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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 13:12

Mesure du temps passé au nombre de mes énervements, au nombre de nicorettes avalées. Je réinvente le temps-roue, le temps qui ne progresse pas, qui ne passe pas, qui roule seulement.

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Published by cécile portier
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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 12:40
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Published by cécile portier
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 21:42
Les règlements sont faits pour en subir : j'ai pris cette photographie ce midi dans un café, pas dans un métro. J'ai pris les mains non pas d'une inconnue, mais d'une amie.
"Regarde, quand je tends les mains j'ai le bout des doigts courbé vers le haut, c'est horrible. C'est de plus en plus marqué". Moi je trouve plutôt que cette petite inversion de l'orientation naturelle des phalanges lui donne un petit air de danseuse balinaise.
Mon amie a regardé la photo, dans un rire elle m'a dit, je ne sais pas pourquoi je les ai mises comme ça en prière, je ne sais pas après quoi je supplie.
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Published by cécile portier - dans A mains nues
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 21:13

"Elles ont rien de particulier mes mains"
J'ai cherché avec elle.
- Vous avez de beaux ongles.
- C'est pour ne pas les ronger
- Vous n'avez pas de bague
- Si, j'en mets une là, parfois. Mais les autres je ne les mets plus, mes doigts ont un peu grossi. Et puis souvent les gens serrent la main trop fort, avec les bagues, ça me fait mal.

Elle les a regardées, du coup.

Elle m'a dit : "Je m'en sers toute la journée. Je tape sur l'ordinateur". Elle a fait le geste de pianoter en l'air.
Et puis la conversation s'est mise à flotter. Nous avions pris la photo, elle avait parlé, je lui avais donné l'adresse du blog : nous avions épuisé l'objet de nos échanges. Mais ce n'était pas encore notre station, ni à l'une, ni à l'autre, alors c'est difficile de refermer la fenêtre sur le nez de son voisin quand il est encore devant. Elle a demandé pourquoi les mains. J'ai expliqué que je trouvais les visages trop directs, j'ai dit que j'aurais pu choisir les sacs à mains, mais que je n'aurais eu que des femmes.

On est restées un peu comme ça, et puis elle m'a dit "Ce serait quand même bien aussi, les sacs". Il y a eu encore plein de suspensions, et j'étais heureuse vraiment d'avoir en face de moi ce regard rêveur.
  

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 20:41
Elle a un menton un peu pointu et des yeux avenants. Elle m'a souri quand je me suis assise en face d'elle. Elle a bien voulu se prêter au jeu, contente parce que ça lui rappelait Agnès Varda, cette histoire de mains glanées. Elle m'a tendu ses mains pour la photographie. Pour en parler, elle était d'accord aussi. Elle m'a dit : "ça tombe bien, je me suis fait griffer par mon chat". Elle m'a montré deux estafilades, les deux sur la main gauche, seulement sur la main gauche.
On a essayé toutes les deux de faire un gros plan sur la griffure, mais au moment du déclic il y a eu une petite coupure d'électricité, la photo était noire (je ne mets pas le flash). Nous n'avons pas retenté.  
Elle a cherché encore quoi m'en dire, qu'elle avait la peau sèche, qu'elle avait coupé ses ongles hier. On a parlé d'autres choses, qu'elle était en reconversion professionnelle, qu'elle avait envie de travailler dans le service public. On s'est bien entendues, je crois, le temps de quelques stations.
Au moment où je partais, elle m'a dit, mon chat s'appelle Tulum, le nom d'une ville au Mexique. Je n'ai pas pensé à lui demander pourquoi.
Le soir, j'avais oublié le nom de la ville, le nom du chat. Je m'en voulais.
Et puis le matin c'est revenu, au sortir du sommeil c'est revenu. J'ai appris que Tulum en langue maya veut dire barrière, clôture. Drôle de nom pour un chat, mais beau nom pour mon projet. A Tulum, ville disparue, il y a un temple dédie au Dieu Plongeur, représenté tête en bas, ailes inversés. Puisse t-il m'accompagner
.
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Published by cécile portier - dans A mains nues
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 18:28

 

 
La désignation du doigt signale chez l'enfant, dit-on, qu'il est prêt au langage.
J'ai regardé ce gant derrière sa vitrine, attendant un moment qu'il veuille bien enchaîner. J'ai sans doute encore une fois manqué de patience.

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Published by cécile portier - dans A mains nues
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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 23:51
Passé un bonne partie de la soirée à me confectionner des cartes visites (soit-disant) gratuites sur internet. Avec dessus, seulement l'adresse du blog. Pour faire plus crédible quand je demanderai aux gens de photographier leurs mains.
Je crois que la carte sera moche. 
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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 22:45
 

En face de moi ce soir il n'y avait personne, mais à la seconde station quelqu'un est venu s'asseoir sur le carré d'à côté, seul.
J'ai hésité.
Ce n'était pas tout à fait le programme. Le programme, c'était normalement de s'adresser, sans choix, à la personne en face de moi. Mais dans cette histoire de mains à découvrir, il fallait aussi peut-être que je force celle du hasard, sinon du destin. Alors j'ai fait ce qu'on ne fait généralement pas dans le métro, je me suis rapprochée. D'habitude, on change de place pour être plus seul, avoir plus d'espace.
Là, j'ai suivi le sens inverse. Absurde mouvement?

Désormais j'avais un face à face, un vis à vis.

Un homme avec une sorte de parka, retour de travail je dirais, très neutre.

L'aborder.

J'ai béni tout ce temps où j'étais fumeuse et où, à court de cigarette, j'abordais n'importe qui pour en demander une. Ça aide.

J'ai demandé la photographie, il a dit d'accord. Il n'a donné qu'une de ses mains. J'ai demandé qu'il m'en parle, et là : refus. Il a dit : les photographier, je veux bien, mais en parler... J'ai un peu insisté, j'ai dit : par exemple, là, vous avez une montre (au poignet de la main non photographiée), vous n'avez rien à raconter sur votre montre? Il a haussé les épaules, pas l'air mécontent, juste l'air de considérer qu'il n'y avait rien d'intéressant à raconter la dessus. Sur ses mains à lui.

Ou alors, j'avais franchi là la barrière de l'intimité, une photo ça allait, des mots, c'était trop lui demander.

Mais je brode. Lui, n'a rien dit de plus. J'essayais d'avoir des arguments, mais à quoi ça sert des arguments face à quelqu'un qui ne discute pas?

I would prefer not to. Ce premier contact avait un petit côté Bartleby, muet et obstiné.

Ou alors c'est moi, emportée par ma propre gêne, qui n'ai pas su l'attendre. Car face à ce refus gentil mais catégorique, je me suis sentie obligée de gloser, gloser, sur mon projet, mes propres mains racontées, l'avantage des mains sur le visage, etc.

Le monsieur m'a écouté fort poliment. Je ne sais dire si ça l'intéressait, au fond. Je lui ai laissé l'adresse du blog. S'il vient ici, je lui dis bienvenue, et merci.

Je crois que j'ai déjà oublié son visage. Mais ses mains muettes seront maintenant pour moi un contrepoint à mon agitation.

(je repense à cette phrase que j'ai longtemps laissé affichée dans ma chambre sans qu'elle infuse vraiment en moi : « Reste en toi-même. L'occasion de s'occuper d'autre chose se fait passer pour une nécessité, mais ce n'est qu'un prétexte ». - Abbé de Saint Cyran je crois)

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 22:18
 

Ce soir bien décidée.
Gonflée à bloc.
 Le programme est établi, dès que je m'assieds je ne réfléchis pas, je m'adresse à la personne directement en face de moi, et je lui demande de photographier ses mains.

Le métro arrive : vide.


Je me console en photographiant mon interlocuteur absent.

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 14:21
Ce matin, pris le métro avec l'appareil photo dans le sac, au cas où le courage me prendrait de photographier des mains, comme je me le suis promis. Une fois dans la rame, j'ai aussitôt plongé mon nez dans un livre pour éviter d'avoir des occasions. C'est seulement dans l'escalator de sortie, où je ne pouvais pas ne pas regarder, que j'ai vu cette main, posée sur la rampe de caoutchouc. Une belle main fine de femme, qui montait comme ça devant moi au rythme de l'escalator. La femme je n'en voyais que le dos, manteau blanc cintré avec une petite ceinture noire, et long cheveux noirs, soignés. La main était parée d'une grosse bague très clinquante, avec une sorte de fausse perle de culture, énorme, cernée de gros brillants. Je me suis dit que cette main coquette peut-être accepterait sans rechigner la photo. J'ai appelé la femme, j'ai dit : "Excusez-moi". Elle s'est retournée, c'était une belle femme, la quarantaine, peau mate, yeux bien maquillés, nez pointu. Elle m'a répondu génée : "je ne parle pas français."
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