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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 15:00

"Je me la suis offerte toute seule. Ce jour là j'ai hésité... J'ai tourné autour pas mal de temps, et puis je suis retournée au travail. Dans l'après midi une amie collègue m'a dit, tu as l'air soucieuse. J'ai dit en riant, que j'hésitais pour cette bague. Elle m'a répondu, achète-la : elle a l'air importante, à voir ton visage.... Alors je l'ai achetée... encore plus parce que ce n'est pas un vrai rubis. "

Puis elle lève les yeux au ciel, coin gauche, comme si un ange était en train de lui souffler une astuce.


"C'est marrant, pendant la photo, je me suis dit que les mains sont la seule partie du corps qui peut rester neutre. Impassible devant l'appareil. Quand le troisième oeil s'est braqué sur ma main, j'ai eu le réflexe de lui faire prendre la pose, de faire qu'elle se prépare. Mais elle est restée telle quelle."
Main sans afféterie, sans sourire, sans crispation. Main sincère et comme abandonnée.
Nue sous le rubis, même faux.

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 18:52

Je suis entrée dans la rame, j’étais pesante et usagée comme un vieux chaudron, aussi souple. Je prenais trop de place avec ma fatigue pour trouver seule à m’immiscer entre toutes ces jambes inertes et rejoindre la dernière place libre du carré. Alors j’ai lancé un « pardon » aigre et péremptoire pour qu’on me laisse passer. Les jambes se sont rangées à contrecoeur sur le côté, je me suis assise.

Et là, en face de moi, il y avait lui.

Lui : un miracle.

Et je n’avais pas mon appareil.



Je suis,

            fatiguée en ce moment

            pas envie de

            pas la force de sortir de moi

Alors mon appareil photo est resté chez moi et moi j’étais là, devant lui, devant ses mains que je n’aurais jamais, dont il ne me dira jamais rien.

Lui, c’est un dandy. Un vieux japonais. Un presque clochard. Un hurluberlu. Je ne sais pas.

 

Ce soir là :

Il avait un très beau visage gris. Il portait :

Une chemise à grosses rayures blanches et bleues, boutonnée jusqu’au col

Par-dessus : un pull jacquard rouge

Par-dessus : une veste en tweed bleu turquoise

Par-dessus : une écharpe écossaise très tachée

Par-dessus : un manteau marron à très grand col de fourrure synthétique

Un pantalon en velours couleur prune

Et des santiags larges, dans lesquelles tirebouchonnaient des chaussettes rouges.

Ses cheveux étaient gris et crasseux, formant des sortes de dreadlocks hasardeuses. En fait ce n’était pas ses cheveux, plutôt une sorte de perruque en bout de course, dont on voyait le filet par parties.

Et aux mains : des gants de ski. Tellement troués, décousus, que certains doigts en sortaient entièrement.

 

Je l’ai regardé longuement, cinq stations. Je l’ai regardé s’endormir et se réveiller, se réveiller et s’endormir. Il m’a lancé à un moment un regard mince et sans aménité. Puis s’est rendormi. J’ai regardé sa belle tête d’acteur épuisé dodeliner sans cesse.

 

Sa leçon de fatigue était immense, sans appel. Je traînais la mienne comme un fardeau, il revêtait la sienne comme un supplément d’hétéroclite à son habit de scène, il portait la sienne comme une gloire.

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 13:01
Des amies attentionnées m'ont offert ces images de tarot des mains. Puisqu'on cherche partout des échos, me voilà à me demander si je suis plutôt aujourd'hui, proche de la carte "gain d'un procès ou d'une pétition", ou bien de celle "grande élévation de position", je redoute la carte "femme violente, querelle d'intérieur", et finalement je tombe sur celle-ci qui me semble me coller aux basques assez régulièrement : "contrariété, retard" et qui, retournée, s'intitule "indécision".

Mais j'ai un grand sens de l'impartialité. Je vois qu'il y a des correspondances indiquées avec des cartes à jouer tout venant, je vais chercher le jeu, sans doute incomplet, qui traine au fond du tiroir du meuble jaune, et je tire.

La carte indécision était le 9 de carreau. Je tire le 8. Erreur au moment de viser? En tout cas, c'est plus encourageant : "Partie de campagne, petit voyage" donne, inversée : "visite de plaisir".

Comme quoi.




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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 12:35

Politesses de la nudité
Appartenances proclamées
Nombril déplacé, centrifuge
Tranchants intérieurs exhibés et rutilants

Si nous savions nous faire les mains réellement si mignardes, si agressives, que seraient nos poignées, que seraient nos caresses?

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 20:00
 

Il y a d'autres manières, que les chiffres et les lettres, de se faire des quadrillages où accrocher son corps, sa chair.

Béatrice Rilos :

Je dessine toujours sur ma peau. Le support n’est pas commode. J’utilise des stylos-bille… peut-être que l’outil n’est pas adéquat.
Les dessins que j’obtiens ne me conviennent pas encore, je garde espoir d’y parvenir.
Je ne sais pas ce que je cherche, pourtant il me semble que le but est le même que celui joué par les objets en tissu : non pas recouvrir la surface, mais y créer un réseau de signes, quelque chose pour me consolider : un exosquelette.

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 18:00
 

J'ai dans mon petit catalogue une sur-représentation très nette des mains de jolies jeunes femmes modernes, car je n'arrive pas à être systématique, et bien souvent j'échoue, j'abandonne avant de commencer, je ne demande rien à la personne qui est en face de moi, je n'ose pas. Mais les jolies jeunes femmes modernes, c'est facile :
- elles ont l'habitude certainement de se faire aborder, de manière parfois plus, enfin, différente
- elles savent ce que c'est qu'un blog
- elles ont des jolies mains et n'ont aucune raison d'en avoir honte

Celle-ci, deuxième occurrence de la main griffée par un chat, qui cette fois s'appelle Yuki et elle ne sait pas pourquoi, ce n'est pas son chat. Celle-ci, comme moi, se griffonne les mains au stylo pour faire des petits pense-bête. J'ai demandé ce qu'elle avait noté comme ça, il y avait D5 je crois, ou B5, sur la photo comme d'habitude on ne voit rien. J'ai pensé touchée coulée, j'ai pensé aux allées du cimetière où Chloé Delaume stationne, et moi aussi depuis quelques jours car j'ai malheureusement laissé son livre sous le lit de mon lieu de vacances. Mais non, ce n'était pas ça : elle revenait du Salon de l'agriculture.


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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 22:42
 

Il a l'air de se demander vraiment ce que je lui veux. Il accepte, le mot est fort, du moins il ne refuse pas que je prenne ses mains en photo, et les laisse poser pour une seconde prise, quand je lui dis que la première est floue (la seconde aussi mais je n'insiste pas). Je lui demande de m'en parler, et là il réclame d'avoir d'abord l'adresse que je lui ai promise. J'inscris sur un papier arraché, www.petiteracine.over-blog.com, il me demande où c'est. J'ai  peur un moment de trahir sa confiance.

Puis il me demande de quelle origine je suis. Je dis, française, enfin mon père est né belge. Lui vient du Mali, depuis sept mois seulement il est en France. Au Mali il a été cultivateur, mais il sourit : c'était il y a longtemps. Il travaille maintenant comme aide cuisinier dans un restaurant italien à la Madeleine. Sur sa main droite il a deux tâches noires assez grandes et une cicatrice ronde presque rose, il sourit encore quand je lui demande ce que c'est, il m'explique c'est le feu, il s'est brûlé en travaillant, il s'est brûlé à ce nouveau foyer.

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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 14:20
C'est toujours quand il est tard, quand l'un des deux dort presque, que l'autre dit des choses importantes.
Dans un demi sommeil je l'entends.
"Mon grand-père avait des mains énormes, tu sais. Des mains avec des doigts tellement gros qu'il ne pouvait pas complètement les plier. C'est qu'il avait beaucoup de corne partout sur les mains. Tellement de corne que ses mains étaient insensibles, ou presque : il pouvait attraper de la braise à mains nues."
Par cette étrange équivalence des visages et des mains que je prends comme postulat (comme pari?), j'entrevois Moïse enfant portant une braise à ses lèvres, se désignant ainsi comme le proférateur futur d'une parole qui brûle. La cicatrice qui suivit, celle qui devait le dévisager, on se doute qu'elle doit être  importante dans le statut donné (refusé) à la figuration.
Le sommeil m'emporte presque, et il ajoute :
"Il avait une cicatrice. Une grosse boule qu'on aimait bien toucher quand on était mômes. C'était un éclat d'obus qui lui était entré là, qui y était encore".

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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 12:03
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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 11:26

- Ce sont des mains de travailleur. Ca fait 43 ans que je travaille.
Effectivement il a des mains qui ont l'air d'avoir beaucoup servi. Pas vieillies, mais usées un peu. La peau sèche. Et l'un des ongles est noir, hématome qu'il ne montre pas pour la photo. Je ne sais pas s'il tourne les mains paumes ouvertes pour ne pas faire voir l'ongle abîmé, ou simplement parce que c'est le mouvement naturel qui lui vient, de les donner comme ça. De tout façon je ne suis pas là, moi, pour chercher des preuves par l'image.
Son travail, c'est pneumaticien.
Il fabrique des machines qui mettent l'air en mouvement.
Je demande si ce sont ces machines qui servent à faire le transport de fonds dans les caisses des grands magasins. Me revient Paris vu par..., la séquence de Godard, et ce malentendu de deux lettres, l'une de déclaration l'autre de rupture, qui sont envoyées par pneumatique à des destinataires inversés. Je rêve un instant à la pneumatologie allemande, connaissance spéculative de l'âme dont je ne savais pas qu'elle usait les mains.

Mais non, ce n'est pas ça, lui, il fabrique des pompes pneumatiques qui servent à conditionner les yaourts. Wiki : "Les pompes pneumatiques à membranes sont utilisées pour le transfert, le dosage ou le mélange de fluides"
Son travail, c'est pneumaticien. J'ai eu envie de lui dire, moi aussi, d'une certaine façon.

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