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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 21:37

 

 

800px-iule
La iule est un myriapode vivant sous les pierres et qui s’enroule en spirale en cas de danger. Attention, cet animal n’a rien à voir avec l’autruche, qui n’a que deux pattes et est beaucoup plus grosse.

La iule jouit en paix de la pénombre et de l’humidité, méditant à petit pas sur la profondeur de l’humus qui l’accueille.

Vous, promeneur des forêts, arrivez, balourd, comme toujours vous comportant, impérialiste, en pensant que les lieux sont à vous, que les choses sont à prendre. Vous avisez une pierre plate, d’un gris tendre, et qu’un lichen phosphorescent a réussi à tapisser sur sa face Nord. Lourde et imposante, néanmoins familière et parée d’un semblant de confort bourgeois grâce à ce lichen opportun, elle serait parfaite pour s’y asseoir et faire une pause.

Le problème est que comme toute chose, la pierre s’obstine à ne pas vouloir vous servir spontanément, et qu’elle est pour l’instant (pensait-elle : pour toujours) posée selon une inclinaison trop marquée qui rendrait inconfortable toute station assise. Vous auriez les genoux dans la poitrine et le cul de guingois, versant par le Nord, car c’est précisément le penchant de la pierre de ce côté-ci qui a rendu le lichen possible. Il vous faut donc absolument rétablir l’ordre des choses, rendre cette pierre serviable, c’est-à-dire horizontale. Elle se croyait menhir, la voici tabouret. Mais elle  obtempère, n’opposant à vos désirs que la certitude de son poids, qui ne l’empêchera pas d’être déplacée, mais vous vaudra un tour de rein. C’est le prix qu’on paye généralement à vouloir plier le monde.
Ce prix là, plus d'insignifiants dommages collatéraux. Car sous la pierre, la iule roupillait. De tout son long. Les pattes en éventail.  Déployée ainsi, on aurait dit un très grand mot composé presque exclusivement de m et de n : la iule, par sa forme même, révélée comme l’incarnation de ce qui désigne un geste doux et habile, mais paresseux : maniementminimum.

Et voilà que vous la mettez à découvert.

Que peut-elle faire ? Fuir ? Ses trop nombreuses pattes sont une entrave à la vitesse. Faire face ? Mais que peut vous infliger le minus, à vous, le monument ?

Affolée, la iule s’enroule. Se faisant elle devient, l’espace d’un instant, l’avatar subreptice du point d’interrogation, reflétant votre inquiétude devant l’abscons et vil animalcule à peine entrevu. Et zuit, l’instant d’après, en un tour de iule la voici devenue rond, la voici devenue point
A jamais indéchiffrable, elle se renfrogne.

Et que peut-on opposer à un point final, sinon les dégâts que cause tout découragement ? Comme le lecteur qui, épuisé par le poids des mots, referme d’un coup son dictionnaire, vous faites retomber la pierre sur la iule, qui n’en peut mais.

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Published by cécile portier
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commentaires

Zoë 25/09/2010 14:53


Roooh! Non ! Tout ça est métaphorique


Zoë 24/09/2010 22:20


J'éprouve instantanément de la compassion pour Iule. Que de fois, alors que nous roupillons tranquillement, un mastodonte quelconque nous afflige de ses impérieuses nécessités.


cécile portier 25/09/2010 14:50



c'est de ton époux dont tu parles, Zoé?



Depluloin 24/09/2010 19:43


Quel superbe traité de ponctuation!!


cécile portier 25/09/2010 14:49



suspension, suspension



PhA 24/09/2010 19:21


Si petit et déjà la tentation de l'infini.


cécile portier 25/09/2010 14:48



Va beaucoup plus vite pour y arriver, que nous obligés de compter sur nos dix doigts,



Aléna 24/09/2010 14:14


il ne faudrait surtout pas s'aviser de mélanger ce texte avec celui du dessous...

Le point d'interrogation qui devient point final... joli! que dis-je? vrai!


cécile portier 24/09/2010 18:02



vous reprendrez bien un petit peu de marmelade de iule?