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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 13:03

 
stade paradoxal
La tentation est grande quand l'air du réel est mauvais, de s'enfuir, de s'enfouir sous la ouate du sommeil. Nathalie aspire à l'oubli d'elle-même, elle veut sombrer. Moins repos que répit. Répit d'écriture d'elle-même par les sismographes enregistrant ses moindres faits et gestes, sondant ses moindres états d'âme. Au moins dans le sommeil elle échappera à la définition d'elle comme un matériau d'écriture, pense t-elle. Elle pourra devenir, à défaut d'être un visage crédible, un corps existant pour lui-même. Bien sûr elle se trompe. Car, sitôt qu'elle parvient au sommeil, après le difficile combat d'endormissement, débute en elle une autre écriture, non moins féroce, non moins risible. L'écriture du rêve se déploie en elle, devenue territoire catatonique et inemployé socialement. Certes, le fait et le geste sont en elle abolis (plus de tonus musculaire) : mais l'image s'arroge tous les pouvoirs (bouffées de mouvements oculaires rapides).
Nathalie rêve : drôle d'expression, qui fait croire à une action, menée par un sujet agissant. Nathalie rêverait comme parfois elle court. Mais non. Ce qui rêve en Nathalie n'est pas Nathalie. Ce qui rêve en Nathalie n'est pas non plus seulement le monde, et la lecture hallucinée qu'elle put en faire aux états de veille. Ce qui rêve en Nathalie c'est le rêve lui-même, personnage de fiction s'il en est.
Le rêve est un personnage de fiction, le seul qui puisse exister sans visage. Il s'empare de nous chaque nuit (6 ans de rêve dans toute une vie) et nous imprime de ces actions, encre à la fois indélébile et floue.

C'est peut-être pour ça que Nathalie ne se sent pas très bien ces derniers temps. Il faut avouer qu'entre deux personnages de fiction, elle et le rêve, je lui ai préféré le rêve. Dans le même esprit de traque, j'ai cherché en un combat forcément perdant à écrire le rêve. Je n'en ai tiré qu'une chose certaine : son nom. Le rêve s'appelle Saphir Antalgos.
En attendant de pouvoir lire Saphir Antalgos, travaux de terrassement du rêve, grâce à publie.net, dont je suis heureuse de rejoindre le très riche catalogue, il est possible pour en savoir plus d'aller faire un tour sur remue.net.

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Published by cécile portier - dans Simple Appareil ®
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commentaires

PdB 21/01/2010 23:32


c'est amusant, il y a sur le site Ruelles (http://ruelles.wordpress.com/) un texte nommé "labyrinthe" qui ressemble trait pour trait à votre rêve de remue.net (enfin, c'est ce que j'y lis : et vous
vous entendez, toutes les deux, pour nous faire entendre certaines petites musiques qui n'appartiennent qu'à nous) (les 2, ruelles et petite racine, hein); j'aime bien le gardien du sommeil, c'est
agissant, voyez... mais j'y vois surtout ce que le désir nous empêche d'oublier, et les ondes des sismographes enregistrent tout doucement ces petites palpitations (un jour, une dame, je ne sais
plus, était assise sur un banc et je lui disais "mais le corps et l'âme, c'est la même chose, non ?" et elle "ah mais monsieur, chacun pense ce qu'il veut !" d'un air outré... C'était assez joli
(c'était en fin d'entretien)


cécile portier 23/01/2010 14:07


Merci pour cette info. Je vais aller voir Ruelles. Et votre histoire de corps et d'âme est très drôle...


delest 19/01/2010 20:19


Il est fort et bouleversant, votre texte de remue.net. Il me touche beaucoup. Nous sommes faits de mort, disait Pessoa dans son Livre de l'Intranquillité. Il n'est pas moins exact de dire que nous
sommes et serons faits de rêve. C'est difficilement démontrable, on pressent pourtant que c'est la même chose.


cécile portier 23/01/2010 14:12


Pas eu le temps de vous remercier plus tôt pour votre message. Vos commentaires toujours fins et légèrement taquins ne me laissaient pas augurer que vous seriez également sensible au côté sombre
(j'allais dire obscur..) de cette histoire. Mais j'espère qu'à la lecture vous verrez que Saphir Antalgos est aussi une farce


scriptopolis 18/01/2010 14:13


Les enfants savent bien que ce sont les rêves qui rêvent. Un matin, mon fils de quatre ans nous a expliqué avoir appelé sa mère qui était juste devant lui, de dos, mais qui ne l'entendait pas,
tandis que la porte de l'ascenseur dans lequel il se trouvait se refermait. Plutôt que de décrire son angoisse, il s'amusait du fait que sa mère devait sûrement rêver pour ne pas l'entendre et que
lui était donc "dans le rêve de maman".
Personnage silencieux du rêve de sa mère. Une bien belle histoire pour le petit déjeuner familial.

(et bravo pour le texte sur publie.net !)