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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 14:27

chimère

J'allais vous parler de cela, de ce cerveau de chimère fossilisé, vieux de 300 millions d'années, qu'on a retrouvé récemment et qui ce matin encore me semblait la chose importante à vous dire (l'écriture, sa capacité à fabriquer de la dureté). Et puis je suis sortie, il y avait cette lumière, et j'ai oublié que c'était pour quelque chose. Il y avait, il y a cette douceur dans la rue. Affolante, pour qui est nourri de la sève du froid. Il y a le pas des gens, un peu plus lent. Il y a de la légèreté, et aussi un arbre précoce déjà rose, au coin d'une rue pas loin. En rentrant j'ai croisé le monsieur de la synagogue en face de chez moi, qui a sorti une chaise sur le pas de la porte, et qui est là à rien faire. Dans ma cour, des fenêtres entrouvertes, qui laissent passer des voix. Moi aussi j'ai laissé la fenêtre ouverte. Ma fenêtre est une porte, et en ce moment même un chat vient d'entrer, prudent. J'entends des cris d'enfants qui portent loin depuis la cour de l'école à 100 mètres, parmi ces cris de jeux il y a mes enfants. J'irai les chercher tout à l'heure. Le chat vient de repartir, un oiseau chante. Le monde n'est pas qu'un bruit dont il faut perpétuellement régler les fréquences. Les chimères volent avant de durer. Et celle dont je voulais vous parler, ma foi je veux bien attendre 300 millions d'années de plus avant que cela, et seulement cela, m'échoie. Pour le moment : je m'évite, je lévite.

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 11:31

Les-metamorphoses.png

 

Le texte que vous allez lire a été réalisé sous contrainte d’écriture : via Twitter, nous avons joué avec Candice Nguyen et, plus épisodiquement, avec Robinsonenville, à interroger quotidiennement Wikipédia : cliquer sur le bouton Article au hasard, voir ce qu’il en sort. Une manière de jouer à l’oracle et de s’en jouer, sans avoir besoin pour cela d’ouvrir le ventre des oiseaux. Au bout de quelques jours, l’idée est venue de composer ces paroles appelant l’interprétation en un seul texte. Il a fallu rassembler les oracles en appelant dans Twitter la note #alearticle, comme on souffle dans un appeau. A chacune ensuite, à partir des mêmes réponses, d’en soutirer une histoire différente, une vérité née du jeu et du hasard.


Vous pourrez lire celle de Candice NGuyen ici.

____

Je voyage en un étrange pays. Ce pays me plait, sans raison, sans autre raison notable que de m'en sentir à la fois proche et étrangère. Ce pays a une langue, ce n’est pas la mienne. Ce pays est une langue que j’aimerais parler. Mais chaque fois que je m’y essaie je m’égare.
Alors je consulte l'oracle. Wiki est son nom.  Il habite une fenêtre éclairée, on l'implore d'un clic. Voilà ce qu’au fil des jours il égrène pour ma conduite :

Enseignement n°1
: Trouve-toi pour habiter une région qui, aussi incluse, aussi enclavée soit-elle, se retrouve quand même sur les bords.
Enseignement n°2 : Choisis ensuite un terrain situé à proximité d’un danger, dormant le plus souvent, à la fois probable et imprévisible.
Enseignement n°3 : Quand tu l’auras trouvé, construis un abri, le plus petit possible. Il faut qu’il soit insulaire, et pourtant proche des autres lieux où tu vaques. Il faut qu’il soit une digue pour tes autres territoires.
Enseignement n°4 : Fais régner sur ton domaine la loi martiale. Ne choisis jamais, d’entre la sauvagerie et la civilisation.
Enseignement n°5 : Tu habiteras ici, désormais. Ce ne sera pas un palais. Juste un endroit de fortune,  sommairement aménagé, destiné à assurer tes besoins fondamentaux. Tu verras que son caractère provisoire sera démenti par les faits.
Enseignement n°6 : Tu habiteras ici mais tu n’y seras pas. Pour t’y rendre, quand besoin, tu emprunteras le monorail de l’obsession, celui qui ne connait pas sa destination.
Enseignement n°7 : Ceux que tu inviteras ici devront accepter d’être mis à nu. Ne leur promets pas d’en ressortir embellis.
Enseignement n°8 : Mais ne cherche jamais à les prendre en otage. Cela se terminerait par un désastre.
Enseignement n°9 : A l’araignée, ce n’est pas le venin que tu dois emprunter. Mais son sens de l’équilibre, la force de ses sécrétions (résistance à la pression), la légèreté de ses motifs.
Enseignement n°10 : Pour nourrir toi-même et tes hôtes, tu sèmeras clair, repiqueras ensuite. Ta récolte produira de nombreuses feuilles. Mais elle te laissera toujours sur ta faim.
Enseignement n°11 : Ne cherche pas pour autant à te nourrir du lait des stigmates.
Enseignement n°12 : Puisque tu as faim, sois sourde.
Enseignement n°13: Ne parle pas, sous aucun prétexte, en aucune occasion. Tu as beaucoup à apprendre encore pour trouver à quel bon escient éprouver ton esprit de résistance et de clandestinité.
Enseignement n°14 : Tu ne parleras pas, mais tu t’emploieras à produire un signal, et vif, encore. A toi de déterminer quel danger il prévient.
Enseignement n°15 : Sers toi pour cela d’une très ancienne et obsolète machine à coder au mouvement pseudo aléatoire.
Enseignement n°16 : Ce que tu produiras aura toujours une face A, une face B. Laisse à d’autres le soin de savoir en combien d’exemplaires il faudrait ensuite le reproduire.
Enseignement n°17 : Veille à ce que ton produit reste toujours insaturé, apte à recevoir de nouveaux raccordements par toi-même imprévus.
Enseignement n°18 : Si tu réussis, tu pourras rester invariante à toi-même, y compris dans l’hypothèse d’un renversement du temps.
Enseignement n°19 : Ou tu pourras, à l'inverse, t'embraser dans la transformation.
Enseignement n°20 : De cela ne tire aucun pouvoir, au risque sinon de te transformer en ta caricature malfaisante et ridicule.
Enseignement n°21 : Au risque, également, de transformer ton domaine en champ de guerre, en village qui s’étiole.
Enseignement n°22 :  Tu auras terminé ton travail quand la clé de ton royaume n’ouvrira plus aucune des serrures à combinaisons multiples que tu y installes chaque jour.
Enseignement n°23 : Alors tu pourras retourner d’où tu viens.

 

Les-equilibres.png

Images composées à partir d’un pseudo jeu de mémory présenté par l’artiste Aurélien Froment au Centre d’art du Plateau dans le cadre de l’exposition Prospective XXIème siècle (faire jouer les images entre elles, une autre manière de faire parler des oracles)

 

 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 00:01

 

Ah si vous saviez comme je suis contente, d'accueillir, par le principe des vases communicants, ce texte d'Anthony Poiraudeau, initiateur du célèbre Convoi des Glossolales et auteur du blog futiles et graves où j'écris aujourd'hui quelques lignes. Et quel texte : mariage de Beckett et de Tati, lui disais-je, comme on dirait de la carpe et du lapin, et ma foi c'est assez fécond. Enjoy...

____

 

vasesco1

 

Il a dit qu’il allait falloir rentrer dans le rang
au bout d’un moment
et rapido.

Au bout d’un moment ET rapido.
Les deux, il a dit.

C’est-à-dire que là, on était dans un moment,
on y était mais il finirait bientôt, très bientôt,
rapido pour être précis,
et qu’alors, d’un instant à l’autre,
une fois que le bout aura été là,
eh bien,
il fallait qu’on rentre dans le rang.

Et il a ajouté :
Parce que là, ça va bien !

Ça va bien !,
il a dit.

Au bout d’un moment,

Il a redit au bout d’un moment,
c’est-à-dire
le même bout du même moment qu’avant,
qui s’apprêtait à arriver, là,
d’une minute à l’autre il serait là,
ce bout,
rapido,
et alors, déjà, on verrait à quoi ça peut bien ressembler
un bout de moment.

C’est peut-être pour ça qu’on avait jamais vu de moment,
parce qu’on avait toujours été en plein milieu d’un
sans jamais pouvoir en voir le bout.
Parce qu’on en était trop loin,
du bout,
mais que là on allait le voir,
et par comparaison, par contraste,
en voyant le moment à côté d’autre chose,
d’un autre moment peut-être,
ou de pas de moment du tout
(on savait pas encore ce que ce serait,
le contexte,
quand on devrait rentrer dans le rang),
et qu’alors en en voyant le bout,
par comparaison, par contraste,
on verrait un moment,
à quoi ça ressemble,
ou du moins une partie, un bout.

Comme quand c’est parce qu’il s’arrête tout d’un coup
qu’on découvre le bruit qui était là depuis le début.

Avoir toujours été en plein milieu d’un moment
sans jamais pouvoir en voir le bout,
ou un des bouts, peut-être, plutôt,
du moment,
mais est-ce qu’il y en avait plusieurs,
des bouts,
à un moment ?

On pourrait se dire, s’il y a un bout à un bout,
il doit bien y avoir un autre bout à un autre bout,
parce que s’il y a qu’un seul bout en tout,
ça fait quand même une drôle de forme.

On a jamais vu une forme pareille,
en même temps,
on avait jamais vu de moment non plus,
on était pas très calé,
niveau moments, niveau bouts et même niveau formes,
on y connaissait pas grand chose.

Peut-être que dans un rang,
du genre de celui dans lequel on devait rentrer,
on aurait su tout ça.
Peut-être que les gens qui sont dans des rangs,
depuis des lustres,
ils en connaissent tout un rayon,
on la leur fait pas,
et même que c’est à ça que ça sert,
d’être dans un rang,
d’y rentrer,
après tout,
et que c’est pour ça qu’on doit.
Après tout.

Mais nous,
comme il fallait qu’on y rentre,
et rapido,
au bout d’un moment,
rapido,
dans le rang,
c’est bien qu’on y était pas.

Personne te dit “monte dans ta chambre” quand tu y es déjà.
C’est quand tu y es pas, justement, qu’on te dit d’y monter.
Quand tu y es pas
et quand ta chambre est à l’étage
(sinon, tu peux pas y monter).

vasesco2.jpeg

On y était pas encore au bout, du moment,
puisqu’on était pas encore rentré dans le rang,
qu’en fait même, on avait rien fait depuis qu’il nous parlait,
on avait pas du tout bougé de place.
Pas une parole, rien de rien,
pas moufté,
pas pipé,
on l’avait fermée.

Une forme à un seul bout, quand même,
ça peut être un genre de rond.
C’est vrai, ça.

Il a continué :
Les trucs et les machins, là, c’est juste pas possible.

Et puis, il y aussi le cas de l’erreur :
on te dit “monte dans ta chambre !”
alors que tu y es déjà,
et là tu dis “mais j’y suis déjà !”
Et on te répond, “au temps pour moi,
je croyais pas”.
C’est un cas où on te dit de monter dans ta chambre,
sans que ça signifie que tu t’y trouves pas.
Il y en a,
des cas comme ça,
d’espèce
d’école
de conscience
des cas de le dire.
Du coup c’est compliqué,
niveau déductions,
niveau raisonnements,
paradoxes
apories
amphores
syllogismes
photocopies
antinomies
de tout ce qui est mots grecs.

Il avait continué :
Les trucs et les machins, là, c’est juste pas possible.
Tout ça.

Il avait dû voir
qu’on arrivait au bout d’un moment, très bientôt,
qu’on y pouvait rien,
c’était comme un cycle astral
un coefficient de marée
une mutation du monde
au bout d’un moment, le bout d’un moment ça arrivait
et qu’une fois passé le bout d’un moment,
tout ce qui est trucs, tout ce qui est machins,
tout ça,
eh bien, plus possible
terminé
que dalle
tintin
plus la queue d’un bout de truc
la fin des haricots pour tout ce qui est de l’ordre du machin
carottes cuites
peau de balle
la messe est dite.

Et les bidules ?
Il a pas dit, pour les bidules,
s’il y aurait encore un petit créneau pour.
Les bidules.

C’était ça, on y pouvait rien,
personne,
il était désolé mais que là,
c’était pour nous prévenir,
la réalité étant ce qu’elle est,
la conjoncture
le cours des choses
la résistance de la matière
l’entropie
la flèche du temps
on allait en arriver au moment,
à un bout de moment,
il allait falloir rentrer dans le rang.

Qu’est ce qu’on allait faire ?

Rentrer dans le rang.
Il y avait que ça.

Il a plus rien dit.
On a pas bougé.

Silence.

On est au bout d’un moment,
là,
ou pas ?

On regarde et ils nous voit regarder.
il nous regarde essayer de voir,
on fait pareil,
on cherche on cherche,
on voit pas de rang.
Tout autour, aucun rang.

Comment on rentre ?

Est-ce que c’est quand un rang apparaîtra,
qu’on saura que là,
ça y est,
on est au bout d’un moment,
et que rapido,
hop ! le rang,
ni une ni deux
vas-y que je te pousse
un deux trois et que ça saute !
on doit y rentrer ?

Qu’est-ce qu’on fait ?

Il faut rentrer dans le rang !
Je vais pas vous faire pas un dessin !
Il a dit.

On a voulu tenter un truc,
pour voir si c’était encore possible,
si on y était,
à l’ère post-trucs,
où les machins, c’était terminé.

C’étaient des conditions de possibilités,
un biotope où ça pourrait ou pas se faire, un truc,
ça pourrait ou pas se machiner un machin.
S’il y avait moyen de moyenner.
Il fallait faire des tests,
c’était coton,
c’était toute une mécanique de précision,
il fallait du résultat,
du solide
du costaud
qu’on sache si oui ou non.

vasesco3.jpeg

Pas d’idée de truc à faire,
on a fait qu’un bidule,
deux bidules,
trois bidules.
Ça nous avançait à rien,
la question des bidules,
elle avait pas été tranchée,
elle était restée en suspens,
il nous avait pas fait son topo,
pour ce qu’il en retournait des bidules.

“On a pas de rang, monsieur !”
Qu’on lui dit.

Silence.

Vous en faites un !
Je vais pas vous faire un dessin !
Qu’il nous répond.

Merde...

Silence.

On avait raté un épisode.

“Est-ce qu’on peut avoir un dessin, monsieur ?!
Un dessin de voiture,
ou de maison ?
Un chevalier ou un ninja ?
Est-ce que ça peut nous aider, monsieur ?”
On lui a posé des questions,
on l’a cuisiné
sur le dessin,
on demandait qu’à bien faire,
on voulait pas rater,
l’affaire était d’importance.

Silence

Silence

OK, je vous fais un dessin.
Il a dit.
Un dessin de rang.
C’est là que vous devrez rentrer.
Dans ce qu’il y a sur le dessin.

C’est là qu’on devrait rentrer,
mais seulement au bout d’un moment,
on savait pas quand,
si on avait bien suivi.
On était pas non plus sorti de l’auberge.
Mais bon, on avançait.
On avait fait du chemin.
On touchait à quelque chose.
On était dans le dur, là,
en plein dans la question,
finies les simagrées
les ronds de jambes
les coquetteries
les chichis
les salamalecs
les mignardises
les sophistications

Il a fait un dessin,
deux dessins,
trois dessins.
Des dessins de rangs.
Trois dessins de rangs de rang.

On a pigé
cinq sur cinq
bien reçu
dans le mille
impeccable.

On a pigé qu’on était en rang depuis le début,
tous alignés,
côte à côte et rien qui déborde.

Du coup on a rien compris,
de ce qu’il nous a raconté depuis le début.
Ce qu’il voulait au juste.
Il voulait qu’on comprenne bien,
que ce soit clair,
qu’on puisse pas dire qu’on savait pas,
qu’il fallait qu’on fasse plus rien
qu’on se dépêche de plus bouger
C’était pas clair.

Bizarre, le mec.

On a plus bougé.
Il est parti.
On l’a plus jamais revu.
On a gardé les dessins.

 

___

 

Liste des vases communicants de février en cliquant ici , qui sera peut-être plus à jour que cette liste plus bas, mais je vous la mets quand même. Et toujours un immense merci à Brigitte Célérier.

 

Laurent Margantin et Daniel Bourrion

Christine Jeanney et Anita Navarrete-Berbel

Maryse Hache et Piero Cohen-Hadria

Joye et Brigitte Célérier

Samuel Dixneuf et Michel Brosseau

Chez Jeanne et Leroy K. May

Estelle Ogier et Joachim Séné

François Bon et Christophe Grossi

Cécile Portier et Anthony Poiraudeau

Amande Roussin et Benoit Vincent

Marianne Jaeglé et Franck Queyraud

Juliette Mézenc et Jean Prod'hom

Candice Nguyen et Pierre Ménard

Christophe Sanchez et Xavier Fisselier

Nolwenn Euzen et Landry Jutier

Leila Zhour et Dominique Autrou

Claude Favre et Jean-Marc Undriener (vis à vis à préciser)

Clara Lamireau et Michel Volkovitch

Bertrand Redonnet et Philip Nauher

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 14:21

La loi des séries est une terrible loi. Je m'y astreins seulement pour avoir un chalut où rassembler des pensées sans trop d'effort. Mais au bout de quelques mois le chalut s'use, il laisse passer n'importe quoi, et dans les deux sens.

Tenez, mon chalut actuel, compléments d'objets. C'est comme vouloir ramener la mer à soi. Et je n'ai même pas encore traité d'articles essentiels, type moulinette à vinaigrette et ratatine-ordure.

Donc, je descends de mon bateau, je fais un peu de pêche à pied. Quoi trouver, maintenant? Si j'avais lancé ce chalut là, c'était pour désencombrer la mer. Car les objets nous encombrent. Donc, trouver plutôt un sujet. Un sujet simple. Un caillou, par exemple. En voilà un beau, juste devant moi, prenons celui-là.

Un caillou, quoi en dire? Qu'est-ce qu'on peut en dire pour lui même, sans tentative d'exemplification didactique? La couleur, déjà. Celui-là, selon où on le regarde, blanc, roux, ou gris. Au toucher, il est lisse, doux, presque. Mais dispose quand même d'une arête discrète et tranchante. Voilà. Ca ne va pas bien loin.

Un caillou, c'est quand même un défi pour l'écriture. Bien sûr je pourrais faire croire, qu'avec ce silex là je vais faire des étincelles. Mais c'est pas vrai, je ne sais pas faire ça. D'autant, je ne suis pas sûre que ce soit un silex. Ou alors si, certainement, mais enveloppé dans une sorte de gangue. Je pourrais vous le montrer, mettre une photo, puisque je l'ai devant moi, là juste sur mon bureau. Mais ce serait trop simple, et même vexant, vous trouveriez plein de choses à en dire que je n'avais pas vues.

Je peux dire son poids. Son poids dans la paume, invraisemblablement concentré. Il est si lourd dans la main qu'il ressemble à ce qui pèse diaphragme, certains jours. Il est froid, aussi. Au bout de quelques minutes dans la main, on pourrait croire qu'il est chaud, mais ça ne dure pas. Disons que sa chaleur s'adapte. Il est nu, mais il ne le sait pas. Le caillou, c'est la seule chose naturelle dont on puisse dire qu'elle est nue, avec l'homme, qui ne l'est pas. On ne dirait pas, du moins, moi ça ne me viendrai pas à l'esprit, de dire qu'une herbe est nue. Mais le caillou, si. A cause de cette densité, qui n'est pas de la chair (la preuve, il est inépluchable) qui n'est pas de l'os, mais les deux un peu.

Du caillou, en général, de celui-là aussi par conséquent, on peut dire aussi qu'il est inutile. Plus exactement, qu'il est irréductible à toute utilisation. Bien sûr on peut toujours vouloir en faire un instrument de colère et de lapidation. Ou bien un barrage pour un mince torrent de montagne. Ou bien un presse-papier, je crois bien d'ailleurs que c'est à cet usage que j'avais dû au départ ramasser celui-là : pour rassembler mes manuscrits. On peut faire ce qu'on veut avec un caillou, il s'y prête, volontiers, j'allais dire, mais c'est déjà trop dire, car c'est comme si tout cela ne le concernait pas.

Mais en même temps, le but d'écrire, est-ce de concerner les cailloux? Ce caillou me casse un peu la tête, vous pouvez constater. J'en arrive à me poser des questions indéfendables.

Un caillou ne sert pas, ne se sème pas. A bien le regarder, pour vous en rendre compte, je me dis cela, seulement, que je peux seulement le regarder être. Que cela devrait suffire.

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 12:07

IMGP1688-copie-1.JPG

 

Venez par là, que je vous épluche. Votre coeur ne m’intéresse pas. Il est bon certainement, il est savoureux. Mais tous ces pépins, sans doute... Non, je ne vous prends pas pour une pomme. C’est juste cela : mon utilité n’est pas dans la consommation. Je sais, j’apprends, à me contenter de ce que, de vous, les autres ne veulent pas.
Venez, que je vous écorche. Je vous promets, ça ne fera pas mal. J’irai à l’économie, j’en enlèverai le moins possible. Je m’exercerai seulement à cela, sentir ce qui cède, faire venir sous la lame le plus long ruban possible, voir comment il s’enroule sur lui-même, comment il danse sur son vide. Et vous vous découvrirez peut-être immense dans cette lecture superficielle, dont je ne sais si elle m’aiguise, si elle m’émousse.

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 13:58

 

IMGP4121.JPG

Toute transformation réclame effort. La lumière qui sort comme ça toute seule sans avoir mal aux cuisses, ça fait longtemps que ça se fait plus. Fiat lux, oui, mais faut pédaler. Ca éclaire mal, en plus. Jamais plus de quelques secondes d'avance sur le trajet. Les nids de poule, les pavés déchaussés, on les évite de justesse. Ca éclaire mal, juste un halo cahotant, flou, et tellement peu panoramique.

Toute transformation génère sa perte. Ralentissement de la vitesse. Et même du coup, à cause de la fatigue, on n'ira peut-être pas aussi loin que prévu.

Mais tout ce gaspillage du frottement, ce frein, cette peine : c'est aussi un chant pour l'oreille.

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 09:09

 

IMGP2286.JPG

 

Vous dire seulement cela, que depuis le 15 janvier et cette belle journée anniversaire de Remue.net, j'ai découvert des nouvelles fréquences, affiné les règlages pour mieux recevoir d'autres que je suivais déjà. Maryse Hache en a parlé mieux que je ne saurais le faire, Anne Savelli aussi, et Thierry Beinstingel. J'en oublie, oui, j'en oublie forcément, c'est ça qui est bien avec les ondes, on ne peut pas les retenir (mais on sait qu'à la faveur d'un petit jeu de molette, on y reviendra forcément, parce que, comment vous dire : c'est tout le contraire de la télé, sur ces fréquences là à chaque fois qu'on y va c'est de la joie).

J'ai diffusé moi même un peu ailleurs, sur Remue, ici, * et puis aussi. Mais Remue, ce n'est plus tout à fait ailleurs en fait, grâce à ce mot de fraternité qu'a prononcé Sébastien Rongier. En parlant de fraternité, forcément il fallait cette image, prise au ciel de Juliette Mezenc, car Juliette c'est ma frangine, ça fait pas longtemps qu'on le sait mais c'est de plus en plus vrai.

 

 

* voir aussi les textes de Philippe de Jonckheere et Anthony Poiraudeau, en attendant celui du duo Anne Savelli-Thierry Beinstingel lus à la même table ronde.

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 09:24

#

 

Bethsabee-.png

Demain donc, à l'invitation de Remue.net, tenter de répondre à la question, ce qu'internet change à l'écriture. Dans cette question, une autre lovée tout contre, ce que ça change à la lecture. Ce qui m'occupe en ce moment, dans l'écriture, pertube toutes mes lectures. Les contamine. Tentée, sur chaque chose lue, d'apposer toujours le même hashtag mental, d'indexer tout le flux d'informations à la même catégorie obsédante. Comme si tout parlait de cela, qui m'occupe en ce moment.

Et si j'appelle ensuite ce dièse accidentel : submergée.

La panique, alors, la panique et la tristesse de n'être pas assez grande pour accueillir tout cela.

Et puis, la nuit passe, au matin je vois ce que cette pluie de # a produit d'elle-même, à la faveur d'une toute petite inclinaison : des correspondances inattendues, une liberté supplémentaire.

Voilà, ce n'est pas la question à laquelle je dois répondre demain, mais c'est toujours ça de gagné.

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 11:24


savonnette

Il y a quelques jours j'ai eu un nouveau jouet, petite application permettant de retranscrire la parole en texte. Ca s'appelle Dragon.

J'ai essayé, pour voir, avec ce petit texte de Francis Ponge, Le savon. J'ai donc chuchoté cela à l'oreille de mon Dragon : 

"Si je m'en frotte les mains, le savon écume, jubile... Plus il les rend complaisantes, souples, liantes, ductiles, plus il bave, plus sa rage devient volumineuse et nacrée... Pierre magique ! Plus il forme avec l'air et l'eau des grappes explosives de raisins parfumés... L'eau, l'air et le savon se chevauchent, jouent à saute-mouton, forment des combinaisons moins chimiques que physiques, gymnastiques, acrobatiques... Rhétoriques ? Il y a beaucoup à dire à propos du savon. Exactement tout ce qu'il raconte de lui-même jusqu'à la disparition complète, épuisement du sujet. Voilà l'objet même qui me convient. * Le savon a beaucoup à dire. Qu'il le dise avec volubilité, enthousiasme. Quand il a fini de le dire, il n'existe plus."

 

Voici ce que mon Dragon a compris :

"C'est vraiment trop clément le savon et tu me jubiles plus hier en complaisante souple cliente du plus Sarah je viens volumineux et la craie pierres magiques plus des formats avec les rayons des grappes explosives de raisins parfumée le rôle air le savon se chevauchent joie saute-mouton forme des combinaisons moins cynique Philippines-acrobatique rhétorique il y a beaucoup à dire à propos du savon exactement tout ce qui raconte même jusqu'à la disparition complète épuisant du sujet voilà le gamin qui me convient le savon a beaucoup à dire qu'il dise les possibilités enthousiasme quand il a fini de me dire il n'existe plus".

 

Première réaction, stupeur, un peu eu envie de lui passer un savon. Puis je me suis dit que peut-être, sans vouloir me faire mousser et faire ma Françoise Sagan, j'y étais aussi un peu pour quelque chose dans ce malentendu. N'avais pas pris le temps de faire les réglages? A moins, finalement, que dans cet écart entre le dit et le compris, puisse surgir un nouveau sens, une nouvelle beauté.

 

Mais n'empêche, samedi 15 janvier à 15H, je ferais un effort, j'essaierai d'articuler.



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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 15:56

Zip

 

sachet-refermable.png

 

Nous rêvons d'ouvertures faciles. Nous n'avons pas les mains si expertes, et si peu d'outils. Le burin nécessaire au descellement de la malle au trésor : lourd, trop lourd pour nos bras frêles. L'ouvre-boite : bon pour les épinards, mais ce n'est pas le fer que nous cherchons. Le cadenas à code, trop long, d'autres que nous peut-être sont plus doués pour les combinaisons, et nous avons peu de temps avant que la faim nous dévore.

Nous rêvons d'ouvertures faciles. Alors, sachez, sachets, comme on vous aime, parce qu'en un zip ça y est.

Mais sachez aussi que dans votre lente fermeture, vous coincez les cheveux de nos rêves.

 

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