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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 06:35



Quand nous marchons dans les couloirs du métro, des yeux nous regardent. Des yeux de papier prisonniers de leur affiches nous matent sans vergogne, nous font les gros yeux, nous font de l'oeil.


Nous, polis : on leur répond. On les regarde.


On ne sait plus où donner de la tête.

Et pendant que les yeux embusqués des images nous charment, nous appellent, nous oublions de nous regarder les uns les autres, nous les passants de chair, pas encore collés au mur.


Nous oublions cela, la réciprocité du regard.

Nous, nous regardons les images, car elles nous sourient plus facilement. Elles nous distraient mieux.

Ce qui laisse tout loisir aux petits yeux de verre pour nous regarder, nous les passants de chair.



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Published by cécile portier
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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 11:18

Bien sûr la question de savoir d'où l'on regarde et d'où l'on parle, et celle de nos appartenances, de nos ports d'attaches, des endroits où le soir on se lave et on se couche.
Mais sur nos devantures parfois la localisation échoue.
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Published by cécile portier
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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 19:41

Dans l'écriture il y a toujours ce qu'on garde parce qu'on trouve que ça fait sens, et ce qu'on jette, ou plutôt ce qu'on perd. Dans l'écriture de l'actualité cela donne des choses exaspérantes, désespérantes, surtout quand le sens cherché est si pauvre ; les exemples sont nombreux, est-ce besoin d'en citer? Des pans entiers de la réalité passés sous silence pour que l'étai du discours dominant ait l'air plus solide.
Mais même dans d'autres types d'écritures, puisque toutes veulent rendre compte du monde, d'une manière ou d'une autre, il y a du réel passé sous silence, parce qu'il ne rentre pas comme il faut dans ce qu'on pense avoir à en dire.
J'ai comme ça un petit remords, et malgré les jours qui passent je repense souvent à ces mains de batteur dont je n'ai pas tout dit.
Car dans le fil de notre conversation, il m'a montré sur sa main une très infime cicatrice, j'avoue ne plus savoir où elle se trouvait, si c'était sur la tranche de la paume ou sur un doigt. J'ai demandé la cause. Il m'a dit qu'il n'en savait rien, que c'était une cicatrice trop ancienne, une cicatrice d'enfant, une cicatrice d'avant le temps de la mémoire.
Depuis je repense à cela, à cette toute petite cicatrice qui ne peut en aucune manière être une écriture, puisqu'elle ne parle pas, elle ne raconte pas d'histoire, puisqu'elle est si petite que pas même les témoins adultes, les parents, n'ont cru bon d'en transmettre quelque chose. Et pourtant elle est là, elle accompagne la peau, c'est à jamais une partie de sa peau qui reste enfant, qui littéralement ne parle pas.

J'y pense, c'est tout. Je lui donne quelques mots.

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 11:37

Parait que c'est le moment de jardiner.

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Published by cécile portier
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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 09:54
Elle était laborantine, elle a décidé de changer de métier. Elle travaille dans la production audiovisuelle, un autre laboratoire, celui des images.
Elle a choisi de poser sa main sur mon sac à moi, pour que je prenne la photo. C'est la première fois que je rentre un peu dans le cadre.
Elle m'a dit que c'était étrange que je l'interroge sur ses mains, parce que le matin même elle avait regardé les mains de la femme en face d'elle, dans le métro. Elle portait la même bague qu'elle, une bague de fiancailles. Mais elle, n'est pas mariée. Et la femme en face d'elle avait les mains fines et régulières, les ongles longs. Ces similitudes et ces différences l'ont fait rêver un moment, à ce que ses mains à elle disaient d'elle,  de ses écarts, de ses irrégularités, du fait que sa vie n'était pas lisse et que c'était bien ainsi. Parce que c'était comme ça qu'elle pouvait chercher, dans l'acceptation d'une trajectoire déviant de sa trace prévisible, et que d'ailleurs elle aimait et travaillait la danse d'Isadora Duncan.
Elle m'a dit aussi qu'elle cherchait à se rapprocher de l'instant, du présent, et de la simple sensation d'être en vie. Qu'on cherchait trop souvent, ici, dans nos vies, à passer par l'action. Qu'on voyait le monde et nos interactions toujours comme un appel à la résolution d'un problème. Quand elle a dit cela, je me suis demandée si ma démarche était exempte de cette anxiété, de cette envie de résoudre un problème. Certainement non. Mais j'ai été touchée qu'elle n'y voie pas que ça, et qu'elle me dise, que ce moment que j'avais suscité entre nous, c'était un peu de présent donné sans autre chose, c'était un petit moment de grâce. 
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Published by cécile portier - dans A mains nues
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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 20:30

















Le rêve fait de nous des cyclopes siamois.
L'acuité du regard, on ne sait jamais très clairement qui des deux de nous-même la porte mieux.

On peut trouver ça légèrement anti-anatomique, voire, anecdotique. La monstruosité se fait passer pour un détail qui échappe au monde, une exception qui confirme la règle.
Et pourtant, si on accepte de la faire sortir du petit bocal, voilà qu'elle se met à parler, avec beaucoup plus d'à propos qu'on ne croit, du monde dans lequel on vit.
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Published by cécile portier
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 19:00

Tombée sur ce petit film de Duras, Les mains négatives. Un cheminement le long des rues désertes de Paris, à l'aube, et la voix de Duras parlant de l'homme qui a, il y a trente mille ans, laissé en empreintes noires sur les murs d'une grotte, ses mains.
Juste notre ville minérale, vidée de ses visages, et cette voix, celle de Duras, celle de l'homme pour qui l'autre n'était encore qu'un futur, et pas une fatigue :

           Je suis celui qui appelait. J'aime quiconque entendra que je crie.






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Published by cécile portier - dans A mains nues
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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 17:27
Sur les murs du métro, sur des pancartes dans les rues : ils fleurissent de partout.
Ils sont sans visage. Il sont courts sur pattes et par principe tout à fait sympathiques.
Ils sont sans visage, pour mieux nous ressembler mon enfant.
Car tout est là : les petits hommes nous disent, à notre place, quoi faire, comment nous comporter, comment être attentifs ensemble, comment laisser la place aux personnes qui en ont plus besoin, comment ne pas oublier que la propreté est l'affaire de tous, comment ne pas retarder le métro parce qu'on aurait bloqué la porte avec le pied, comment ramasser les crottes de son chien, comment surveiller ses enfants dans les escalators, comment surveiller son voisin sur le strapontin.
Et non seulement ils nous le disent, mais il le disent à notre place. Car au mieux ils s'adressent à nous comme à un interlocuteur, ils nous interpellent, à l'impératif :
Facilitez les opérations de contrôle
Surveillez vos effets personnels

etc, on connait la musique
Mais de plus en plus souvent, ils s'identifient, ils disent : JE.

J'aime mon quartier, je ramasse
Je tiens mon chien en laisse
Je dis bonjour au conducteur

Dire JE à la place de VOUS. Ou même TU, allons, mettons que les petits hommes ronds nous tutoient, ce serait un pis aller s'il faut vraiment les avoir sur le dos, un pis aller de les voir nous tutoyer, plutôt qu'il se mettent comme ça à notre place.
Car ils disent JE pour mieux nous ressembler mon enfant.
Cela en dit long sur l'idée derrière la tête de ceux qui travaillent à la configuration de notre espace public, de notre espace commun. Nous sommes tous, hommes et femmes finalement, considérés comme perpetuellement mineurs, et destinataires de ce fait de consignes simplifiées, intériorisées, prémâchées. Du surmoi en lait berlingot concentré sucré. Nous sommes tous enfants inéduqués et de plus en plus incivils, à qui ils faut tenir la main et dire quand il est nécessaire de dire bonjour à la dame.
Recevoir des ordres sous formes d'enfantillages, quelle belle façon d'être citoyen, pour employer un mot que les petits hommes ronds affectionnent.
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Published by cécile portier
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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 13:25
A voir, l'exposition de Carole Achache, qui depuis presque trois ans, photographie, lors des permanences de RESF, les mains de ceux qu'on appelle les sans-papiers, et qui, ironie, passent leur temps à en réunir, des papiers, pour tenter d'obtenir celui qui leur redonnera le droit de vivre ici.
Ces mains, on les voit  remplies de documents administratifs de toutes sortes, faibles preuves, ou bien d'injonctions.
L'exposition se tient jusqu'au 8 avril à la mairie du XIème arrondissement de Paris. Merci à mon ami Antoine Saint-Denis de m'avoir fait découvrir ce travail, comme beaucoup d'autres choses.
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Published by cécile portier - dans A mains nues
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 12:33
Depuis longtemps le regard de cet homme me poursuit, et je me sens infiniment redevable de sa promesse, de sa protestation d'honneur blessé.
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