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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 09:39

 

nuage-traque-traces.png

 

Et voilà, merci à Rature.net, tout est réparé et le site peut désormais se déployer, tel le haricot magique, jusqu'aux nuages.

En parlant de nuages, en voici un, de tags, censé selon Wordle donner une vision des mots les plus employés dans le site Traque traces. C'est un nuage superficiel, un mince cirrus qui n'a pas été chercher très loin sa vapeur (j'y reconnais à peine le contenu de deux textes sur les nombreux que le site contient).

En parlant de nuages, aussi vous signaler ce texte écrit à l'invitation de Pierre Senges sur Remue.net, parlant d'archives, de cloud computing, et de ce qui nous en restera pour mémoire.

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 09:31

naine-blanche.jpg

 

Normalement lundi c'est aléaoracle. Mais ce lundi-ci je vais me contenter d'une autre leçon. En effet, le site Traque traces a été victime de son petit succès. Il y a eu cet article de Sabine Blanc et Ophélia Noor dans OWNI, racontant le projet avec humour et détails, il y a eu la présentation au Salon du livre vendredi matin, la présence des élèves, et cette vidéo montrant le travail en atelier d'écriture.  Du coup, intérêt, et visites nombreuses. Et le site a, selon une expression consacrée, planté. Bien sûr, selon l'expression consacrée, nous mettons tout en oeuvre pour la remise en service dans les plus brefs délais, mais en attendant, cela donne l'occasion d'une petite méditation.

J'ai commencé par me dire cela, à ma toute petite échelle de naine blanche : que l'expansion comporte sa part de danger, et que la mise en lumière peut rendre invisible.

Mais le printemps me gagne, j'ai vu des primevères à foison tout la journée d'hier, et je ne peux pas, ne veux pas, me laisser gagner par autre chose que la confiance dans les floraisons prochaines. Alors, il faut chercher à lire les choses autrement. Et pour bien lire, toujours lire au plus près. Or, au plus près, on ne dit pas le site a explosé, on dit "le site a planté". Et on ne dit pas : "le site s'est planté", comme on dit de quelqu'un faisant une grossière erreur, ou d'avion rencontrant trop vite le sol. On dit bien : le site a planté. Or, le verbe planter est transitif, sûr de sûr. On plante toujours quelque chose ou quelqu'un. Je viens de revérifier dans le TLFI, et j'ai notamment trouvé cette phrase en guise d'exemple : "Parvenue devant le tertre, Cécile commença de creuser la terre. Dans chaque trou, elle plantait une touffe de myosotis (Duhamel, Cécile, 1938, p 272". Donc, si le site plante, et qu'on ne dit pas qu'il SE plante, c'est bien qu'en plantant il plante quelque chose.

Lecteurs, soyez donc patients comme le jardinier sait l'être. Une petite racine, ça a toujours besoin d'un peu de temps pour faire surface.

Rendez-vous donc, dans quelques heures (combien et combien longues, je ne saurai le dire), sur http://petiteracine.net/traquetraces.

 

 

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 15:26

phototouristesparisgeotaggees.jpg

 

Dans les tableaux, un fond, un horizon. Dans un livre, un fond de page, le souvenir blanc de l'angoisse, ce poncif (car quand on écrit ça ne reste pas blanc longtemps, l'angoisse, elle est quand même beaucoup plus dans la difficulté qu'on a de ne pas savoir bien couper, dans l'impossible stabilisation des mots à une place qui leur rendrait justice et justesse dans la phrase). Dans nos chambres, parfois, des papiers peints, fleurs, petits camions, ou bien de grands aplats de couleur reposants pour l'oeil.

Et dans un site web? Ce fond, cette perspective, cette angoisse, ce repos? Qu'est-ce qu'on met? C'est une question de bonne femme, oui. Peut-être. N'empêche, moi ça m'a occupé, cette histoire de fond d'écran, trouver quelque chose qui parle de traces, de lieux, de données, numériques si possible, et quelque chose qui sache aussi s'absenter du regard pour laisser la place aux autres images, aux mots. Et puis voilà, il y a eu cette image, d'Eric Fischer, qui cartographie toutes les photographies de Paris postées sur Flickr et Geolocalisées. Et si vous zoomez en haut à droite, vous tombez sur Aubervilliers.

Voilà. C'est ça l'image de fond d'écran du site Traque Traces où j'ai déployé la fiction que je construis collectivement avec les élèves d'Aubervilliers, pendant ma résidence d'écriture. J'espère que vous ferez l'effort d'aller vous y perdre.

 

Et tout ceci ne se serait pas fait sans l'aide précieuse (et à la patience) de Joachim Séné, PDG, directeur commercial, développeur et poseur de papier peints chez Rature.net.

Et on viendra avec la classe présenter tout ça au Salon du Livre, sur le stand de la Région Ile-de-France, vendredi 18 mars au matin.

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 08:46

ChauveSouris.jpg

 

Se savoir vide, insuffisamment détaillé, ou incomplet  -
Pour remplir : collecter ce qui vient d’ailleurs  -
Que l'air lui-même soit une nourriture  -

La sagesse est trop vieille pour ne pas être pittoresque   -
La mémoire est juste bonne à être classée   -
Mieux vaut faire son nid dans une bulle d’air   -

Même dans leur manière d’être versatiles, les sociétés obéissent à des règles   -
Tout est divisé jusqu’à la mer  -
Tout est éduqué jusqu’à la musique  -

Mais une toute petite chauve-souris,  en volant -
Peut décrire l’océan  -

 

 

Texte réalisé sous contrainte d’écriture : via Twitter, nous avons joué à interroger quotidiennement Wikipédia : cliquer sur le bouton Article au hasard, voir ce qu’il en sort.  Une manière de jouer à l’oracle et de s’en jouer, sans avoir besoin pour cela d’ouvrir le ventre des oiseaux. 
Au bout de quelques jours, l’idée est venue de composer ces paroles appelant l’interprétation en un seul texte. Il a fallu rassembler les oracles en appelant dans Twitter la note #alearticle, comme on souffle dans un appeau puis les rassembler   sur ce site  pour qui veut jouer : à chacun, à partir des mêmes réponses, d’en soutirer une histoire différente, une vérité née du jeu et du hasard.
Une autre interprétation du même oracle chez Robinsonenville
En attendant celui de Theoneshotmi
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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 09:31

squelette-elephant.jpg

 

Les gros sabots, les grosses godasses. On a beau faire, tenter d'être plus léger, toujours sous les pieds ça s'enfonce, toujours derrière soi c'est creusé, ravagé, ça fait des nids de poules, des flaques aussi pour l'eau des larmes, des contenants boueux et à la forme incertaine. Pourtant, il faudrait, trouver un pas fait seulement pour arpenter. Sauterait les haies, et irait loin. Au lieu de quoi ce geste fait pour décoller, ça ne fait qu'en avoir encore plus plein les bottes, de cette terre où l'on voudrait bien éviter de se faire enfouir trop vite. Ecrire, il y a quand même ce désir, rejoindre la vie. Mais voilà : gros sabots, grosses godasses, c'est pas devant qu'on regarde, pas tant que ça devant, tout occupé qu'on est à constater les traces, les saccages. On se surprend à penser, comme ce serait finalement beaucoup plus facile d'écrire posthume. Une fois tout le monde mort, et le sol bien sec et bien solide. Les gros sabots, les grosses godasses, elles pourraient y aller tranquille.

Et justement posthume, qu'est-ce quon voit? On voit que l'éléphant marchait sur la pointe des pieds, juché silencieusement sur ses orteils, et qu'il faisait tous ses efforts.

 

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 12:04

 

Photo0710.jpeg

 

La bataille de l'étendard est perdue  -

Si tu reviens, c'est en fantôme  -

Plus tu te veux immense  -

Et plus ton sang s'étrique  -

 

Ici tu peux choisir de tuer, ou de laver  -

Là, tu peux choisir la haine, ou bien le don -

Bientôt le monde ne sera plus que le catalogue illisible des noms de lieux où tu n'as pas choisi  -

 

Qu'est-ce que tu vas faire?   -

Tu voudrais toujours que les deux fassent la paire   -

 

Invente-toi plutôt une toute petite langue   -

Une pile sèche, un analyseur différentiel, un frein à air, bref, une machine à écrire efficace   -

Deviens ta propre fiction :  -

La vérité est une musique   -

Qui dure autant qu'un jour de neige  -

 

Texte réalisé sous contrainte d’écriture : via Twitter, nous avons joué à interroger quotidiennement Wikipédia : cliquer sur le bouton Article au hasard, voir ce qu’il en sort.  Une manière de jouer à l’oracle et de s’en jouer, sans avoir besoin pour cela d’ouvrir le ventre des oiseaux. 
Au bout de quelques jours, l’idée est venue de composer ces paroles appelant l’interprétation en un seul texte. Il a fallu rassembler les oracles en appelant dans Twitter la note #alearticle, comme on souffle dans un appeau puis les rassembler sur ce site  pour qui veut jouer : à chacun, à partir des mêmes réponses, d’en soutirer une histoire différente, une vérité née du jeu et du hasard.
Voir ici la lecture du même aléaoracle par Robinsonenville.
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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 00:01

eau.jpg

 

De l’eau, un corps gorgé d’eau. Incroyable masse que cette eau sous cette enveloppe étanche, trimballée depuis des années comme un tonneau, lourd et mouvant. L’eau comme un océan intérieur, souple aux tempêtes, roide au débordement. D’une mobilité extrême et silencieuse, elle est agitation vitale qui suinte sans cesse, indispensable lubrifiant qui irrigue les sens, roulis métronome qui bât sourd les parois souples du corps en mouvement. L’eau plus présente que la chair, plus importante que la pensée, c’est son action dans un circuit fermé qui donne le tempo, la vague qui expulse ou la mer d’huile qui apaise.

Substance invisible qui glousse dans les entrailles, qui parcourt les organes, lubrifie les nœuds, se fait acide purulent ou douce liqueur. Elle est sensation sur la peau, picotement humide sous les pores, refoulement du trop plein à marée haute. Dans la bouche, effervescente, elle ravale le ras du corps en baveuse d’écume sortie des remous. Sous les paupières, elle annonce l’orage dans un écrin de solutions amères. Puis elle longe les lignes, ravine les visages tandis que le tsunami intérieur perce des trous. Elle trace large, ruisselle en glace sur les joues rouges et abreuve les tranchées arides. Passée la tourmente et après de longs contours de perles, elle s’évapore, rejoint le dedans du dedans et se noie dans d’autres eaux en gestation.



Illustration

 

Merci à Christophe Sanchez de venir donner un peu d'eau à mes racines, pendant que je verse chez lui quelques mots, dans le cadre des traditionnels et pourtant toujours nouveaux vases communicants. Voici la liste des autres échanges, et toujours merci à François Bon d'avoir eu cette idée, et à Brigitte Célerier, qui en plus d'écrire et de nous toucher, est la plus infatigable des lectrices et passeuses...

 

Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/ et Christine Jeanney http://www.christinejeanney.fr/

Sam Dixneuf http://samdixneuf.wordpress.com/ et Stéphane Bataillon http://www.stephanebataillon.com/

Juliette Mezenc http://www.motmaquis.net/ et Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/

François Bon http://www.tierslivre.net/ et Guillaume Vissac http://www.fuirestunepulsion.net/

Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/ et Jean-Marc Undriener http://entrenoir.blogspot.com/

Estelle Javid-Ogier http://lesdecouvertesdutetard.over-blog.com/ et Jean Prod'hom http://www.lesmarges.net/

Anna Vittet http://ecrivant.net/spip/ et Joachim Séné http://joachimsene.fr/txt/

Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/

Clara Lamireau http://runningnewb.wordpress.com/ et Urbain trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/

Anita Navarette-Barbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Arnaud Maïsetti http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article581

Morgan Riet http://cheminsbattus.wordpress.com/ et Murièle Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/

Nolwen Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/ et Benoit Vincent http://www.amboilati.org/

Maryse Hache http://www.semenoir.typepad.fr/ et Michèle Dujardin http://abadon.fr/index.php

Elise http://mmesi.blogspot.com/ et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/

Anne Savelli http://fenetresopenspace.blogspot.com/ et Franck Queyraud http://flaneriequotidienne.wordpress.com/

Dominique Hasselmann http://dh68.wordpress.com/ et Dominique Autrou http://autrou.eu/

Kouki Rossi http://koukistories.blogspot.com/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 13:30

 

Photo0725.jpeg

 

 

Quelque chose brûlant, entravé      -
Peut-être :  de faux milieux entre la chose et soi    -
Une confusion, entre la liste des autorités et celle des grandeurs    -
L'écriture, de chemin devenue panneau   -

Alors trouver de nouveaux composants du jeu    -
Rejouer autrement un son très ancien    -

Lutter contre la prolifération :  -
Par la doublure    -

Devenir écho intérieur  -


(Ce leurre : toucher sans être touché)    -

La guerre est déjà ici   -
Ne pas choisir entre la paix et l'histoire    -
Ne pas choisir entre les origines     -
Céder seulement un royaume dans la vallée du méandre  -

(Agrandir les yeux)   -

Reprendre aux vandales, donner aux vandales   -
Conduire véloce, et léger  -
Ne pas céder d'être femme    -

(Plus haut, mais centimètre par centimètre)  -

Il y en aura pour réclamer des statut de pureté   -
Des trinités  -
Des armées de possédants seront levées pour rétablir l'ordre   -
Mais nous sommes déjà partis. Le clair de terre nous le voyons de loin   -
Nous sommes déjà plus qu'étrangers   -

(Conciliation des nerfs, de l'écriture, du monde)    -

 

L'habitation, au cœur de l'insulaire   -
Les grands monuments disparaissent :  -
Plutôt se réfugier dans l'infime   -


Les choix pour partir : si nombreux  -
Pour rejoindre, plutôt creuser  -

 

Laisser les autres répéter   -
Déserter les centres  -
Ce n'est pas là où ça travaille   -


L'abri est sous l'orage  -
Les affluents sont frêles, mais parfois longs   -

A la pointe de nos fleurets  -
Se déploient des paysages :   -
Tout un continent coloré.  -

 

 

Texte réalisé sous contrainte d'écriture, à laquelle vont se prêter quelques uns, à partir des #alearticles sollicités sur Wikipédia (fonction : un article au hasard). Ils sont cachés dans les tirés à droite de chaque ligne, ou alors, consultables dans l'ordre sur ce site.

D'autres lectures des mêmes oracles chez The One Shot Mi et chez Robinsonenville


 


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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 09:45

 

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Hier, j'allais prendre le métro pour rejoindre cette amie. Il y avait celui-là en haut des marches qui vendait des jonquilles dans une boite en carton, je suis passée devant. Et puis au milieu de l'escalier, je me suis arrêtée, hésitante, je suis bien restée le temps de compter jusqu'à 20 comme ça, à descendre une marche, la remonter, avant de rebrousser chemin, et aller l'acheter, ce bouquet de jonquilles. Pour mon amie. Pourquoi j'hésitais? Mon amie est de toutes les fleurs, mais le pavot lui va mieux, et moi, à ses anniversaires, je lui offre une rose bleue, de celles que proposent les fleuristes peu regardants, car c'est l'encre qui leur donne cette couleur impossible.

Pendant tout le chemin du métro, ensuite, j'avais la chanson de Marinette dans la tête, Brassens qui se moquait de moi ainsi tâchée d'un jaune trop vif dans le gris du métro ("avec mon p'tit bouquet j'avais l'air d'un con, ma mère..."). Mais mon amie n'est pas Marinette.

On s'est retrouvées, on s'est embrassées, on a marché ensemble vers le restaurant, avec toujours ce même décalage de rythme, moi mon pas pressé, et elle, retenant l'espace comme un élastique qu'elle tend pour que ses paroles aillent plus loin. A propos de quoi, je ne sais plus du tout, elle m'a cité cette phrase dont elle me dit qu'elle l'accompagne depuis longtemps, cette phrase que je n'ai pas du tout comprise, sans doute la faim, et quelque chose d'hermétique qui m'a découragée comme le font les rébus. Je n'y ai plus pensé.

En mangeant, nous avons parlé de tant de choses, d'une amitié déçue qu'elle avait sur le coeur, d'une autre qu'elle écoute et retranscrit, celle d'Aimé Césaire et Wilfredo Lam, de cette phrase dans Cahier d'un retour au pays natal : "accepte, accepte, accepte", de la graphie de la signature, comme altération nécessaire de l'écriture pour en préserver l'intégrité. Et puis elle m'a demandé, et toi, tes projets? J'ai raconté. Et puis je lui ai montré cette photo, prise sur le chemin pour aller la voir, parce que ça disait mieux que mes mots le véritable point où j'ai l'impression d'être, cette fureur du démontage, les reflets, comme des leurres, qui font qu'on ne sait plus ce qui est dehors, ce qui est dedans. En réponse, elle m'a raconté un très beau conte.

En sortant du restaurant, je me suis souvenue de cette phrase qu'elle m'avait dite, et enfin je l'ai entendue :

L'ailleurs de l'ailleurs est l'ici devenu.

Ca valait bien un bouquet de jonquilles.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 09:21

 

noix.jpg

 

Comment elle est arrivée là, vous n’en savez rien. Vous vous apercevez subitement de sa présence, et dans ses yeux, qu’est-ce que c’est? De l’audace? De la terreur? Vous la regardez, elle prend ça pour une autorisation, elle vous saute sur l’épaule.
Elle ne pèse pas bien lourd. Mais quand même. Au début vous la foutez par terre. Elle revient, la patte cassée. Vous ressentez, quoi? Une sorte d’attendrissement, peut-être. Un peu de pitié, pour cette bête perdue, efflanquée. De l’agacement aussi. Vous n’avez pas que ça à faire, de vous occuper d’une petite bête à poils, qui a l’air de tellement demander.
Mais voilà, elle est là, juchée sur votre épaule.
Quoi faire?
Sa chaleur le long du cou, pas si désagréable, et qui vous soulage d’une légère contracture. Et puis, cette habileté à vous épouiller. Bon d’accord, c’est elle qui vous les a donné, les poux.
Vous pouvez la revêtir d’un petit costume rouge à galons. Accompagné ainsi, vous vous donnez en spectacle. Pas sûr que ça vous apporte ni la gloire ni les espèces sonnantes, mais enfin, elle n’a pas son pareil pour dérober des portefeuilles crevés, et leurs propriétaires n’y voient que du feu. Ses frasques, peut-être, pourraient vous désennuyer de vous-même. Vous ne vous ennuyiez pas, pensez-vous. Bien, c’est vous qui savez. Au moins, sa queue souple, nerveuse, permet de chasser les mouches qui vous tournent autour. Et puis, avec ses dents pointues, ses longs doigts agiles, elle sait dépiauter pour vous des noix très dures. Vous, vous la nourrissez aussi, par dessus l’épaule. Elle recrache parfois, méfiante un peu, de cette nourriture qu’elle ne connait pas. Ensuite, elle redemande. Elle vous mange dans la main. Pour vous remercier, elle chaparde par dessus le mur quelques pommes bien juteuses, qu’elle vous tend.


Et puis, quand la nuit vient, ses cris perçants, ses babines retroussées feront peut-être fuir vos plus ignobles fantômes.


Ne cherchez plus de raison (de prétextes?) à sa présence. Elle est là, elle vous accompagne. Vous faites la vaisselle, elle est là. Vous travaillez, elle est là, qui regarde vos mains s’affairer. Vous vous promenez dans la rue, elle est là, toujours sur votre épaule, à regarder le paysage, avec cette vision légèrement décalée, forcément, par rapport à votre propre regard (légèrement plus à droite, ou plus à gauche, selon le côté où vous la laissez s’installer). Attention, ne vous penchez pas trop bas sur votre assiette, elle va tomber dans la soupe. Si, dans certaines conditions, sa présence vous semble trop inconvenante, cachez là dans votre chapeau. Elle s’endormira, elle saura se faire oublier.

Il y a eu ces quelques fois où elle vous a mordu l’oreille, presque jusqu’au sang. Vous avez pensé, elle a la rage. Mais non, c’était juste pour vous empêcher de vous endormir, sur ce texte qui traîne un peu. Elle ne sait pas bien y faire parfois. Ses méthodes sont griffues. Mais dans ses yeux profonds, profonds, vous lisez cela, la reconnaissance de voir grâce à vous l’horizon d’un peu plus haut, un peu plus loin.

A vous regarder aller, elle et vous, on croirait de ces formules mathématiques : Yx.

Elle est votre exposant. Depuis qu’elle est là, vous ne le sentez peut-être pas, mais vous vous multipliez vous-même à une puissance inconnue, moins humaine que vous sans doute.
Et de toute façon : vous la chassez, vous faites mine de ne pas vous en occuper, elle revient quand même. Vous pensiez, ces derniers temps, l’avoir distancée pour de bon. Mais non, elle est de nouveau sur votre épaule. Petite bête qui monte, inlassable, insatiable. Elle vous suivra jusqu’au bout du monde. Sans faire un pas, cette paresseuse.

Mesurez votre chance.  Ca aurait pu être un gibbon, un orang-outan, ou bien le yéti. Mais non c’est un tout petit singe pitre, et si affectueux. Elle vous est toute acquise, farouche animal domestique. Alors, puisqu’elle est là, gardez-là. Elle ne coûte pas si cher en entretien. Et que demande t-elle, vraiment? Quelques centimètres carrés de votre surface, à peine. Cantonnez-là. Si c’est trop, quand même : déposez là doucement à terre. Mais ne vous fâchez pas. Ne lui dites pas «Sapristi, ce ouistiti!» ou encore, avec une grosse voix «Ma claque de ce macaque!». Car dans sa fuite, dans sa peur, elle laisserait sur vous, en décampant, une petite flaque. Que vous assécheriez d’une main rapide.

Humant vos doigts ensuite, vous vous demanderiez, suspicieux, si c’était vraiment des larmes. Et vous n’auriez plus jamais un revers de veste impeccable.

 

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