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Par un si beau matin de printemps, comme d’habitude ou par hasard, vous êtes malade ou bien seulement paresseux. Vous restez là, fenêtres fermées. Le dehors n’est pourtant jamais si loin que vous puissiez ignorer ce que vous manquez : partout la fraîcheur piquante de l’air, dans les caniveaux l’eau qui coule en petits torrents cristallins de montagne, sur les larges trottoirs le frottement (caractéristique) du balai (vert pomme plastique) qui froisse l’âme et la rend propre, sur la terrasse du café la nuque réchauffée au soleil, les étals de primeurs, les fraises déjà, les cerises bientôt, le désir comme une couleuvre.

De même : par un si long soir d’été vous restez muré dans une pièce ni fraîche ni sombre, juste un empêchement de jouir de la profondeur des échos. Car dans la pénombre, vous auriez sinon appuyé comme les autres votre chaise au mur, comme eux vous auriez regardé, bras nus, les passants passer, dans l’odeur lourde des fleurs et des pots d’échappement. Vous auriez, comme les autres, entendu cet aboiement lointain, à quelques rues d’ici. Vous auriez, avec les autres, cherché à localiser ce jappement las. Peut-être, qui sait, auriez-vous, dans le bleu, compris le chien de cet inconnu, sa fatigue, et peut-être auriez-vous compati d’avoir eu si chaud vous aussi, et d’avoir un corps.

Mais voilà justement ce qui vous encombre. Car vous le savez bien : quand bien même auriez-vous été au cœur de cette matinée éblouissante, vous auriez eu l’impression désastreuse d’avoir loupé votre entrée en scène, par exemple à cause d’un affreux pantalon enfilé étourdiment, quand il aurait fallu passer votre première robe légère. Et ce soir de rémission des péchés, où les klaxons semblent jouer Aranjuez, vous l’auriez certainement passé à côté, déporté(e) par des distractions inessentielles, telles qu’une piqûre de moustique sur l’avant bras. Sur votre chaise en skaï, les cuisses collées par la transpiration, vous auriez senti de toute façon que les autres se connaissent mieux.


En pensée du moins vous êtes toujours plus proche de cet instant béni où vivre ne fait qu’un. Dieu vous tend la main et il a des crampes.

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