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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 00:00

 

Capture d’écran 2010-11-12 à 15.48.18

 

Ils étaient en train d'écrire, chacun devant un écran, regardant l'image numérique de ce qui était censé être une vue, celle que leur personnage de fiction nouvellement créé et localisé pouvait contempler de chez lui. Je passais parmi eux : tous les textes écrits à la première personne. Je tente la mise à distance : ne dites pas "je", dites "il" ou "elle", car celui-là qui regarde n'est pas vous, quand l'un d'entre eux m'interpelle : "Madame, regardez sur l'écran, c'est ma mère". Je viens voir : sur l'image google street view, à l'étage de l'immeuble, une femme au visage flouté en train d'épousseter un tapis. Je pense : soit, un personnage fictif de plus, la mère d'un des personnages, pourquoi pas, ça fera des possibilités d'histoires supplémentaires. Je vérifie quand même la vraisemblance :

- vous avez quel âge? 

- 17 ans

- oui, mais dans l'histoire? Votre personnage? 

- 39 ans.

- à 39 ans, vous habitez encore avec votre mère?

- mais non, ce n'est pas l'immeuble de mon personnage, c'est le mien, c'est ma vraie mère! Je suis voisin de mon personnage, donc je suis allé voir chez moi, et voilà, j'ai vu ma mère...

Vertige, de voir le réel et la fiction aussi prompts à s'embrasser, de voir confirmés au delà de mes craintes et de mes espérances la puissance de ces outils de visualisation à nous fixer tout en nous effaçant.

Car, suffit de s'y promener deux minutes, sur google street view : combien de personnages croisés ainsi, fantômes au visage brouillés, passants numériques et éphémères, captés un jour dans leur vraie vie par les aspirateurs à image, et aujourd'hui errant pour toujours dans des rues aux contours accélérés.

Je voulais faire ce petit monde de personnages pour inoculer un peu de fiction dans ces appareils de représentations exhaustifs du monde. Faire vivre, sous les pixels, sous notre propre lieu, une petite infratopie, la voir évoluer, se déployer. Mais est-ce vraiment nécessaire? Tout est fiction déjà dans cette déambulation, et nous y sommes déjà millions... Une galaxie.

 

Pour plus :

- un article écrit sur Remue.net, la fiction comme décalcomanie

- le blog traque traces, carnet de bord de cet atelier d'écriture, où est décrit notamment le processus d'attribution des personnages, et où on peut lire les premiers textes sur chacun des personnages ainsi créés (exemple ici)

 

 La fiction mise en procédure : en atelier d'écriture, j'ai proposé aux élèves participants de se voir échoir chacun un personnage de fiction, défini pour l'instant seulement par :

- leur sexe, qu'ils pouvaient choisir (curieux, et triste, d'ailleurs, de constater comme les filles optaient majoritairement pour le masculin, quand les garçons unanimement ne voulaient pas démordre d'avoir un personnage homme)

- une date de naissance calculée au hasard (fonction "ALEA" sur Excel)

- une localisation : une latitude, une longitude, convertie ensuite en adresse

Cette adresse, chacun s'y est rendu, via Google Street View. Premier exercice : choisir la fenêtre de la chambre de son personnage dans l'immeuble. Puis, travelling 180°, et l'exercice d'écrire ce qu'il y a en face de l'endroit où chaque personnage habite, comme s'il voyait de sa fenêtre (exemple)

 

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Published by cécile portier
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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 09:47

 

La première fois que j'ai bibacouché, ça a duré 6 minutes et 38 secondes. C'est deux secondes de moins que la norme mais ça m'a fait quand même drôlement plaisir. En plus, je n'étais pas seule. On était dix, même. Dix à faire les équilibristes chacun notre tour sur le fil souple des secondes, à tenter de faire porter notre voix sur des images. Et ce soir là, hier très exactement, j'ai vécu dans ce flux d'images et de paroles, si différentes, si fécondes, toutes. J'ai entendu des choses renversantes de beauté, de douleur, de folie douce et souriante, et me suis sentie proche, dans toutes ces étrangetés de paroles projetées, proches de ces autres lecteurs et passeurs. C'était une belle soirée.

Pour les très malchanceux qui n'y étaient pas, il y a quelques traces, que je vais tenter de collecter au fur et à mesure de leur mise en ligne, voir tout en bas de ce très long billet qui reprend mon propre bibakucha. J'aurais pu essayer de faire un diaporama avec ma voix enregistrée, mais non : ça vous évite mes euh euh, et ça m'évite bien des difficultés techniques. Je vous laisse imaginer la parole dans le silence (c'est ça la lecture un peu, non?)

 

 

 

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J’ai sur moi plusieurs cartes de bibliothèque. Tout d’abord, j’ai quatre cartes bleues de la Ville de Paris, la mienne et celle de mes trois enfants. Trois des quatre cartes sont bloquées pour cause de retard au retour. Je ne sais pas quelle est celle qui fonctionne encore, je m’abstiens donc  d’y retourner.

 

 

 

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J’ai aussi deux cartes de la BnF, tenues ensemble dans un petit étui plastique. Janus bifrons : moi en personnage au deux visages. Au recto, la carte pro qui me sert à badger, ça fait bip sous la machine 4 fois par jour. Au verso, la belle carte rouge de Chercheur, qui pour l’instant ne me sert à rien car je me promets toujours d’y aller bientôt.

 

 

 

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Sur la carte pro, on me voit, photographiée par le service des badges, avec un cadrage assez particulier, qui donne l’impression que je suis assise à la table des grands sur une chaise trop basse. Ca laisse beaucoup de ciel au dessus de moi. Ce ciel, c’est le bleu des possibles offert par la Bibliothèque, pour moi jamais complètement actualisé

 

 

 

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Car voilà : je suis, en matière de bibliothèque, très sévèrement multicarte, et depuis longtemps.  Malgré cela je n’ai toujours pas trouvé le moyen d’y entrer, ou d’en sortir dignement, sans amende et sans honte. Surtout, je ne sais pas comment on peut y rester.

 

 

 

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J’ai cru longtemps que ma difficulté avec la Bibliothèque tenait à mon tabagisme, incompatible. Mais maintenant je ne fume plus, je nicotine, et c’est pareil. C’est toujours comme si, en bibliothèque, quelque chose refusait pour moi de prendre flamme, de se consumer.

 

 

 

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Il y a dans la bibliothèque des mots étanches qui éteignent en moi un certain désir. J’entends corpus, compactus, je pense à mon frigo. J’entends abstract, troncature, je pense à pire que mon frigo. Je pense en tout cas à quelque chose de refroidi.

 

 

 

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La question, la peur, c’est aussi le nombre. L’énormité de ce qu’il y a à lire me fait peur. La petitesse d’une vie à côté. Et puis surtout : Comment savoir dans tout ce stock quel livre est pour moi? L’immensité du ciel des possibles devient tout-à-coup un plafond très pesant.

 

 

 

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Ma première bibliothèque : une bibliothèque en teck. Celle de mes parents. Dessus, quelques titres : Chiens perdus sans collier, l’Astragale, Le Cheval d’orgueil, d’autres encore mais pas beaucoup. Je n’ai pas vraiment lus ces livres mais j’aime bien ce souvenir, de ma bibliothèque en teck. On pouvait la voir d’un seul coup d’oeil.

 

 

 

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Bien sûr, dans une vraie bonne grosse bibliothèque, les livres sont rangés en magasin, serrés en rayonnages, classés en cotation DEWEY, ce qui rend leur recherche plus facile, on peut tirer le fil. Mais lequel? Pour moi, la cotation DEWEY dit souvent non.

 

 

 

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Parfois, des personnes bien attentionnées essaient de guider nos choix en proposant quelques têtes de gondoles bien choisies. Pour nous on thématise, on actualise. J’ai beau savoir que ce sentiment est injuste, mais cette bonne volonté me rappelle toujours quelque chose.

 

 

 

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Quel livre est pour moi, dans une bibliothèque? Tous en principe, c’est-à-dire aucun. Ils sont rangés, étiquetés, ils attendent. De les savoir tous désignés, cela me les rend invisibles. De les savoir tous disponibles et neutres, cela me les interdit.

 

 

 

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L’ordre et le classement, la cotation : c’est le langage commun et nécessaire. Je le sais. C’est de cela que naissent les chemins entre nous. On ne peut pas passer son temps à détruire Babel. Donc soit, il faut de l’ordre, du classement.

 

 

 

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Mais en lecture je reste bêtement accrochée à la mystique de la rencontre inopinée, que tout préparait mais que rien n’organisait. Comme quand on tombe amoureux en croisant quelqu’un dans la rue.

 

 

 

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Je suis contente pourtant que les bibliothèques existent. Je donnerai une bonne partie de ma vie pour cela, pour que les bibliothèques continuent d’exister. Pourquoi ? Parce que ce sont les bibliothèques qui détiennent les mots-matière. Et ça c’est un mot de bibliothéconomie que j’aime.

 

 

 

 

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Mot-matière. Au delà de la signification technique, j’entends la contamination du monde par les mots, et vice-versa. Il m’est précieux que dans ces sillons très alignés d’autres que moi viennent s’ensemencer. Et qu’il y ait pour moi une récolte possible, comme en seconde main.

 

 

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Les livres je les lis quand même, pas peu mais pas tant. Je les achète, je les emprunte, je les donne, je les prête, je les perds. Ma bibliothèque à moi grandit peu dans ce mouvement là. Je peux encore la voir d’un seul coup d’oeil.... Mais jamais bien longtemps.

 

 

 

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J’ai tenté plusieurs classements dans cette bibliothèque, sans aller jamais au bout d’une logique, et parfois (toujours, en fait) le temps me manque pour ranger un livre autrement que dans un vide quelconque laissé par un autre livre entre-temps égaré. Si bien que je ne retrouve jamais un livre volontairement, mais seulement quand le hasard le veut.

 

 

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C’est par hasard qu’en ce moment se cotoient ainsi Epreuves, exorcisme, d’Henri Michaux, et Le guide des Petits animaux des jardins et des maisons. Je pense à l’Araignée Royale, celle de Michaux qui n’est pas dans ce recueil. Je ne pense plus du tout à la bibliothèque, j’ouvre Michaux, et voilà que ma bibliothèque me parle, écoutez :

 

 

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«Tandis que j’étais dans le froid des approches de la mort, je regardai comme pour la dernière fois les êtres, profondément.

Au contact mortel de ce regard de glace, tout ce qui n'était pas essentiel disparut.  

Cependant je les fouaillais, voulant retenir d'eux quelque chose que même le Mort ne put desserer.

Ils s’amenuisèrent et se trouvèrent réduits à une sorte d’alphabet,

 

 

 

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...mais à un alphabet qui eût pu servir dans l’autre monde, dans n’importe quel monde.

Par là, je me soulageais de la peur qu’on ne m’arrachât tout entier l’univers où j’avais vécu.

Raffermi par cette prise, je le contemplais invaincu, quand le sang avec la satisfaction, revenait dans mes artérioles et mes veines, lentement je regrimpai le versant ouvert de la vie.»

 

 

Les autres Bibakucha : (quand on peut cliquer c'est que j'ai mis le lien vers les traces laissées par cette lumineuse soirée. Il en manque encore, et des indispensables...)

Pierre Ménard,

Alain Pierrot,

Kathie Durand,

Sereine Berlottier,

Philippe De Jonckheere,

Daniel Bourrion

Pierre Coutelle,

Dominique Macé,

Michel Fauchié

 

et sur twitter aussi, bien sûr.

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 12:26

 

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Derrière une vitrine : un trou. Ce n'est pas tous les jours, un trou en vitrine. Les trous d'habitude on les cache. Les trous sont honteux, c'est comme ça. On met toujours quelque chose par dessus un trou, une culotte, un bouchon, un couvercle, une chape de béton, une anti-sèche. Ca dépend des trous.

Mais voilà, ce jour là, le trou était en vitrine. Ca laisse tout loisir pour penser soi-même quoi mettre par dessus ce trou, derrière cette vitre. Quoi exposer une fois qu'on en a fini avec le trou, qu'on pense en avoir fini avec le trou.

On pourrait y faire voir tout plein de beaux produits, tout plein de pleins qui feraient oublier le trou.

Ou alors, on se trompe. Le trou n'est pas provisoire. Ce n'est pas un chantier destiné à autre chose qu'à lui-même. Le trou, devenu sa propre finalité. Le trou exposé. Mais une exposition de trou, est-ce encore un trou?

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 00:05

 

 

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Emportée par un panneau publicitaire qu’emportait le vent.

Nathalie Pages vécut sa dernière heure, en pensant au taf.


Ses dernières paroles : « mais si, j’ai le temps de doubler. »

C'est la veille de passer son permis poids lourd qu'elle fut mortellement renversée par un scooter.

Les cheveux bien attaché par une broche, et l'élastique, mal fixé au viaduc.

Plus qu’un chapitre, plus de batterie : elle brancha le livre, qui glissa dans son bain. 

Ses dernières paroles : « ah oui ? c’est un sens interdit ? »

On réforma l’assurance chômage. Chaque jour elle tendit la main aux passants. Les passants passèrent. Mains vides elle trépassa.

En haut des escaliers, elle glissa sur son carnet de santé.

Ses dernières paroles : « ça capte pas ici je vous rappelle. »

Elle n’eut même pas le temps de se dire : « j’aurais dû mettre les pneus neige. »

Plutôt que de se défendre, se débattre, Nathalie regarda en détail, comme au ralenti, les articulations noueuses de deux mains étrangleuses.

Nathalie Pages brûlait pourtant chaque jour ce stop.

Trop endormie, Nathalie Pages ne sut pas que les anesthésistes se trompent très rarement à ce point.

Elle n’eût même pas le temps de se dire : « j’aurais dû couper les plombs. »

Ce n’est qu’en voyant le regard du conducteur du métro qu’elle regretta de s’être jetée dessous.

Il ne lui fut d’aucune utilité de nier l’évidence : « je n’ai pourtant pas le vertige. »

Après s’être mutilée, de sa main restante se trancha la gorge.

Elle voulut d’abord tuer quelques collègues, chefs principalement, mais, trop tôt, dans son sac la minuterie se déclencha.

Le feu était pourtant vert-piéton.

Sur sa tempe comme elle l’avait vu au cinéma, Nathalie pressa la détente, espérant en fait qu’elle s’enraye. Mais l’arme était neuve.

C’est dans son imagination qu’elle eut le temps de passer avant le tram. 


Maxime au mp3, passant trop près d’un chantier mal délimité et d'une corde à la résistance mal appréciée, elle mourut entre béton et bitume.

Pour se faire enterrer selon la cérémonie des anonymes, elle changea six fois d’identité avant de mourir de ce qui ne fut pas diagnostiqué.

Audioguide 72 : ci-gît Nathalie Pages, voyez ses ossements devant la flèche, on les suppose siens. Pour explorer la fosse suivante tapez 73.

 

 

Ces vingt-cinq visions des derniers instants de Nathalie Pages sont l'apocalypse personnelle de Joachim Séné, Fragments, Chutes et Conséquences, qui m'accorde ce mois-ci le plaisir d'un vase communicant chez lui. Cliquer aussi sur l'image pour la source. Qu'on se rassure quand même : Nathalie est ainsi morte de si nombreuses façons qu'il lui reste beaucoup à vivre.

 

... Et puis allez lire Sans de Joachim Séné, chez Publie.net. Et plus vite que ça (d'ailleurs j'y retourne)

 

Les participants aux vases communicants d'octobre (merci Brigitte, notre fée!):

 

Anne Savelli http://fenetresopenspace.blogspot.com/ et Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/

Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/ et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/

Lambert Savigneux http://aloredelam.com/ et Isabelle Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/

Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Joachim Séné http://joachimsene.fr/txt/

Marianne Jaeglé http://mariannejaegle.over-blog.fr/ et Olivier Beaunay http://oliverbe.blogspirit.com/

François Bon http://www.tierslivre.net/ et Bertrand Redonnet http://lexildesmots.hautetfort.com/

Kathie Durand http://www.minetteaferraille.net/ et Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/

Landry Jutier http://landryjutier.wordpress.com/ et Jérémie Szpirglas http://inacheve.net/

Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Lauran Bart http://noteseparses.wordpress.com/

Juliette Mezenc http://juliette.mezenc.over-blog.com/ et Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/

Murièle Laborde Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/ et Sam Dixneuf-Mocozet http://samdixneuf.wordpress.com/

Urbain, trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/ et Scritopolis http://www.scriptopolis.fr/

Arnaud Maïsetti http://www.arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique1 et Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/

Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/ et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 21:24

 

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Toute ligne tracée n'est pas ligne toute tracée. Ce qui change dans lire, c'est peut-être cela, cet apprentissage long et hasardeux, en cheminant dans l'ambiguité croissante du noir sur blanc. Apprentissage qu'une vie peut changer, qu'on peut la laisser nous changer. Des quelques lectures et rencontres qui ont changé ma vie, il y a celles de François Bon, et il se trouve que je lui ai dit il y a quelques semaines, alors il a fait une moue, puis il m'a dit, est-ce que tu veux que je change ta vie le 9 novembre à 19h, à Bagnolet? J'ai dit oui, savais même pas pour quoi faire. Le quoi faire, c'était un pechakucha sur la bibliothèque. 

Vous ne savez pas ce que c'est qu'un pechakucha? Moi non plus. Et d'ailleurs, une bibliothèque, j'ai bien une idée mais je ne suis pas bien sûre. Donc, va pour un pechakucha sur la bibliothèque.

 

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Si vous êtes curieux, vous avez raison.

Pour aiguiser votre curiosité, allez sur le tiers livre de François Bon, qui présente le projet de la soirée, et les autres invités (moi assez fiérote d'être parmi eux).

Et venir à Bagnolet, c'est simple : suffit (presque) seulement de cliquer ici.

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Published by cécile portier
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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 21:11

 

 

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J'aurais bien pu y aller, toute cette semaine, au lycée. Pas pour mener ateliers d'écriture : à l'intérieur il n'y avait pas d'élèves, ou peu. Mais je me suis posé la question, dois-je y aller quand même, aller voir, témoigner de ce blocage parmi d'autres? Et puis non, je n'y suis pas allée. Parce que, quoi? Qu'aurais-je pu voir et en dire, dans ce feu de l'action si facile à scénariser? Qu'aurais-je pu voir et en dire qui donne justice à ce qui se passe? Et de quel droit l'aurais-je dit? J'aurais peut-être pu faire quelques photos de poubelles qui crament. J'aurais pu faire la subtile, séparer, devant la grille du lycée, ceux qui viennent pour casser et puis les autres. J'aurais pu gloser sur la jeunesse. Mais je n'en connais rien d'autre que la mienne qui s'éloigne et celle de mes enfants qui se dessine à petits traits. C'est bien pour cela que je suis heureuse de faire cette résidence en lycée, pour m'approcher d'une classe d'âge que dans ma vie actuelle je ne fréquente pas, pour m'en approcher seulement, sans chercher forcément à avoir à en dire quelque chose, mais avec la ferme intention d'aller voir les personnes derrière le rideau de discours tout préparés et un peu rances qu'on nous sert régulièrement. Eh bien alors, c'était le moment? Non, ce n'était pas le moment. Ce n'était pas le moment car je crains beaucoup l'intérêt (dans tous les sens du terme) qu'on pourrait trouver à interpréter ce type de témoignage, à y trouver des preuves supplémentaires pour des opinions déjà faites.

Donc, planquée? Peut-être bien. Je n'ai jamais eu d'autre impression où que j'aille et quoique je fasse, que celle-ci, de n'être pas où les choses se passent. Mais c'est dans ce vide, peut-être, entre là où l'on est et là où les choses se passent, qu'il y a possibilité d'écriture.

Donc, la seule chose qui a cramé pour moi cette semaine, c'est le feu périphérique de ma gazinière.

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 13:36

 

 

tetris-stickers-2

 

L'envie me prend parfois, de reprendre cette histoire de mains, me remettre à photographier les mains des gens dans le métro. Je regarde.

Hier, en face de moi : une jeune femme aux pouces véloces, tricotant des mots sur son blackberry, et à côté, un homme très fort en costume sombre, sérieusement absorbé lui aussi, tenant dans ces mains énormes un tout petit écran.

Le hasard a voulu que je me lève, et que je me retrouve en regard-plongée sur son écran. C'était Tétris. Formes simples et coudées, calmes blocs tombant d'un ciel morne, et l'objectif impératif : remplir les vides, faire que la ligne du dessous soit pleine absolument. Je suis restée un moment à regarder s'empiler les rectangles, à regarder surtout comment une ligne une fois vidée de ses vides s'évanouit d'elle-même, s'écrase, s'oublie - comme une génération sans trace.

Nous passons, de la même manière, beaucoup de temps à tenter de remplir nos vies.

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 14:01

 

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Après un atelier d'écriture ce matin, je trainais un peu en salle des profs. L'ambiance était un peu flottante, moins structurée et lisible que d'habitude. Les autres jours, la salle des profs fonctionne en pulsation très distincte : grand vide pendant l'heure ou presque, puis afflux soudain entre les deux sonneries, conversations rapides, fonctionnement à plein des machines à café et photocopieuses, et la minute d'après il n'y a plus personne, ou presque. Là, restait à demeure un groupe, à la configuration aussi incertaine et changeante qu'un nuage, en fonction de qui allait téléphoner, fumer une cigarette, consulter les dernières nouvelles d'occupation de lycées dans les environs. Un groupe de grévistes, d'autres pas, mais beaucoup sans cours faute d'élèves, ayant appelé de leur côté à une journée école déserte. Au fil de la matinée se sont égrénées des informations, tel élève blessé au flash ball à Montreuil, 1000 personnes devant la préfecture de Bobigny, et des AG signalées dans différents lycées. A midi, ce fut déballage de sacs plastiques, ouverture chips guacamole surimi, coupage poulet saucisson ; l'AG commençait. Entendu que la RATP regardait la SNCF, la SNCF regardait le privé, les lycées se regardaient entre eux et regardaient les lycéens commencer de s'organiser. Partir, repartir, voter pour cela, parier sur le nombre, cette fois-ci cela semblait possible, et moi pendant ce temps là je mangeais des chips en sachant qu'à la fin je n'aurais pas à lever le bras, et qu'est-ce que ça veut dire d'être là dans ce cas. J'en étais là de ma question, quand une des profs est revenue de la salle des casiers avec quelques draps blancs, et une bombe noire, déclarant qu'il y avait ce qu'il fallait pour faire les panneaux de la prochaine manifestation.

Toutes les écritures commencent par ça, le cadeau d'une matière disponible sur quoi inscrire, et qui s'y prête. Plus du noir à projeter, graver, cracher.

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Published by cécile portier - dans compléments d'objets
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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 11:04

 

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Non, je ne suis pas passée sous un train. Cela n'est pas l'explication de mon retard à nourrir ce blog. L'explication, c'est que je suis en phase de me créer d'autres bouches à nourrir en ligne, et que cela demande un peu de temps, de classification, d'organisation : toutes denrées rares.

Donc, derniers calages pour démarrer semaine prochaine un atelier d'écriture au Lycée Henri Wallon jusqu'à fin de l'année scolaire, dans une classe de terminale STG. Je ne sais pas si ça va leur plaire mais en tout cas on s'amuse bien à l'imaginer avec le professeur complice qui m'accompagne dans ce projet. Le projet, là où on voudrait les mener, on ne le dévoilera que petit à petit, sur ce nouveau blog, TRAQUE TRACES, conçu comme un carnet de bord de cet atelier : y seront consignés à la fois les textes proposés à la classe comme tremplin à la rêverie, les consignes d'écritures, les productions, et, petit à petit, on l'espère, un (petit) monde entier qui se dessinera.

Parallèlement, je tiendrai le journal de ma résidence, de cet atelier mais aussi des autres interventions prévues, sur Remue.net, qui propose, en partenariat avec la Région Ile-de-France, un espace de restitution à tous les écrivains en résidence. A suivre donc ici (les articles s'accumuleront en bas de la page en lien)

Et ici, donc? Sur Petite Racine? Que va t-il se passer? Eh bien, le reste...Car les occasions de se disperser ne manquent pas.

Ce qui me donne l'occasion de vous faire partager ce petit texte, fractale du chou-fleur. Bon appétit.

 

 

 

Le couteau est brillant, le meurtre anodin : il s’agit de dépecer la chair blanche du chou fleur pour le cuire vapeu1. Ces choses sont connues, mais pourtant : la ménagère, tout absorbée  qu’elle est par le sens du devoir, cet aspirateur surpuissant, oublie souvent de constater que, à chacune de ses coupes dans les branches du légume, naît un nouveau chou-fleur, redoutable en cela autant que le dragon toujours recommencé sous le glaive de Saint-Georges. Chaque fleur coupée pommelle en cinq fleurs nouvelles et petites. Nous pourrions nous rassurer : ces champignons atomiques anecdotiques n’explosent, au moment de la cuisson, qu’en fragrances douteuses.
Oui, mais : leur forme même, et leur bourgeonnement malgré nos tentatives de couper là, ressemblent étrangement à nos questions.

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Published by cécile portier
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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 00:34

 

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Des mains abîmées aux jointures rouges d'avoir cogné, butté contre des charnières, des gonds, des cadres de fenêtres et des poignées de portes, rouges du froid peut-être, de rien, d'être, c'est tout, le prolongement des bras, de ne savoir que faire, s'il faut lutter, caresser, rouler une clop, un billet dans sa botte comme le cow-boy dans un western, urbain dit-on, le western, la porte s'ouvre, tension, regard, un cri adressé à personne, la main aux jointures rouges actionne la poignée, n'a pas l'intention de le faire taire, de lui montrer sa force, à celui qui aboie, engueule le monde entier, la main n'en est plus là, les épaules le savent, se tournent vers le quai. Western urbain je te laisse aux journaux, articles du matin dans les gratuits qu'on jette. Va, j'ai donné.

 

Texte d'Anne Savelli, qui prend ma place comme je prends la sienne, en ce premier vendredi du mois, jour des vases communicants.

Et puis, lire Franck, de la même Anne Savelli, pour ce passage et pour tant d'autres. :

 

"Et de toute façon, que faire d'autre? On ne s'installe pas dans une histoire pareille on attend, suspendu au verdict. Par la grille un nuage à peine, c'est sa qualité de gris qu'on retient, le jaune atténué du carrelage par terre, le béton et la brique dans un box gris pâle, c'est de cela qu'on se souvient. Puis la grille et la porte. Lorsque la brique s'effrondre, ils font un tas, l'érigent, hors les murs, un appel, en attendant que les travaux se décident. Rien ne se décide. L'herbe pousse. Les surveillants se plaignent, crient misère devant les familles qui les tueraient si elles pouvaient : eux, les matons, ils ont choisi, pas vrai? Personne ne les force à passer la journée la tête sous le grillage, lucarne comprimant un unique nuage, gras, net, gris, qui au fil des heures va envahir tout, et sont payés en plus?. Si? Mais l'un souffre, il le dit en entrant par la porte, sur la gauche à la cantonnade, pour personne, débordant de son uniforme. Gras, net, gris. Et la maison d'accueil tout entière résonne."

 

Voici la liste de tous les vases communicants et encore merci à Brigitte Célerier

 

François Bon http://www.tierslivre.net/ et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/

Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/ et Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/

Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/ et Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/  

Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/

Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Anne Savelli http://fenetresopenspace.blogspot.com/

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Published by cécile portier
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