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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 20:45

gains-pertes potentiels


Nathalie est écrite, comme on le dit du destin. Nathalie est écrite mais voudrait s'écrire elle-même, aussi. Que sa vie ne soit pas seulement la résultante des classifications et des balistiques expertes qui en découlent. C'est peut-être une idée politique, de vouloir s'écrire soi-même. C'est sûrement une idée politique, peut-être même une idée de résistance. Car aujourd'hui il est possible de prédire l'avenir de façon certaine, et Nathalie ne le sait peut-être pas. Il suffit pour cela d'utiliser l'universel système du marché, et le goût pour le pari d'argent qui le soutient. Aujourd'hui il est possible de prédire l'avenir grâce aux récents marchés de prédiction contre lesquels, nous dit on, la resistance est futile. Plus les mises sont nombreuses et importantes, plus l'avenir prédit par le marché est certain. Surtout, nous dit un diaporama confondant, le système est infaillible, puisque l'on sait désormais comment fonctionne le cerveau en état de pari : la peur de la perte étant plus forte que l'excitation du gain potentiel, la rationalité l'emporte sur l'affectif en situation de pari, donc la prédiction est meilleure... Syllogisme imparable, fonder la rationalité sur l'affect de la peur, et faire semblant de remettre le rationnel au centre par le jeu et le mécanisme du casino, en des temps où par ailleurs l'affectif mal traité (maltraité) domine les discours politiques...
Les lecteurs des trajectoires d'oiseaux dans le ciel, les déchiffreurs d'entrailles n'ont qu'à aller se rhabiller. 
Ainsi il est possible d'aller parier sur les très prochaines élections régionales 2010, sur le site  
PrediPol. Dommage que Nathalie n'ait pas beaucoup de liquidité : elle aurait bien parié massivement sur un candidat fantaisiste pour faire mentir l'avenir du marché.
Mais elle se contentera d'aller voter, et de parler de la chose publique avec d'autres, et ce sera peut-être mieux ainsi.
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 00:00



arbre à géométrie hyperbolique2

Comment faire que l'attente ne soit  pas une manière d'apprivoiser la résignation?
Comment faire que l'attente soit une exigence, mais seulement envers soi-même?
Comment faire que l'attente soit un acte?
Nathalie s'est débattue, déjà, avec la difficulté de choisir la bonne manière d'agir. Certains s'en souviennent peut-être : c'était un fiasco. C'est que Nathalie avait une vision d'un arbre des décisions bien peu végétal : à angle droit il tournait, il cherchait toujours à se terminer par une feuille conclusive et utile. Or, si les pensées sont végétales, et elles le sont ce n'est pas seulement parce qu'elles germent et bifurquent.  C'est aussi parce qu'elles sont plus nombreuses en périphérie qu'au centre. Qu'à la limite l'idée de départ peut mourir, le coeur de l'arbre être creux, cela n'interdit pas aux pensées et aux gestes engendrés d'être vivants et féconds. 
Nathalie ferme les yeux, regarde croître son idée comme si c'était une explosion. 
Elle ne cherche pas pour l'instant à recueillir des fruits. La forme de son action elle ne la connait pas encore. Mais elle voit se déployer en elle un objectif, se dessiner un procédé, se définir un mode de fabrication. 
Elle se découvre, petit univers en expansion.

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 11:02
explosion des distributeurs

Qu'est-ce que ça peut bien signifier, d'être patient, quand on n'attend rien?
L'impatience non plus ne veut rien dire, quand on n'attend rien.
Attendre : espérer ou craindre. Alors c'est arithmétique : s'il y a autant de peur que d'espoir, l'attente s'annule.
Donc, Nathalie Pages n'attendait rien. Elle espérait  que les choses pourraient changer. Elle avait peur que quelque chose arrive. Elle restait postée sans attendre, devant le grand distributeur automatique des opinions et des sentiments. En débit et en crédit les choses s'équilibraient, rien n'arrivait, ouf, rien ne changeait. Toujours la peur venait apurer la dette de l'espoir, dans un mécanisme de planche à billets très efficace pour tromper l'attente.
Mais voilà : le distributeur automatique de Nathalie a explosé. Celui-là même qui la pourvoyait en juste compte de peur et d'espoir.  Dans les entrailles de la machine, elle entrevoit la supercherie, c'est-à-dire l'absolue indisponibilité de toute valeur.
Désormais, Nathalie sait qu'elle n'a plus besoin de petites coupures. Désormais Nathalie attend beaucoup, sans espérer et sans avoir peur. Elle attend beaucoup, mais elle ira le chercher toute seule.


Pour ceux qui trouveraient ce texte trop métaphorique, je recommande vivement, pour précisions, la lecture de ces deux textes : "La crise" de Joachim Séné, et A bas l'utile, de Bernard Noël. Chez Publie.net.
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 19:17

coquille inversée 2
Le monde est neuf aux yeux de Nathalie. Elle fait les mêmes gestes, pourtant, et les choses autour d'elle sont les mêmes aussi. Elle s'endort de la même manière. Qu'elle marche dans la rue, qu'elle aille faire ses achats, qu'elle s'acquitte de son travail, elle est scrutée aussi minutieusement qu'avant, classée aussi précisément, prédite aussi sûrement. Mais c'est comme si cette écriture extérieure d'elle-même était devenue inopérante : dissoute dans une électrolyse soudaine.
Nathalie a trouvé en elle un verbe plus puissant que le destin marketé que se plaisaient à lui dessiner les modernes factotum du "c'est écrit".
Elle sait pourtant, elle sent, comme ce sentiment neuf est fragile, aussi friable que la coquille naissante de l'escargot. Le moindre enthousiasme pour l'appréhender peut lui être fatal. Le bel enroulement de ses idées s'écroulerait d'un rien.
Et puis quoi, ce bel enroulement de pensées : n'est-il pas lui aussi prédictible, descriptible, comme la coquille de l'escargot? Une belle architecture de plus, en tout point calculable. On peut même dire de l'escargot, quand il n'est encore qu'une larve, comment il va tourner : dextrogyre la plupart du temps. Alors une frêle pensée de liberté et d'accomplissement, comment ne pas la voir déjà se resserer en des spirales trop régulières? Comment ne pas la voir déjà se rigidifier dans un sens, toujours le même?
Certes, par nature, les escargots tournent dextrogyre. Du moins la plupart. Mais il se trouve que depuis quelques semaines, l'homme sait, par simple pression sur l'escargot naissant, faire changer le
sens d'enroulement d'une coquille.
Par simple pression. Or, qu'est-ce qu'une fiction? Etymologiquement, une simple pression. Fiction, de fingere «modeler dans l’argile». Par le modelage de la fiction, par sa caresse très particulière, il n'est pas impossible d'imprimer aux coquilles de nos pensées, avant qu'elles ne se rigidifient, un sens différent.

Reste à ne pas les écrabouiller, car la bouillie n'est ni sinistrogyre, ni dextrogyre, et sa plasticité n'est le gage que d'un ventre bien rempli, d'une tête bien colmatée.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 07:11


connexion
Que se passe t-il? Il semble qu'extérieurement tout soit comme avant dans la vie de Nathalie, et pourtant tout a changé. Dans l'opacité des pensées de Nathalie, peut-être à la faveur d'un heureux hasard, ou bien d'une légère surchauffe, un infime court-circuit a eu lieu. Le temps d'un millionième de seconde, les flux de pensées de Nathalie se sont dirigés, non plus vers le verbe "faire", mais vers le verbe "accomplir". Elle a senti au bout de ses doigts comme un grésillement, et depuis, à l'intérieur d'elle-même, c'est toute une syntaxe nouvelle qui se déploie. C'est peu de choses, de remplacer le verbe faire par le verbe accomplir. C'est peu de choses mais les conséquences sont immenses.
Il n'y a plus de devoir. Il y a de l'intensité.
Il n'y a plus la vitesse, nécessaire et mesurable. Il n'y a plus la lenteur, soupçonnée de vouloir saboter la performance. Il y a seulement la fulgurance. Et depuis cet exact point de fusion entre la vitesse et la lenteur, la pensée de Nathalie prend son essor.
En elle coule une sève électrique qui la rend vivante et femme, qui la rend humaine. Les visages des gens lui parlent comme jamais.
Ensemencée ainsi par la pensée de l'accomplissement, Nathalie se découvre plus grande qu'elle n'était. Elle voit désormais qu'elle ne se limite pas à cette petite parcelle cultivée, dont l'hygrométrie, le niveau de production, la quantité d'engrais attribuée, sont sans cesse mesurés, surveillés. (Car savez-vous comment on fait pousser les fruits commercialisables ? En stressant la plante, au bon moment, par une petite carence d'irrigation)
Elle découvre en elle de vastes territoires inexplorés, où aucune digue n'existe contre les crues.
L'intensité qu'elle ressent n'a rien à voir avec l'idée d'en faire quelque chose, pour la consommer, pour l'épuiser. Elle se promet au contraire de tenir le plus longtemps possible cette situation intenable, où la douceur est une infinie violence, où la violence ne blesse pas, ne meurtrit pas, mais dénude et caresse seulement.
Sa puissance elle n'en veut rien faire qui la galvauderait en pouvoir. Elle ne veut pas non plus la monnayer.
Elle voudrait seulement la donner, et qu'autour d'elle petit à petit le don se propage. Qu'on puisse entendre : ce que tu m'as donné, je le redonne, et je n'en suis pas pourtant dépossédé.


L'image que je redonne ici ne m'appartient pas. Empruntée sur le web à un projet reconstituant les chemins de pensées à partir d'un tableau lumineux d'itinéraire de métro. Plus ici.
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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 19:13

 catégorie chien
A la faveur de quelques commentaires gentiment réprobateurs, je m'interroge sur le destin de Nathalie Pages. Il semblerait en effet que je ne lui facilite pas la vie, et que les catégories censées la dessiner progressivement ne font que la défigurer. C'est vrai, sans doute. Mais peut-être était-ce ce qu'il y avait à montrer :
1- que les catégories échouent sans cesse à décrire la complexité du monde. Ainsi, Nathalie allait entrer dans un restaurant quand elle tomba en arrêt sur cet écriteau, qui la laissa perplexe : était-ce à dire que les bassets seulement étaient interdits dans ce restaurant, ou bien toute la catégorie chien, bien plus conséquente? De la même manière, l'écriture des sismographes sociaux perd en pertinence, souvent, ce qu'elle croit gagner en acuité, dans son souci constant d'affiner l'analyse.
2- que certaines catégories induisent le dénigrement. Ainsi, Nathalie Pages n'aurait eu aucune difficulté à considérer que l'écriteau désignait l'ensemble de la catégorie chien si un beau labrador avait été dessiné en lieu et place d'un basset. Nous avons tous intégré que certaines sous catégories de catégories sont plus représentatives d'universalité que d'autres. Et Nathalie Pages, qui ne fait pas partie d'une sous catégorie dominante et donc universelle, en subit les conséquences tout en souscrivant à cette manière de voir.
3- que les catégories souvent ne servent pas qu'à la description du monde, mais bien à l'exclusion d'une partie précise, précisément dessinée.
4- que la manipulation des catégories est suffisamment aisée pour que tout un chacun se retrouve, à un moment ou un autre, le basset de quelqu'un.

Ayant dit tout cela, que reste-t-il? Qu'à vouloir saboter un système puissant, et malgré tout reconnu comme utile, on court le risque de se brûler les doigts à la bombinette qu'on a soi-même posé, sans avoir entamé le plus petit pilier du grand ouvrage... Ainsi se retrouve Nathalie, légèrement sabotée. Mais de certaines blessures peuvent couler des sèves puissantes.

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 12:40

 consommation alimentaire
Nathalie Pages a beau être un personnage de fiction, elle ne déteste pas les nourritures terrestres. Il faut dire que c'est un personnage de fiction français. Quand elle est à table, elle éprouve un plaisir qui ne vient pas que du sentiment d'être rassasié. Elle ne pense pas non plus forcément aux 2022 cal/jour correspondant à son besoin d'apport énergetique, compte tenu de son poids, son âge, sa taille, et son activité.
Elle éprouve seulement le plaisir de la saveur, et de la correspondance, parfois inopinée, des goûts. Sous sa dent croque une petite noisette, et c'est un paysage qui s'ouvre à elle. Elle est exactement sur cette crête où la matérialité du monde se dissout en sensation, en sens. Elle a le pressentiment, peut-être, que ces questions de saveur, d'agencement, et de correspondances inopinées, pourraient être utilement transposées dans les relations entre personnes, mais comment faire? Dans la grande cuisine sociale, les bocaux sont bien rangés, étiquettés, soupesés... mais très peu mélangés.
Et puis reste que Nathalie ne vit pas pour manger.

Alors comment rendre compte de cela, de cet acte de restauration des forces de l'organisme, des forces de travail et de vie, sans passer un peu aussi par la quantification? C'est ainsi que le poids des différents aliments ingérés redevient très vite une valeur monétaire : combien pèse dans le porte-monnaie la viande achetée? On pourrait certainement mesurer la réussite d'un individu ou d'une nation à sa capacité à consacrer plus de budget aux aliments non roboratifs, plus goûteux, plus coûteux. C'est le lent déclin des féculents qui mesure le progrès. Mais alors, comment interpréter, depuis quelques années, la lente mais certaine revanche de la patate?

féculents
source : INSEE
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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 11:44

 entretien de développement personnel

Nathalie s'est un peu reposée sur ses lauriers ces derniers temps. Elle a, un instant, rêvé de gloire, de celle qu'Andy Warhol promettait à tout un chacun. Nathalie a rêvé il y a quelques jours de son quart d'heure de célébrité : las, elle ne fut pas invitée sur TF1 pour débattre avec le Président de la République, et pourtant nous savons comme elle s'acharne à être représentative.
Toute à sa soif de reconnaissance, elle en a un peu oublié son travail, et voilà que sonne l'heure des entretiens de bilan, entretiens dits "de développement professionnel".
Chez Oracle, les grilles d'analyses sont précises et multicritère. Ainsi, parmi 16 critères de développement, on peut noter l'item "savoir-être", caractérisé ainsi : implication, résistance à la pression, pro activité, anticipation, adaptabilité, capacité à positiver, dynamisme, écoute des autres, sollicitation et réceptivité au feed back, mobilité géographique. L'égalité d'humeur de Nathalie, qui peut être interprétée comme une certaine forme de résistance à la pression, a compensé sur ce point son caractère légèrement apathique.
Mais c'est sur la gestion des travaux et du temps que les choses se sont gâtées. Alors que les choses attendues d'elle en ce domaine étaient claires (o
rganise, priorise et réalise les tâches qui lui sont confiées, conformément aux échéances fixées et avec la qualité attendue ; donne de la visibilité à son encadrement, alerte en cas de difficultés et de dérive), elle a ces derniers jours accumulé une pile de factures à adresser, sans signaler ni difficulté ni dérive.
De ce fait, elle frôle aujourd'hui dangereusement la case rouge de l'échiquier d'évaluation. Car, alors que le niveau de difficulté de son travail est faible, elle n'a que très partiellement atteint ses objectifs : c'est à la limite de l'inacceptable.

rempli ses objectifs-copie-1

Sa courbe de développement a de ce fait, un côté gracieux et gracile, à onduler comme ça comme la tige d'une fleur à la corolle trop lourde.
Mais le résultat, c'est que Nathalie risque de se faire envoyer sur les roses.

progression professionnelle

 

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 13:03

 
stade paradoxal
La tentation est grande quand l'air du réel est mauvais, de s'enfuir, de s'enfouir sous la ouate du sommeil. Nathalie aspire à l'oubli d'elle-même, elle veut sombrer. Moins repos que répit. Répit d'écriture d'elle-même par les sismographes enregistrant ses moindres faits et gestes, sondant ses moindres états d'âme. Au moins dans le sommeil elle échappera à la définition d'elle comme un matériau d'écriture, pense t-elle. Elle pourra devenir, à défaut d'être un visage crédible, un corps existant pour lui-même. Bien sûr elle se trompe. Car, sitôt qu'elle parvient au sommeil, après le difficile combat d'endormissement, débute en elle une autre écriture, non moins féroce, non moins risible. L'écriture du rêve se déploie en elle, devenue territoire catatonique et inemployé socialement. Certes, le fait et le geste sont en elle abolis (plus de tonus musculaire) : mais l'image s'arroge tous les pouvoirs (bouffées de mouvements oculaires rapides).
Nathalie rêve : drôle d'expression, qui fait croire à une action, menée par un sujet agissant. Nathalie rêverait comme parfois elle court. Mais non. Ce qui rêve en Nathalie n'est pas Nathalie. Ce qui rêve en Nathalie n'est pas non plus seulement le monde, et la lecture hallucinée qu'elle put en faire aux états de veille. Ce qui rêve en Nathalie c'est le rêve lui-même, personnage de fiction s'il en est.
Le rêve est un personnage de fiction, le seul qui puisse exister sans visage. Il s'empare de nous chaque nuit (6 ans de rêve dans toute une vie) et nous imprime de ces actions, encre à la fois indélébile et floue.

C'est peut-être pour ça que Nathalie ne se sent pas très bien ces derniers temps. Il faut avouer qu'entre deux personnages de fiction, elle et le rêve, je lui ai préféré le rêve. Dans le même esprit de traque, j'ai cherché en un combat forcément perdant à écrire le rêve. Je n'en ai tiré qu'une chose certaine : son nom. Le rêve s'appelle Saphir Antalgos.
En attendant de pouvoir lire Saphir Antalgos, travaux de terrassement du rêve, grâce à publie.net, dont je suis heureuse de rejoindre le très riche catalogue, il est possible pour en savoir plus d'aller faire un tour sur remue.net.

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 21:46

IMGP1251 

Nathalie Pages ne se sent pas très bien. La preuve, c'est les soldes et elle n'en profite pas.
Quelque chose, cette année, la dégoûte, de cet empressement nécessaire vers la marchandise accessible, de cet appétit sans assouvissement que provoque la consultation des portants trop remplis du prêt-à-porter.
Elle ne sait pas dire, exactement, ce qui la gène ou la pertube. C'est comme si en elle quelque chose se diluait. Comme si les traits de son visage devenaient illisibles, à force, peut-être d'être communs, puisque son existence entière ne se dessine que ce par ce qui est communément répertorié. Ou peut-être ce qui se dilue en elle est le désir, du moins le dessein, de son auteur. C'est cela qu'elle ressent, que ce qu'elle forme est indécis, et s'épuise et s'assèche avant d'être dessiné.
Mais il y a autre chose. C'est comme si en elle quelque chose était une proie. Ce qui la guette, elle ne sait pas. Elle ne sait pas si c'est sa propre avidité sans objet qui la menace de dévoration, ou bien un contexte social, économique, qui n'est un festin pour certains que parce que d'autres jouent le rôle de la victuaille. Ou bien, ou bien, encore, peut-être, ressent-elle tout près d'elle la fureur d'une Médée putative prête à dévorer ses propres enfants.
Pour lutter contre ces visions de dévoration, pour éviter de leur trouver des raisons, disons, politiques, ou littéraires, ce qui est parfois la même chose, Nathalie ce soir prendra de quoi dissoudre son  angoisse en même temps que son visage, Nathalie avalera le psychotrope, dont elle fait une consommation moyenne de 2,25 boites par an.

pour plus d'informations statistiques sur la population d'Angoisse, cliquer ici (car ce serait plaisant de lui assigner un territoire bien circonscrit)

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