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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 11:27

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Ca commence comme ça, faire jouer sur leurs gonds des huisseries endormies. Ca grince, ça s’ouvre. Ca fait rentrer la lumière, l’air.
Regard autour, mesure des proportions, des abandons.
Soulever la poussière. Débusquer des insectes affolés et leurs larves.
En passant, sentir que l’on emporte aux épaules, et dans les cheveux, des restes de soies noires et complexes, qui lentement s’étaient tissées aux encoignures. Sur la laine elles resteront fidèles, d’avoir ainsi été déchirées.
Aller chercher un plumeau, long, long, long, pour mettre beaucoup de distance entre soi et les toiles à désengager. Il y en a tellement, il y en a partout. Et leurs formes, on pourrait en faire catalogue.
Il y a les à peine perceptibles pelotes de soie blanche, accrochées aux plinthes, tenaces, coriaces malgré leur délicatesse.
Il y a les grands plaids épais et suspendus en hamac entre deux poutres. Celles-là resteront : trop hautes pour être atteintes. Et on se prend, aussi, à aimer le filtre qu’elles font à la lumière venant du toit.
Il y a les récentes, les habitées, les sournoisement cachées. Celle-là on ne les dégomme pas au balai. Recours à l’arme lourde. On ouvre le placard et dès qu’ouvert on braque l’aspi dans les coins, comme dans les films américains. Parfois la locataire résiste un peu, sur ses longues pattes s’enfuit, s’accroche, avant de céder, comme nous tous un jour, à l’aspiration.
Il y a aussi ces nobles amas noirs accrochés en haut des portes, écroulés sur eux-mêmes comme des vieux astres, et faisant un bruit mou et lourd, un bruit d’oeuf gobé, quand le tube les happe.
Et puis, on croit qu’on a fini le travail, et on aperçoit encore un filament qu’un faible courant d’air fait danser. On l’attrape, on l’arrache, et vient alors sous le doigt toute une histoire planquée, plaquée. Une écriture fine et clandestine, en affleurement des murs, de tous les murs. Et de se prendre à espérer d’être lue un jour comme cela, par surprise.

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Published by cécile portier - dans Habitable
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commentaires

des araignées au regard de soie 01/05/2011 20:16


Un lambeau de toile est d’abord tissé dans un coin.
Puis il continue à s’étendre jusqu’au moment où un fil trop présomptueux est aperçu.
Ainsi, de fil en fil, le regard remonte à la toile clandestine.
Et alors la bestiole jusque là tapie, sort de son trou pour ensuite être traquée. Mais elle aime ça : elle se sent vivre enfin. Car le monde jusque là n’était qu’une proie qui se pliait mollement à
ses volontés, tombant dans ses fils et aussitôt avalée, digérée : la bestiole n’était qu’un enfant qui n’affrontait pas vraiment la résistance contondante du monde.
Un être maintenant peut venir trouer sa toile et il lui faudra tisser de nouveaux fils en dialogue avec ce qui peut traverser son œuvre à tout moment.


cécile portier 02/05/2011 09:24



Merci pour ce beau commentaire, et pour la découverte qu'elle me permet



gmc 27/04/2011 17:29


combien de temps tenez-vous en apnée, cécile?^^


cécile portier 02/05/2011 09:25



Voyez, assez longtemps, en tout cas, parfois, pour répondre aux  commentaires!


 



gmc 26/04/2011 22:32


CINEMA SANS QUARTIER

Aspirer les étoiles
Pour peigner la chevelure
D'une comète qui jongle
Nue comme une funambule
Sur le bout de ses cils

Expirer sans étoile
Brutalité du diamant
Autour duquel bouillonne
L'eau des rêves
Et le parfum des déesses

Respirer en étoile
En laissant décanter
Les tirs croisés
Que les missiles sol-air lancent
En sculptant les nuages


cécile portier 27/04/2011 14:48



Et l'apnée?



delest 26/04/2011 22:22


Fermement campées sur leurs huit papattes dépourvues de Rolex, nos véloces tisseuses nous préservent de bien des chiures de mouches. Aussi est-il nettement préférable d'aspirer à être consacré sur
la Toile, que de se consacrer à aspirer les toiles.


cécile portier 27/04/2011 14:46



Ah, vous n'en savez rien, pour les Rolex. Si ça se trouve il y a quand même des araignées qui réussissent leur vie mieux que d'autres, ne serait-ce que parce qu'elles ont choisi le meilleur
recoin de placard



gmc 26/04/2011 17:16


INDEED

C'est comme cela
Que tu te lies
Quand les lances de l'espoir
Pointent leurs yeux mordorés
Sur le galop des nuages

C'est comme cela
Que tu te lis
Quand vient le temps
Des boomerangs
Et du spectacle
Sur tes faux-cils

C'est comme cela
Même si c'est ainsi
Ou même si différent
Que m'aime le délit
Qui se lit en déliant
Et se lie toujours en souriant


cécile portier 27/04/2011 14:45



Spectacle sur faux cils, oui, permet de garder ces cils vrais au frais