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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 13:15

 

IMGP2102

 

Le chien, comme l'homme, a besoin qu'on le désennuie. A moins que ce soit l'homme qui projette sur le chien. Toujours est-il : dans cette relation complexe de l'homme et du chien, intervient rapidement, comme dans toute autre relation qu'instaure l'homme avec ses semblables (oui, je me suis relue), un objet. Un objet, c'est-à-dire le support matériel du divertissement.

Le divertissement, autrement appelé os à ronger, se comporte ici comme une baballe à double rebond. L'ennui de l'homme se dissout dans le soin du chien, celui, réel ou supposé, du chien, se dissout dans l'os à ronger. Ou dans la balle.

Il y a bien sûr une différence entre un os et une balle. Les deux se prennent dans la gueule (du chien), mais avec l'os, le chien se suffit à lui-même, alors qu'avec la balle il a besoin du maître.

Le maître préfère la balle. Car avec l'os, son propre problème d'ennui reste entier : le chien occupé n'a plus ni yeux ni dents pour l'homme.

Le maître préfère la balle, car il aime projeter. Il aime projeter, mais il aime aussi que ça rapporte (want my money back).

Or, nous vivons une époque où métaphysiquement parlant, les chiens sont fatigués.

C'est pourquoi l'homme a fabriqué, au cours d'un lent processus d'hybridation et d'innovation technologique, cet os à ranger projetable et au retour entièrement garanti : l'idée même du divertissement rentable.

L'autre, qu'il soit homme ou chien, n'est plus tout à fait nécessaire pour supporter de vivre. Contre l'ennui, il y a désormais cet objet aux formes à la fois suggestives (promesse de plaisir? fécondité?) et aporétiques.

Pour me convaincre de la justesse du raisonnement, j'ai tapé "boomerang" dans la petite fenêtre du haut : premier résultat, boomerang.tv, ou comment désennuyer les enfants sans avoir besoin d'investir dans tout ce qu'une relation peut avoir de fastidieux. Réjouissons-nous.

 

L'objet présenté ici provient de la très riche collection d'os pour chien de Joëlle Gonthier, artiste plasticienne qui entre autres nombreuses choses sillonne la France avec une immense valise bourrée d'os pour chien (et autres surprises), pour explorer dans des conférences publiques la question du rapport à autrui, de l'abstraction, et de l'art... Merci à elle pour le prêt et son autorisation à développer à partir de cet objet beaucoup moins anecdotique qu'il n'y parait, mes propres projections.

Ici son site sur un autre projet, la Grande Lessive. Bref, allez-y voir.

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Published by cécile portier - dans compléments d'objets
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commentaires

Depluloin 28/05/2010 19:56


Comme les temps changent! Je prenais soin de rapporter(!) un os de chez le boucher pour que le chien de nos parents fiche la paix à tout le monde!

Cependant, je vous sens très inspirée et c'est tant mieux!


cécile portier 29/05/2010 11:26



la substantifique moelle, sujet d'inspiration à travers les siècles



Chr. Borhen 27/05/2010 17:22


Merci Cécile !

Sinon, ceci : l'homme réfléchit, le chien flaire et chie. Parfois, c'est le contraire.


cécile portier 28/05/2010 15:14



pour ce qui est du flair l'hominidé n'est pas vraiment ce qu'on appelle un cador



delest 26/05/2010 23:40


Lorsque les bourses sont en os, ça rapporte, effectivement.
Et si quelqu'un pense que je devrais avoir honte d'un tel commentaire, j'avancerais comme unique mais néanmoins solide circonstance atténuante le choc de ma rencontre avec le mot "aporétiques".


cécile portier 27/05/2010 07:33



ce qui s'appelle : tomber sur un os.