Une bouche de plus à nourrir
Rêve.
Un polyèdre complexe se présente à moi. Le nombre exact de ses faces, je l'ignore.
Il change tout le temps. Comme une cellule en phase de division accélérée, le polyèdre évolue à chaque seconde. Tout en lui est instable, en même temps qu'immuable. Sur chacune de ses faces il y a quelque chose à inscrire : un champ à renseigner. C'est un boulot fou. Je clique, j'inscris, et aussitôt une nouvelle surface lisse et avide de renseignements apparaît. Nom prénom pseudo code de connexion date de naissance profession études parcours professionnel adresse téléphone fixe mobile adresse travail nom du supérieur hiérarchique nom des enfants nom conjoint code bancaire code porte code messagerie code sécu écrivain préféré restaurant préféré nom du premier professeur nom du premier animal domestique origine ethnique antécédents médicaux casier judiciaire revenus mensuels préférences sexuelles goûts musicaux pensées actions opinion omissions amis amis amis amis amis amis amis amis amis amis amis amis amis amis amis, personne à prévenir en cas d'accident : ce polyèdre veut manger tout mon réel.
Ce que j'éprouve à l'égard de cette figure,
c'est l'inquiétude soucieuse de bien faire de l'élève, face au maître multipliant les consignes à plaisir,
c'est l'empressement anxieux et exaspéré de la maman oiseau face au gosier écarlate de ses sept oisillons, sauf qu'ils sont ici indénombrables,
c'est l'étourdissement proche de la terreur, la grâce affolante des élus, pressés dans l'essaim des chérubins, de plus en plus nombreux, de plus en plus pressants.