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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 13:49


Travaux pratiques :

Sachant que Nathalie gagne le salaire moyen de sa profession, employés administratifs d’entreprise soit  1360 € par mois, mais en intérim, soit une durée moyenne de travail effectif de 9 mois, en temps partiel (80%)

Sachant que Thierry, son mari, gagne également le salaire moyen de sa profession, techniciens informatiques, soit 1700 € par mois.

Sachant qu’ils ne disposent pas de revenus immobiliers, mais un compte épargne qui leur rapporte environ 50 euros par mois

Sachant qu’ils bénéficient de transferts sociaux divers, principalement la CAF, pour environ 200 euros par mois

Sachant que Nathalie quant à elle touche une pension alimentaire de 250 euros pour sa fille aînée Julie, née d’un premier lit

Sachant qu’en tout ils ont trois enfants mineurs à charge, dont un de plus de 14 ans.


Le ménage de Nathalie a-t-il un niveau de vie moyen ?

A quel décile appartient le ménage de Nathalie ?

Autrement dit, fait-il partie des 10% de ménages au plus haut niveau de vie, des 10% au plus bas, des 10% du milieu ? Ou d’un décile intermédiaire ?

 

Réponse :

Le ménage de Nathalie dispose d’un revenu de 36 192 € par an. Etant composé de 2,6 unités de consommation, soit 1 adulte comptant une unité, deux autres personnes de plus de 14 ans comptant chacun 0,5 unités, et deux enfants de moins de quatorze ans comptant 0,3 unités, leur niveau de vie annuel par unité de consommation est de 13 920 €, ce qui les situe en haut du 3ème décile.

Ce qui veut dire qu’ils font partie du tiers des français au plus faible niveau de vie. En haut du tiers, certes. Mais dans le tiers quand même.  Le tiers, le tiers… quel mot désuet.

Il reste l'évidence  : on peut gagner un salaire moyen et avoir un niveau de vie très en dessous de la moyenne. Il y a moyenne et moyenne, suffit de savoir faire parler la bonne. Et si la moyenne générale penche tant vers le haut (entre le 6ème et le 7ème décile, peut-être cela est dû à la gravité du côté du 95ème .... centile ? soit, les 5 % de la population gagnant plus que 62 095 € par an )

Question subsidiaire : comment faire que tout cela, ces chiffres et ces découpages, fasse littérature?
Je cherche encore la réponse


Graphique fabriqué à partir des données  l'INSEE. Vous connaissez l'adresse. (A mettre dans vos favoris).
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Published by cécile portier - dans Simple Appareil ®
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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 12:53




-        
 Vous croyez que l’esprit d’une âme, c’est comme une table de billard ?

-         J’espère que non

Thomas Pynchon, Vente à la criée du lot 49

 

Nathalie travaille chez L’Oréal. Mission courte : trois semaines. Un dépannage seulement, à la comptabilité. Elle s’y met, elle travaille, c’est beaucoup de saisies quand on a des missions courtes, beaucoup de chiffres à aligner dans des tableurs Excell, dans les logiciels internes de comptabilité. Elle s’y met, elle travaille, mais invariablement son esprit glisse, de se retrouver ici, chez L’Oréal, son esprit glisse vers d’autres représentations que celles de ces factures fournisseurs qu’elle doit traiter toute la journée. Elle a dans la tête Naomi Campbell, Laetitia Casta et les autres. Elle prend la mesure de l’écart, elle l’a toujours prise, tout l’y invite, mais l’écart aujourd’hui se creuse, entre l’image de ces femmes flamboyantes, et sa propre image, celle qu’elle donne aux autres, celle qu’elle a d’elle-même.

Et d’être là dans ce temple de la beauté, fait que le travail, le même ou presque que celui qu’elle fait ailleurs, n’a pas le même goût. Il a le goût, exactement, du mot qu’on a sur la langue et que pourtant on n’arrivera pas à attraper.

Nathalie  aligne en colonne les montants à régler aux gros fournisseurs et faisant cela consciencieusement elle pense à tout autre chose, elle pense à son corps. Elle pense à son corps comme à une image. Elle projette mentalement l’image de son corps, traquant toutes les imperfections qui font qu’elle n’est pas dans la même colonne que Naomi Campbell et Laetitia Casta, en espérant sans y croire que les formules d’un des nombreux laboratoires de recherche de L’Oréal pourrait la faire changer de colonne aussi aisément qu’elle transporte un chiffre de la colonne « en instance de règlement » à la colonne « payé ».   

Au fur et à mesure qu’elle saisit les montants dus pour les livraisons de septembre en emballages de toutes sortes (flacons, cartons, et autres conditionnements), elle se dénude mentalement, elle arrive à cette nudité crue de l’image qu’elle a d’elle-même, et qu’elle croit vraie.

Elle se voit le teint fatigué, les yeux cernés. Elle considère que le bord externe de ses yeux est tombant et triste un peu.

Elle se trouve un front pas assez ample, elle le cache par une frange, elle n’est pas sûre de la justesse de sa tactique.

Elle arrache souvent ce qu’elle ne peut plus tout à fait considérer comme ses premiers .cheveux blancs.

Elle se sait le ventre amolli par les grossesses et le manque d’exercice. Elle a sur les cuisses cette désagréable, quoique joliment nommée peau d’orange.

Elle a des seins qu’elle trouve petits. Trop. Tellement petits d’ailleurs, qu’elle en a oublié un chiffre dans sa dernière saisie, provoquant une erreur entre le montant du et le montant réglé, que fort heureusement le logiciel lui a signalé avant validation.

Cela, elle a pu le corriger.

 

PS : je n’ai jamais mis les pieds au service comptabilité de L’Oréal, contrairement à Nathalie, qui, je l’ai expliqué y était un peu distraite. Qu’on me pardonne les imprécisions documentaires inévitables sur la gestion des fournisseurs de cette grande entreprise.

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Published by cécile portier - dans Simple Appareil ®
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 13:54


Aujourd’hui, Nathalie a commencé une nouvelle mission.

L’intérim, ce n’est pas vraiment son choix, mais ça s’est fait comme ça.

Il y a eu sa première grossesse. Puis un congé parental, suivi d’un temps partiel pour le mercredi. Il y a eu la seconde grossesse, puis, entre la seconde et la troisième, le divorce, une période de chômage, pas longue mais ça suffit pour faire un trou dans le parcours. Puis la troisième grossesse, et de nouveau quelques mois après, licenciement. Pour cause économique, s’entend.

Disons que ces pointillés, elle en a conscience, ont réduit son employabilité. C’est qu’elle commence à avoir l’âge qu’elle a. Et c’est un peu pour ça que l’histoire de l’arrêt projeté des bonifications de retraite pour les mères de familles ne la laisse pas indifférente.

Alors l’intérim, pour l’instant, c’est la bonne solution. Et pour la chronique de cette vie fictive, c’est une bonne solution aussi, ça permet de changer de décor. Tandis que vissée à son emploi à vie, Nathalie serait moins crédible et offrirait moins de rebondissements.

Donc, nouvelle mission.  Maintenant, elle remplace les congés maternité des autres.

Elle a mis ce matin sa jupe droite beige, son chemisier blanc, son collier Agatha, classique mais pas trop.

Elle a pris le métro à la station Porte de Bagnolet  à 8h35 après avoir laissé Léa à l’école, et elle a pris toute la ligne 3, jusqu’à Saint Lazare. Elle a pu s’asseoir, elle a pu lire (elle a presque fini le dictionnaire Khazar). Elle a pris ensuite la toujours bondée ligne 13, mais beaucoup plus praticable dans le sens Paris/Banlieue.
31 grammes de CO2 plus tard, elle est descendue à Mairie de Clichy et après six minutes de marche, elle est arrivée devant le 41 rue Martre. Il était 9h24, elle avait rendez-vous à 9h30 pour sa prise de poste, OK.

En passant la porte de l’immeuble Nathalie a eu le sentiment que sa jupe était démodée, ses cheveux plats, son chemisier plus tout à fait assez blanc, son allure générale pas du tout satisfaisante.

Je suis forcée de dire que ceux ou celles qui trouveront dans quelle entreprise travaille Nathalie désormais n’obtiendront aucun produit de la dite entreprise en cadeau. Un indice : ce n'est pas chez Lorenove.

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Published by cécile portier - dans Simple Appareil ®
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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 20:48

A 20H39, alors qu’elle débarrassait la table, Nathalie a entendu le téléphone sonner. Elle a appelé Julie depuis la cuisine, lui a demandé de décrocher. Mais Julie n’a pas répondu, et le téléphone sonnait toujours. Julie était sur internet.

En pestant, Nathalie est allée prendre le combiné.

C’était Sabrina de chez Lorenove, qui venait proposer un diagnostic gratuit de l’état des fenêtres de l’appartement.

Nathalie a décliné l’offre assez sèchement et est retournée débarrasser la table.

Pourquoi a-t-elle refusé ?

Elles auraient besoin d’être changées, ces fenêtres, dans l’absolu : étanchéité nulle, au bruit et au vent.  Bien sûr c’est un budget, et la promesse de discussions âpres avec le bailleur sur la répartition des charges. Mais ce n’est pas pour cela que Nathalie a presque raccroché au nez de Sabrina.

Reprenons le verbatim (enregistré certainement à la centrale d’appel de Lorenove) :

Sabrina : Allô, bonjour, je me présente, Sabrina, de la société Lorenove, je suis bien chez Nathalie Pages ?

Nathalie : Non, je regrette, vous vous êtes trompée de numéro

Bip bip bip, fin de la conversation

 

On le constate : Nathalie n’a pas à proprement parler décliné l’offre, car Sabrina n’a pas eu le temps de la faire. Cependant  tout le monde a déjà reçu un prospectus Lorenove, donc Nathalie savait très bien ce qu’on voulait lui proposer.

Ce n’est pourtant pas pour esquiver plus vite que Nathalie a nié s’appeler Nathalie Pages.

 

C’est que l’appel de ce soir lui a rappelé une tâche en souffrance, celle de faire passer la ligne en liste orange pour éviter les démarchages.  Cela l’a irritée.

C’est surtout que Sabrina de Lorenove a mal prononcé son nom de famille.

 

Elle a dit Nathalie Page, sans s. Elle n’a pas prononcé le s.

En tout logique, pour qu’on soit incité à prononcer le s de Pages, il faudrait qu’il y ait un accent, que cela s’écrive Pagès, mais voilà, Nathalie s’appelle Pages sans accent mais en prononçant quand même le s. La situation est donc fréquente où Nathalie se retrouve amputée du s final de son patronyme, un peu comme un auteur qui n’aurait plus que sa quatrième de couverture pour pleurer.  Et ce soir c’était une fois de trop, ce qui explique l’énervement et la dénégation de Nathalie.

 

Elle est d’autant plus sensible sur cette question que personnellement elle préfèrerait qu’on prononce Page sans s. Ou du moins Page avec s mais sans accent, ni écrit ni oral. Pages, parce que ce serait plus romanesque, et moins méridional. Mais non, c’est Pages, avec un s qui se prononce.

 

Elle n’est pas la seule en France à s’appeler comme ça, Pages, avec ou sans accent écrit ou prononcé. Elle n’est même pas la seule à s’appeler Nathalie Pages. 35 occurrences dénombrées sur l’annuaire 118 000. Et c’est sans compter les Nathalie Page sans s. Il faut espérer qu’aucune d’entre elles ne prendra ombrage qu’une nouvelle Nathalie Pages en vienne à encombrer les listings de Lorenove.

 

A elles, les Nathalie Pages de chair et d’os, j’ai ce message de consolation, que j’ai moi-même découvert un jour qu’il existe une Cécile Portier fictionnelle, la preuve ici.

On s’en remet très bien. Ou alors, on se met à écrire.

 

 

 

Graphique : ensemble des départements français, reconnaissables à la fois par leur forme et par leur numéro, et dont le dégradé subtil de couleur indique la densité de Pages sur leur territoire. Pour ceux qui n’auraient ni le cœur ni le temps d’imprimer cette page, de découper les départements, et de remettre le puzzle en ordre, et qui souhaiteraient néanmoins en savoir plus sur la géolocalisation du patronyme, afin d’anticiper le roman des origines familiales de Nathalie, vous pouvez consulter la carte mise en ordre à cette adresse.

 

 

 

 

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 12:38

Cinq personnes dans le même logement, c'est beaucoup plus que la moyenne nationale (un peu moins de 2,5). Mais Nathalie, même avec la meilleure volonté du monde, ne peut pas se conformer à toutes les moyennes, et dans l'histoire de sa vie familiale sa courbe obéit à d'autres tendances, celles des couples à se séparer, celle des familles à se recomposer.
Nathalie s'est mariée une fois, a eu un enfant, s'est séparée.
Puis Nathalie s'est remariée. Elle a eu la chance, disons, de faire partie des 30% de femmes qui refont leur vie après une séparation (50% pour les hommes)
Elle s'est mariée une seconde fois, a eu deux enfants.
Trois enfants de deux lits différents, ça fait toujours trois enfants, ils comptent autant : en amour, en soucis, en argent. En place occupée également.
Et comment faire, quand on n'a que deux chambres d'enfants, pour loger trois enfants de deux lits différents?
Julie a 15 ans, elle aurait besoin d'une chambre à elle.
Mais Hugo et Léa, c'est chien et chat ensemble.
Et Julie et Hugo ensemble, ce serait génant.
Donc c'est Julie et Léa ensemble, les deux filles. L'une de 15, l'autre de 7. Deux univers à caser dans 12 mètres carrés.
Heureusement, la chambre dispose de ce petit renfoncement qui a permis à Julie de s'installer un espace privé, une sorte de terra incognitae au seuil de laquelle le voile indien qu'elle a tendu est comme une barrière infranchissable.
Trois enfants de deux lits différents, c'est toujours trois enfants. Trois enfants qui portent des noms différents, mais pas le sien à elle.


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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 15:35


La question de savoir si on correspond à un prototype est sans doute importante, mais Nathalie ne se la pose pas. La question qu'elle se pose c'est, comment pousser les murs, pas de savoir si elle vit dans une surface que ceux qui détiennent les clés des catégories considéreraient comme adaptée à son cas. Elle fait partie des 37,5% de locataires, elle aimerait bien acheter, et même acheter plus grand, mais voilà, elle sait, ou elle ne sait pas, que l'indice de souffrance immobilière est encore haut, en tout cas ce qu'elle sait c'est qu'elle ne va pas déménager tout de suite.
Elle a conscience que 70 mètres carrés, 70,5 exactement, ce n'est pas si mal. Mais sur les 70,5, il y en a 9 pour le couloir. Et ils sont cinq à se partager le reste. Ce n'est pas si mal mais ce n'est pas si bien. Et surtout les murs sont fins, on entend les voisins.
Elle se console, aujourd'hui, après avoir entendu une info alarmante sur le
jeu du foulard que certains enfants pratiquent en solitaire pour rechercher l'évanouissement : au moins derrière les cloisons en papier de cigarette, elle entendrait son enfant tomber.

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Published by cécile portier - dans Simple Appareil ®
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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 20:19

On ne saurait se contenter de savoir que Nathalie est francilienne. Ce n'est pas parce que c'est un personnage de fiction qu'elle n'aurait pas le droit à une adresse. Donc, domicilions la. Les méthodes sont désormais connues : le plus grand nombre ou l'aléatoire, parfois les deux en même temps.
Le plus grand nombre ça donne Paris, ça donne le 15ème ou le 20ème arrondissement. Personnellement je n'aime pas du tout le 15ème arrondissement donc ce sera le 20ème.
Ensuite, la précision des statistiques publiques s'épuise un peu, donc il faut y aller avec l'aléatoire : sur Google Earth balader au dessus du 20ème une souris aveugle, l'arrêter à un moment, constater que la flèche Windows se comporte comme le doigt de Dieu, zoomer à l'endroit indiqué par le doigt de Dieu, y ficher une pointe comme un sort dans une poupée.
Une épine douloureuse dans la pulpe de Paris, qui aime l'anonymat.
Voilà, elle habite sauf erreur au 40 rue de la Justice à Paris, pourquoi ce nom de Justice pour un boyau en coude tombant dans le boulevard Mortier, grand maréchal d'Empire, on se le demande.
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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 13:29

Elle devrait lire le dernier Amélie Nothomb, le dernier Beigbeder, l'élégance du hérissson. Elle devrait, c'est ce qu'on a prévu pour elle.
Mais voilà non.
Non non non et non.
Elle ne lit pas cela, car même si je ne la connais pas beaucoup, je m'attache. Je ne dis pas qu'elle soit intéressante ou même proche, je dis seulement que même si elle est écrite et calculée de partout, elle n'est pas pour autant prévisible.
L'êtes-vous? Le suis-je? Nous nous plaisons à penser que non.

Donc, elle lit Le Dictionnaire Khazar, de Milorad Pavic. Elle lit l'exemplaire féminin de ce livre. Car il en existe aussi un exemplaire masculin.

Comment est-ce possible qu'elle n'ait pas acheté plutôt un livre de la rentrée littéraire? C'est tout simple. Elle n'achète pas ses livres. Elle les emprunte à la bibliothèque. Mais pourquoi celui-là? Parce qu'elle aime le hasard. Elle n'a pas tant lu qu'elle sache se repérer dans la forêt de livres avec des critères sûrs. Pas de petits cailloux blancs dans sa poche d'héritage culturel. Donc elle laisse ses yeux et ses mains flotter le long des rayonnages, et à un moment elle s'arrête, elle regarde, elle tombe sur un livre et c'est celui-là qu'elle prend.
Parfois c'est mauvaise pioche, ça ne lui plait pas du tout et c'est tant pis, elle ne le finit pas.
Mais ce livre, déjà en lisant la quatrième de couverture, elle avait aimé ceci : "s'il respecte l'ordre alphabétique, le Dictionnaire Khazar peut aussi se lire à l'envers, en diagonale, au hasard ou en partant du milieu dans n'importe quelle direction."

Et puis elle a lu l'entrée du dictionnaire consacrée à la princesse Ateh, dont le nom signifie, "les quatre états de l'esprit." Elle a lu cela, dans ce texte, qui a résonné étrangement en elle, sans qu'elle sache pourquoi :
"Par l'expression "visage Khazar" on entend le don, commun à tous les khazars, y compris la princesse Ateh, de se réveiller chaque matin métamorphosé, avec un visage nouveau et inconnu, ce qui gênait pour se reconnaître, même entre proches. Les voyageurs notent au contraire que tous les visages khazars sont identiques et qu'ils ne changent jamais, d'où les difficultés et les risques de confusion. Quoi qu'il en soit, un visage khazar est un visage qu'on a peine à retenir."

Elle tombera ensuite sur une histoire de miroir lent et de miroir rapide, et de paupières peintes de signes d'écriture mortels, mais allez emprunter le livre, vous verrez bien. Les histoires abracadabrantes ne sont jamais si étrangères à nos destins.

 Image : table de nombres au hasard, tirée d'un site traitant des générateurs de nombres aléatoires.



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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 20:12


La petite lampe que Nathalie allume à son chevet contribue très faiblement à la grande constellation qu'en miroir nous cherchons tous les soirs à renvoyer aux étoiles.
A vrai dire, il n'est pas certain que les faibles lux de son ampoule à basse consommation d'énergie irradient plus loin que les pages du livre qu'elle tient entre les mains. Il est possible même que la grande condensation des lumières dans laquelle elle vit éclipse totalement le faible halo que la fenêtre de sa chambre produit dans la nuit.
Que valent les lumières des domiciles, dans cette métropole francilienne, face aux lampadaires des places et des rues? Les lumières publiques font éteignoir sur nos lumières intimes, invisibles du ciel. C'est pourtant de nous, de notre présence accumulée, qu'elles témoignent.

Carte empruntée au site de l'Avex (astronomie en Vexin), sur lequel vous pourrez voir de bien plus beaux halos.

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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 22:04

 


A 22 H03 elle est sortie descendre les poubelles. Elle en a profité pour ouvrir la boite aux lettres dans le hall d'entrée, parce qu'en rentrant tout à l'heure elle avait les bras trop chargés des courses de la semaine. Elle était devant sa boite à regarder ce qu'il y avait, pour pouvoir jeter tout de suite l'inintéressant. Il y avait un prospectus Lorenove lui proposant un devis pour le renouvellement complet de ses fenêtres, le catalogue des prix de rentrée de Carrefour, et une lettre cherchant à susciter un don pour la recherche contre le cancer. Elle allait ouvrir la facture EDF quand elle a entendu la porte sur rue s'ouvrir, et derrière elle cette voix :
"Bonsoir Nathalie".
C'était son voisin.
Ils ne se connaissent pas bien mais c'est étrange, il s'obstine à l'appeler par son prénom. Est-ce à cause de cela ou d'autre chose, elle éprouve envers lui un sentiment mêlé, compassion et méfiance. Plus tard peut-être nous en saurons plus. 
Quoiqu'il en soit, elle est toujours aussi surprise d'être interpellée comme ça, intimement, par ce prénom qui est le sien et qu'elle n'aime ni ne déteste.
Ce prénom qui est le sien est si commun. Des filles de sa génération, de sa seule année de naissance, il y en a 22 680. Ce fut le prénom dominant d'une petite décennie, rare sur toute la première moitié du siècle, montant après la libération, monté en flèche au milieu des années 50, arrivé au firmament après la chanson de Bécaud, en 1964. Nathalie : un prénom spoutnik.
Mais comme les fusées annonçant le bel avenir soviétique, le prénom russe est retombé bien vite. Si bien qu'aujourd'hui s'appeler Nathalie, c'est comme avouer son âge.
A sa naissance c'était encore le prénom que les mères donnaient le plus, faisant couler tout au long des jours ses trois claires syllabes sur le front de leur bébé, comme l'eau froide et claire d'un baptème toujours renouvelé. 
C'était encore le prénom le plus donné, mais c'était déjà la fin, déjà le déclin.
Si bien que Nathalie porte en elle, pas une conscience, ni une idée, mais une certitude irraisonnée d'être toujours dans la pente descendante.


Graphique fabriqué à partir des statistiques présentes dans tous les innombrables sites consacré aux prénoms, par exemple celui-là.
Pour ceux qui veulent réécouter Nathalie ce n'est pas
interdit
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