Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /
  
Deuxième principe de la thermodynamique : un système ne passe jamais spontanément d’un état à un autre beaucoup moins probable. Ainsi en est-il du Sac à main, qui jamais ne manifeste la moindre forme de spontanéité, surtout pas celle d’adopter seul la configuration qui permettrait qu’on y retrouve ses clés.

En tant qu’objet entropique, le Sac à main est emblème de toutes les erreurs.

Celle bien sûr d’avoir un porte clés surabondant, théoriquement reconnaissable dans le Sac à main à la palpation (Car le foisonnement toujours plus inextricable de l’intérieur du Sac à main impose pour s’y retrouver de se façonner une main d’aveugle, qui reconnaisse à la pulpe du doigt la moindre épingle à cheveu, le moindre papier de chewing-gum.), mais qui une fois trouvé (après quelques minutes d’un tâtonnement exaspéré) ne permet pas d’ouvrir les portes, puisqu’il reproduit en un mouvement autant facétieux que fractal la complexité du Sac à main lui-même et que pour trois clés utiles quinze autres s’y pendent, parasites, jouant de leur ressemblance avec les bonnes, celles qui ouvrent, pour survivre encore accrochées ainsi. Car il existe toujours un espoir, face à une clé, qu’elle puisse ouvrir quelque chose. Or, certains Sésame ne se contentent pas de paroles, et veulent des faits, c’est-à-dire une pénétration. Ce porte-clés chargé, lourd comme une dot, outre qu’il est pernicieux pour les jeunes filles puisqu’il leur fait accroire, par l’existence même de toutes ces clés qui attendent leur serrure, à la prédestination entre deux êtres, rend laborieuse toute tentative, pourtant quotidienne, pourtant nécessaire, de rentrer chez soi. Or, qui, par la force des choses, ne rentre pas chez soi aisément, a besoin d’une carte navigo, et le Sac à main, tenté de plus en plus par le chaos, en est avare comme de toute chose utile. D’autant que rien ne ressemble plus au toucher à une carte navigo qu’une autre carte plastifiée. L’usagère effarée pêche donc au hasard sa carte de fidélité coiffeur sa carte d’identité son permis de conduire sa carte Vitale, bien qu’elle le soient toutes, sa carte de bibliothèque (trois semaines de retard pour le retour d’emprunt), sa carte d’abonné parking sa carte bleue, qui aussitôt la met sur la voie d’une nouvelle culpabilité,

Celle de ne pas avoir fait le tri des facturettes, ce qui certainement fera défaut le jour du Jugement dernier, car il faut bien de temps en temps faire ses comptes, ce qui permettrait par ailleurs de désengorger le Sac à main, si bien que peut-être, tel un vieux catharreux retrouvant une respiration plus fluide, il se ferait plus clément avec la main quêteuse, plutôt que de la maintenir ainsi sans démordre (Ce qui renvoie à la très exacte étymologie du Sac à main. Non pas, comme une version édulcorée tend à le faire penser, le Sac qu’on porte à la main, mais bien le Sac qui se nourrit de la main, comme on dit, par exemple, de l’Arbre à pain). Le sac l’oblige ainsi à toujours fouiller ses entrailles comme si cette chatouille angoissée le soulageait d’une gêne,


Celle provoquée par la poussière petite, mesquine, plus acariâtre qu’acarienne, proliférant autour des coutures intérieures en mimis amassés au fil des semaines, passées à se dire qu’il serait vraiment temps de faire le ménage en grand dans ce sac, non pas tant pour des raisons d’hygiène puisque seuls quelques éventuels bacilles anaérobie arriveraient à faire souche, que pour éviter le qu’en dira-t-on, puisque le regard d’autrui est perçant et que la poussière ainsi tapie rentre sous les ongles de la main fouilleuse, signant ainsi son appartenance à une personne de sexe faible en proie à la plus grande négligence ainsi qu’au plus grand désarroi, mais il est vrai pour sa défense, celle de l’usagère, défense dans laquelle d’ailleurs de nombreux mouvements se spécialisent, ce dont elle leur sait confusément gré, que l’exercice consistant à vider son Sac a toujours quelque chose de rébarbatif et qu’on ne peut lui en vouloir de tenter d’éviter cette fatigue supplémentaire,


Celle surtout infligée à des témoins éventuels, car bien qu’on dise que la réalité prend des tournures différentes selon qui la raconte, et qu’un gant de velours, cramoisi et langoureux, en cela potentiellement dangereux, quand on le retourne, peut devenir pis de vache domestique et nourricier (et vice et versa), un Sac retourné ne ressemble à rien, à part peut-être à une vieille tripe déposée par lassitude sur la table, et qu’elle soit en cuir plutôt qu’en skaï n’enlève rien au mauvais effet. Car il est nécessaire toujours de savoir distinguer l’explicite et l’obscène, ce que ne permettent pas certaines dispositions,


Celle par exemple de n’en pas prendre et de laisser dégénérer en marigot ce que d’aucuns considèrent comme quintessence de féminité.


O Sac à main cancéreux et proliférant, vieil Utérus, tes enfants à jamais sont perdus, ou bien naîtront fripés.

  

Partager cette page

Repost 0
Published by