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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 06:47

Cela fait bien longtemps. Bien longtemps que je n'ai pas dit bonjour à quelqu'un en lui serrant le poignet.
 "Je ne vous serre pas la main, elle est sale." Ce ne sont pas les banquiers qui disent ça, non. Ni les tueurs à gage, ni même les hommes d'Etat.

Une ménagère qui sort les mains de sa vaisselle, un réparateur automobile, un peintre en bâtiment, un marchand de primeur. Toute personne travaillant de ses mains, et les salissant, au sens propre.
Toute personne néanmoins civile, et proposant cette manière désuette de compromis : tendant le poignet pour la main, synecdoque? ; le poignet pour la poignée, homonymie? - en tout cas, jolie figure de style pour signifier le déplacement.
(j'aimais aussi le geste qui accompagnait souvent celui là, qu'avec le même dos de poignet tendu à l'autre la personne s'essuyait le front d'un geste las, avant de commencer la conversation)
Je me souviens du sentiment éprouvé dans ces échanges "faute de mieux" : un petit sentiment de gêne d'être là, à serrer cette partie passive du corps de l'autre avec sa propre main transformée en pince de crabe, et en même temps, la reconnaissance confuse envers l'autre, qu'il cherche ainsi à compenser le contact impossible par un autre contact.
Car je veux bien croire que je rencontre peu de travailleurs de leurs mains, que ce soit cela avant tout qui explique le manque d'occasion de serrer des poignets. Mais je perçois aussi que c'est une pratique en déshérence, qu'on préfère aujourd'hui donner seulement le bonjour, et le hochement de tête distant.
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Published by cécile portier - dans A mains nues
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 06:39


"Et si je m'obstine ce n'est pas bêtise.
C'est parce que je suis condamné à vivre dans mes propriétés et qu'il faut bien que j'en fasse quelque chose".

Henri Michaux
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Published by cécile portier
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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 06:34
Le merle moqueur chante déjà, mais où est le temps des cerises?
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Published by cécile portier
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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 18:00

Une des divisions les plus importantes entre les hommes s'opère entre ceux qui savent garder les mains libres, et les autres.
Je passe mon temps à tenter de désemcombrer les miennes, sans succès. On dirait des attrape-mouche catch à la glue, ceux qu'on voyait suspendus aux plafonds des salles à manger de ferme : tous les objets y collent.

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 19:00
Je n'avais pas envie de prendre une photo. Mais l'étrangeté de ce corps, de cette manière de sinuer pour venir s'asseoir, de demander sans demander qu'une place soit faite entre nous pour y installer un gros sac, m'ont fait lever la tête de mon livre. J'ai vu deux mains très fines, qui portaient chacune une sorte de bague, exactement la même, un anneau d'or fin. Une alliance sur chaque main. Et le visage était pareil, ambivalent et symétrique, cheveux séparés exactement en deux par une raie verticale.
J'ai fait ma demande. C'était oui pour prendre la photo, mais non pour en parler.
J'ai juste voulu savoir pourquoi les deux alliances, j'ai dit un peu sottement, "vous êtes ambidextre?". La réponse était non.
J'ai sorti mon appareil photo, et là a commencé une absurde séance. Je voulais voir les bagues, mais les mains s'étaient mises à poser de profil, tenant une revue, page à écriture blanche sur fond noir. "Vous préferez sur fond blanc?". J'ai dit que je voulais voir les bagues. Les mains ont abandonné le texte, mais se montraient un peu fermées, si bien qu'on ne voyait toujours presque pas les bagues. Avec patience elles ont repris la pose.  La photo est sortie un peu floue (à cet endroit de la ligne le métro nous fait toujours subir des chaos de diligence). J'ai demandé à recommencé. J'ai retenté à cinq reprises. Plus j'essayais plus les photos étaient floues. J'ai fini par abandonner, et je n'en sais toujours pas plus.
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Published by cécile portier - dans A mains nues
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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 13:27
On cottoie des gens pendant plusieurs années, et des choses importantes nous échappent totalement. Parce qu'en temps normal on se regarde trop de face. Plein écran, totale lumière, mais peu de choses visibles finalement. Suffit de changer l'angle, même en regardant par un petit trou de lorgnette, et on apprend beaucoup mieux.
Lui, m'a parlé de ses mains à cause de cette cicatrice pas banale, et puis tant qu'on en était dans les histoires de cicatrice et de surécriture...
L'histoire de cette cicatrice, c'est la maladresse de l'enfant qu'il était, revenant à l'école avec, dans un sac, un bocal en verre prêté par une professeure d'éducation manuelle et technique, ironie des mots. Le sac est tombé, le bocal s'est cassé, dans un réflexe il a voulu ramasser le sac, un morceau coupant lui a fait une grande estafilade, ouverture longitudinale, comme si le doigt était une trousse d'écolier, fermeture (ouverture) éclair.
De cette cicatrice nous en sommes venus à parler, naturellement, comme le veut la circulation naturelle et hors contrôle entre les mains et le visage, à celle plus douloureuse qu'il porte
là aussi lovée dans une ligne préexistante, entre la lèvre et le menton. Je ne l'avais jamais remarquée avant qu'il me la signale.
"Ca c'est une autre histoire, plus compliquée"
Il avait dix ans. Il s'est retrouvé par hasard ce jour là dans une remise où il y avait du matériel d'haltérophilie. A dix ans on veut être fort, il a essayé les poids, 5 kg, 7 kg, encore un peu plus, 10kg, 15 kg... Arrivé à 20 kg le petit Atlas n'a plus pu porter le ciel trop lourd qu'il s'était mis au bout des bras, il est tombé à la renverse, les poids lui ont broyé la mâchoire, les dents, la bouche. Toute son enfance a été ponctuée ensuite d'opérations, pour guérir peu à peu de cet accident.
Et voilà comme on apprend qu'un visage familier, où absolument rien ne se lit de cette histoire, s'est longtemps vécu comme un visage défiguré. On l'apprend en regardant les mains.
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Published by cécile portier - dans A mains nues
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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 13:17




















Le regardeur a une position précaire. C'est comme une balançoire, je me sens osciller.
Parfois c’est l'oeil documentaire : tenter de capter quelque chose qui est dans le monde et qui me (nous) regarde.
Parfois c'est la lecture d'augures,lire dans les mains des signes qui parlent d’ailleurs toujours plus de passé que d’avenir.
Et puis, d’autre fois, on s’instaure portraitiste, Ingres au petit pied. 
Voilà que  je fais des tableaux de ceux que je fréquente, alors que j’étais partie sur l’idée de ne traiter que les anonymes. Mais tout le monde a des mains, que voulez-vous. Et pourquoi n’y aurait-il pas des augures dans les mains plus familières ? Pourquoi n’y lirait-on pas aussi le monde ?

 

Ces mains là sont couturées de partout, écrites de partout, et il y a beaucoup à y lire. C’est normal, ce sont des mains d’éditrice. On y trouve de tout, et des choses déjà croisées ailleurs, comme dans les livres.

 

Tout d’abord ce sont des mains porteuses d’un faux rubis. Un faux rubis acheté pour soi-même et qui suffit pour tout bijou de main. Qui est un rempart contre toute autre tentation de bijou. J'y lis surtout, comme dans cette autre belle main déjà décrite, également porteuse de faux rubis, le rappel, à l'endroit de ces deux femmes si différentes, que leur véritable éclat est ailleurs. 

Ensuite, ce sont des mains d’héritage : " les mains de mon père sont fines, celles de ma mère potelées et courtes, j’ai eu celles de ma mère. Note bien, c’est un avantage finalement : on appelle ça des pattes, et c’est très bien pour jouer du piano". Des mains d'interprète, donc

Ce sont des mains qui ont souffert muettement pendant longtemps. « A 13 ans j’ai fait une mauvaise chute, je me suis cassée le scafoïde. Les médecins ne l'ont pas vu tout de suite, et quand ils s'en sont rendu compte c'était trop tard pour intervenir. L'opération finalement je l'ai eue, mais, attends que je calcule, 27 ans plus tard. On m'a prélevée un os de hanche pour compléter celui de la main." Eve est bien née d'une côte d'Adam...

Enfin, ce sont des mains qui portent, à côté de l'ancienne cicatrice du scafoïde, de nouvelles empreintes toutes fraîches, l'écriture d'une nouvelle opération. Car, comme les caissières, les éditrices peuvent souffrir de la maladie des écarts. Il a donc fallu faire une opération, une opération de décompression du nerf inséré dans le canal carpien. Et ce qui a été fait là, c'est vraiment du grand art : le chirurgien a incisé très précisément sur une des lignes de la main, si bien que, lorsque la rougeur temporaire aura disparu, la cicatrice deviendra invisible.
Voilà pourquoi, vraiment, ce sont de très belles mains d'éditrice : des mains qui arborent quelque chose tout en suggérant qu'ailleurs toujours se trouve le véritable bijou, des mains d'interprête, des mains qui portent en elles l'imbrication de la création et de la fabrication, et des paumes palimpsestes.
Et puis surtout, scafoïde, canal carpien :  ce que j'en sais, peu de chose, c'est qu'ils sont au coeur du dispositif de la préhension. Appartiennent à la région du carpe. Carpe, évidement pas celle qui fait des ronds dans l'eau en regardant passer les gardons. Carpe est un impératif. Cueille, attrape, et retiens. Carpe diem, et si tu ne peux pas retenir le jour, au moins tente de retenir les livres. Mais bien sûr c'est une gageure de plus.

 





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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 23:00
Le métro parfois manque de vraies rencontres. Les traversées sont longues.
Heureusement, restent les livres
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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 00:00
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Published by cécile portier
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 09:31
Je pensais en avoir fini avec l'écriture d'un texte, que je trouvais : vaguement monstrueux, pas vraiment viable, mais enfin, comment dire : intéressant.
Et voilà qu'on me dit : mais il lui faut des bras et des jambes à ce texte, et puis un ventre aussi. J'entends : il peut grandir. C'était pourtant peu vraisemblable.

J'hésite, au moment de m'y remettre, entre :
        le soulagement du conservateur de museum, (de n'avoir pas à ranger tout de suite dans les réserves une de ses pièces les plus curieuses), 
         et l'inquiétude du fabricant de golem, (de devoir tenter d'inscrire une lettre de plus sur ce front improbable).
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Published by cécile portier
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