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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 12:50

Lu le très beau texte de Régine Détambel sur publie.net, Blasons d'un corps masculin.

Déjà au début, cette phrase de Colette, assumée comme un programme :
" Je détaillais la montagne avec un goût étriqué, menu, parfois subtil, de myope et de femme…"

Et puis cette façon de prendre en charge le poids du corps de l'autre, comme si de le détailler le rendait plus entier.
Et puis, bien sûr, à de nombreux endroits, les mains de l'homme comme blason.

"Elle avait connu ses mains quand leurs ongles
n’étaient pas éclos, quand il avait encore des coussinets à la base moelleuse de chaque doigt et une peau si fine que le remontoir de sa montre l’éraflait, laissait une traînée blanche, crayeuse, de peau sèche, arrachée.

Elle avait connu ses ongles fins et roses, si doux qu’ils ne faisaient aucun bruit quand il pianotait sur la table en Formica.

Ils pousseraient en quelques années, âpres et déchirants."

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Published by cécile portier
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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 12:25
Je signale qu'on vient de me signaler que des mains bleues courent dans la ville.
On m'a promis une photo, j'attends. Mieux vaut tenir que courir. Car la même personne me signalait, il y a quelques semaines déjà :

"je connais quelqu'un qui a vraiment de très grosses mains (genre copito de nieve, l'ex-gorille blanc du zoo de barcelone) mais il ne prend jamais le métro".

Nous sommes à une époque qui a besoin de preuves, que voulez-vous.

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 21:38
Ca faisait bien longtemps qu'on ne s'était pas vu, connaissance d'un ancien travail, et même nous arrivait de déjeuner amicalement, mais c'est passé : le temps, certainement. Et puis je n'appartiens plus au même cercle. Et puis peut-être a t-il cru un moment que j'étais quelqu'un de brillant, et ma brillantine s'est estompée à ses yeux. Bref, ne donnait plus de nouvelles. Et le voilà sur le quai. En attendant que le métro arrive, nous mettons à jour nos données, j'actualise le nombre de mes enfants, il me dit où il travaille désormais. A vrai dire je le savais déjà.  Nous montons, il s'asseoit en face de moi, je lui fais le coup du blog, les mains photographiées, tout ça, lui demande si je peux. Il dit : AH NON.
Vous comprenez, d'abord mes mains ce sont des vieilles mains, et en plus en ce moment je travaille sur Agnès Varda, alors je ne voudrais pas retrouver demain sur votre blog mes mains en vieille patate.
Puis de me dire, que la symbolique des patates chez Varda, il l'a enfin comprise, ce qui s'enfouit, petite racine, pour refleurir un jour.

Ma station arrive, on fait comme si on allait se rappeler un jour pour déjeuner ensemble.
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Published by cécile portier - dans A mains nues
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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 21:08

Quand il a présenté ses mains comme ça, paumes vers le ciel, je savais déjà que c'était des mains travailleuses. Celles qui naturellement montrent d'elles la peau qui attrape le monde, pas la face que le monde regarde d'elles quand elles sont au repos. Je lui ai dit un peu plus tard, ma théorie sur les mains paumes ouvertes, mains travailleuses. Ca l'a fait rire.  

Il est peintre, en bâtiment. Et effectivement, ça ne se voit pas sur la photo, comme jamais rien ne s'y voit, mais moi je l'ai vu et je suis là pour le dire, effectivement sur ses mains quelques étoiles de peinture blanche palissaient, comme sur les vrais cieux avant que l'aube ne les lavent.
Et puisqu'il est peintre, pour lui j'ai cherché comment les autres peintres, ceux des toiles d'autrefois, peignaient les mains qui s'offrent comme ça au regard, les mains paumes ouvertes.
Les mains paumes ouvertes, ce sont les mains qui offrent (rois mages avec or, myrrhe et encens),  et ce sont les mains qui témoignent (en montrant comme preuves, la plupart du temps, de douloureux stigmates). 

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 11:30
J'ai quelques mains en stock, mais pas de temps, même le quart d'heure qu'il faut pour une main. Et quand je délaisse ainsi ce petit espace d'écriture, je me sens à son égard comme avec un ami malade que je négligerais, que j'oublierais de venir visiter. Je vois comme une imploration, un visage qui attend son écriture.
Ce n'est pas l'attente d'autrui dont je parle, c'est de la mienne.

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Published by cécile portier
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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 19:00
Il est vrai que les femmes sont perpétuellement mineures....
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Published by cécile portier
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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 00:00
Je venais de passer devant cette affiche rabachée, où l'on voit un adolescent blond penché sur une guitare, et où l'on nous propose : "Et s'il était aussi bon en physique?". Manière de racoller les parents anxieux pour des cours à domicile. Je tombe sur, à première vue, exactement le même, qui de ses mains longues ne sait pas quoi me dire, à part qu'il fait de la batterie, et que ça l'intéresse beaucoup plus que les maths.
Ses mains longues il les porte sans cesse à ses cheveux blonds emmélés. L'une dégage ses yeux, l'autre, quelques secondes plus tard, les cache. Certainement cela a quelque chose à voir avec cette faculté qu'ont les mains d'un batteur de parler indépendamment l'une de l'autre, d'inventer des rythmes qui suivent chacun leur chemin. J'admire, moi qui ne suis pas capable sans m'emmêler les pinceaux de taper sur mon ventre de la main droite pendant que la gauche frotte en rond le haut de la tête.
Nous en revenons au maths, et parlons de la nécessité, de nos jours, d'avoir fait des études pour trouver un métier. Je dis, en vieille tatie, que cette nécessité ne date pas d'hier, que de mon temps on nous disait pareil, et que c'est vrai bien sûr. J'ajoute, à l'attention du batteur sachant battre en même temps deux mesures différentes, que ce n'est pas une raison, devenir bon en maths, pour abandonner le reste. Et je sais personnellement ce qu'il en coûte, sinon, de ne faire que se taper sur le ventre sans tenter, en même temps, de se frotter les cheveux ; on s'ennuie mortellement.
Et si on oublie de s'ennuyer, certainement c'est pire encore.
Pour ça que je préfère encore frôler le ridicule de faire deux choses en même temps, tenter de travailler bien, et tenter de travailler bien, mais pas les deux sur la même portée. Je souhaite donc longue vie aux deux mesures battantes de ce jeune passager.
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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 00:00
On lui demande de la présence, mais pas trop de mémoire. Sa main droite ne peut plus tenir d'épée, et c'est tant mieux si les armes qu'on lui a données sont inactives. Dans sa main gauche, elle conserve le bouclier.
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Published by cécile portier
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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 11:40

Curieux, comme les mains qui se disent "de travailleur" sont celles qui se présentent spontanément paume ouverte. Le visage l'était aussi, à ma demande saugrenue il a répondu par un sourire. Pourtant, ces mains m'impressionnaient : immenses, même si l'échelle est difficile à rendre quand la main d'un seul pose.
Main de travailleur, mais aussi main de patron, et pour lui ce n'est pas faux-semblant. Il est guadeloupéen, venu voir ses enfants en métropole, pour quelques jours. Là-bas il a sa propre affaire dans le bâtiment, emploie vingt personnes, et a soutenu la grêve. " A la fin c'était dur. Mais en même temps ça doit changer là-bas. Les gens ici croient qu'on a la belle vie, mais ce n'est pas vrai. Vous savez, quand vous achetez une bouteille de lait 1 euro ici elle coûte 6 là-bas." Encore un rapport d'échelle difficile à représenter dans un seul cadre (République une et indivisible). Ce matin les infos revenaient sur les stock-options et les rapports, aussi, entre les salaires des dirigeants munis de stock-options et ceux du bas, de l'échelle. Mais ctte fois là, dans le métro, ce n'était pas la même échelle :  Main de travailleur, main de patron, il n'y en a qu'une et c'est la même, il n'y en a pas une gauche pour l'un des statuts et une droite pour l'autre, ce sont les mêmes mains.
Vu hier Les portes du paradis, et ce personnage qui justement ne fait pas coincider sa main droite et sa main gauche, qui est contre ce que son camp décide mais y reste (je suis prisonnier de ma classe, dit-il), me semble une figure assez juste de notre (ma, en tout cas, trop souvent) position de spectateur. Mais bien sûr tout cela n'est transposable que toutes choses égales par ailleurs.
Et ceci qui n'a (presque) rien à voir, rapport d'échelle toujours, sauf la question de l'entraide : merci à Christophe Borhen.

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 08:14


Matin, soleil. Je longe le grand parapet en béton de la place. Un vieux monsieur, maghrebin, profite de la clarté de l'air et se coupe les ongles. J'ai envie, bien sûr, de la photographier. Je vois aussi une femme entourée de gros sacs. Elle a disposé sur ses genoux une panthère noire synthétique, et à sa droite deux autres peluches qui prennent le soleil avec elle. Plus loin je croise une femme à barbe qui me tend timidement un tract protestant contre le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN.
Si j'avais osé.
Mais je n'ai pas osé. C'est autre chose de prendre en photo une personne entière, et pas seulement un fragment. Et puis quoi, qu'aurais-je fait? Je me serais flatté l'oeil, j'aurais arraché de la surface de ces personnes une petite peau de pittoresque. Je n'aurais rendu compte de rien.
J'ai donc préféré me faire regarder par ce mur au visage lui aussi arraché. La fonction commentaire était activée, quelqu'un avait publié à côté : (je suis littéralement sidéré ! Amoureux de l'image!).
Nous tous le sommes, sidérés amoureux de l'image.
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Published by cécile portier
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