Une bouche de plus à nourrir
Je fomente quelque chose d'effroyable. J'y pense tout le temps, même en rêve, et de nouveau quelque chose scintille, mica de cruauté bisauté douceur, qui fait que le monde me semble, disons, acceptable. Je fomente, à peine des actes, seulement un peu...
" Je ne trouve rien de plus ridicule au monde qu'un diable qui se désespère ." Faust , Goethe Est-ce le temps soudain plus long? Est-ce la conscience de la fausseté de ce temps plus long que morcellent déjà les multiples tâches domestiques que Nathalie...
Raboter, raboter. Maintenir suspicion, circonspection pour la matière à travailler : elle est toujours trop épaisse, inégale. Donc : raboter, raboter. On sent, en dessous, que ça s'abandonne à la lourde caresse, puis au biseau de la lame. Le geste est...
Vu : une japonaise élancée, jupe courte, juchée sur des talons étroits et pointus. Elle était dans cette rue, comme en arrêt. Elle n'était pas perdue, ni désespérée. Elle n'attendait pas, non plus. Elle était seulement retenue. Regard au sol, prenant...
Nous rêvons d'ouvertures faciles. Nous n'avons pas les mains si expertes, et si peu d'outils. Le burin nécessaire au descellement de la malle au trésor : lourd, trop lourd pour nos bras frêles. L'ouvre-boite : bon pour les épinards, mais ce n'est pas...
Prendre un bloc de réel : toujours beaucoup trop épais. Il faut dégrossir. Mettre un coin dans la tranche, taper. Le réel est friable, il cède assez volontiers. Hélas, jamais selon le chemin de faille prévu. On se retrouve avec des pièces aux formes fantasques,...
Un certain nombre de plots ont été installés au devant de nous. Ils sont là, ils cantonnent nos cheminements. Nous restons en deça, toujours, car nous savons qu'ils sont là pour notre sécurité. Ceci est fort bien, mais il se trouve que plus le temps passe...
Toute transformation réclame effort. La lumière qui sort comme ça toute seule sans avoir mal aux cuisses, ça fait longtemps que ça se fait plus. Fiat lux, oui, mais faut pédaler. Ca éclaire mal, en plus. Jamais plus de quelques secondes d'avance sur le...
Thierry ne dort plus depuis que lundi, Nathalie a disparu. Pendant la journée, il s'épuise en recherches stériles, en spéculations vaines. Il préfère aujourd'hui penser qu'elle est partie de son plein gré. Il préfère penser cela, plutôt qu'imaginer autre...
Ecrire : chercher la figure juste. La plus vite trouvée : un visage. Un visage est toujours une figure juste. Miroir de l’âme, peut-être pas, mais au moins configuration efficace de traits. Ensemble ils disent quelque chose. Ensemble, les traits du visage...
Dans cette maison, il y a des endroits sombres, qu'aucune électricité ne vient encore révéler. Bien sûr on peut y pénétrer à la lampe torche, découper des morceaux de réel dans tout ce noir accumulé. On voit alors des dizaines de bouteilles jonchées,...
Nathalie Pages ne se sent pas très bien. La preuve, c 'est les soldes et elle n'en profite pas. Quelque chose, cette année, la dégoûte, de cet empressement nécessaire vers la marchandise accessible, de cet appétit sans assouvissement que provoque la consultation...
De quoi se nourrir? Du réel, de tout façon il n'y a que ça. Simplement voilà, on est tellement habitués au glacage par dessus, à tout ce falbala de décoration, de fiction, d'amélioration, que tout nu, tout cru, le gros gâteau semble pâteux, désespérement...
Demain donc, à l'invitation de Remue.net, tenter de répondre à la question, ce qu'internet change à l'écriture. Dans cette question, une autre lovée tout contre, ce que ça change à la lecture. Ce qui m'occupe en ce moment, dans l'écriture, pertube toutes...
Ci-joint la main d'un poète, et c'est une chouette occasion que ce soit justement celle d'un poète qui me soit livrée transparente. Car, cette photo qui n'est pas de moi bien sûr, prouve un certain nombre de choses : - que l'opacité de ce qui nous traverse...
Il y aurait bien, parfois, dans l'idée d'écrire, une tentation de ménagère : faire disparaître la crasse du monde. Le texte fait éponge : frotté au réel, il s'imprègne, absorbe tout ce qui est dégueulasse. Le jus qui sort quand on essore, ce n'est pas...
Vous dire seulement cela, que depuis le 15 janvier et cette belle journée anniversaire de Remue.net, j'ai découvert des nouvelles fréquences, affiné les règlages pour mieux recevoir d'autres que je suivais déjà. Maryse Hache en a parlé mieux que je ne...
C'est par sa chevelure que nous en sommes venues aux mains, et j'aime cette possibilité offerte de donner un autre sens à cette expression toute faite, de faire qu'on puisse en venir aux mains en toute douceur. Dès mon arrivée j'ai été attirée par sa...
J'aurais bien pu y aller, toute cette semaine, au lycée. Pas pour mener ateliers d'écriture : à l'intérieur il n'y avait pas d'élèves, ou peu. Mais je me suis posé la question, dois-je y aller quand même, aller voir, témoigner de ce blocage parmi d'autres?...
J'ai passé trois jours sous le vent, dans la lumière. J'ai vu le brise-lames. Quand on y est, on voit bien que ce qui résiste ce n'est pas le rempart, mais les plis et les trouées. Dans les brèches la vague s'engouffre et oublie sa fureur, d'être ainsi...
La question de savoir si on correspond à un prototype est sans doute importante, mais Nathalie ne se la pose pas. La question qu'elle se pose c'est, comment pousser les murs , pas de savoir si elle vit dans une surface que ceux qui détiennent les clés...
Elle a un menton un peu pointu et des yeux avenants. Elle m'a souri quand je me suis assise en face d'elle. Elle a bien voulu se prêter au jeu, contente parce que ça lui rappelait Agnès Varda, cette histoire de mains glanées. Elle m'a tendu ses mains...
Nous disposons d'un fier bateau. Grand, robuste, faisant son effet. Mais il est peu manoeuvrable, si bien qu'on renonce au bout d'un temps à sortir du port. Alors, au soir tombé on se glisse dans l'annexe. Vues de là toutes les vagues sont plus hautes....
Aujourd’hui, Nathalie a commencé une nouvelle mission. L’intérim, ce n’est pas vraiment son choix, mais ça s’est fait comme ça. Il y a eu sa première grossesse. Puis un congé parental, suivi d’un temps partiel pour le mercredi. Il y a eu la seconde grossesse,...
Quand les faits tardent à venir d'eux-mêmes, quand la réalité se brouille, quand le geste du héros est englué dans des logiques extérieures à son propre mouvement, contradictoires et illisibles, il n'y a qu'une solution : s'en remettre aux Pythies. C'est...