand s’éclaire vive, la berge – pour qui voit dans son rêve, à côté de sa main, l’écrire seul, humide, sans mot -  qui se lève

 

 

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Published by cécile portier
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commentaires

brigitte giraud 04/01/2010 23:07


J'aime beaucoup ce texte, beaucoup, son sensible et sa rythmique.
Bravo.


cjeanney 01/01/2010 20:01


force de ce texte, force de la fin qui s'extrait, nous extrait. Merci.


Anna de Sandre 01/01/2010 11:13


Belle découverte, merci.


brigetoun 01/01/2010 10:03


en découvrant votre échange aux petites heures, me suis sentie petit galet, et me suis perdue dans cette écriture