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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 00:08

Plaisir d'accueillir, en ce vendredi 1er avril, et grâce au jeu facétieux des vases communicants, cette série d'aphorismes de Bertrand Redonnet, que je connais (trop) peu, mais avec qui je sais sans preuve que je partage bien des choses (notamment, et heureusement nous ne sommes pas seuls, le fait d'aimer Brassens). Merci Bertrand d'être venu m'inviter à écrire dans L'exil des mots. Chez vous, je ne me sens pas du tout en exil, mais plutôt comme si j'y avais toujours eu mon rond de serviette.

 

 

Littérature ultra contemporaine : pourquoi se compliquer l’existence à faire simple quand c’est si simple de faire compliqué ?

Quand je crois avoir fini d’écrire un truc qui est censé devenir un livre, j’ai toujours l’impression en relisant le manuscrit  - le tapuscrit si vous y tenez vraiment -   d’avoir écrit un livre qui est devenu un truc.

Le destin des livres en algèbre :
+  X  -  = - : un livre bien écrit et mal lu se dirige tout droit vers le pilonnage.
- X + = - : un livre mal écrit et bien lu verra une carrière qu’il n’aurait jamais dû entamer se solder dans les latrines.
- X - = + : un livre mal écrit et mal lu pourra faire un succès de librairie.
+ X + = +. En principe. Mais un livre bien écrit et bien lu, c’est de plus en plus rare.

Un langage qui ne nous ramène pas chez nous en nous poussant vers l’autre, est un langage mort.

J’ai vécu une époque fort plaisante, hélas déjà trop lointaine, où certains philosophes se piquaient de voyoucratie et certains voyous de philosophie. Aucun n’ayant été jusqu’au bout de ses louables ardeurs, philosophie et délinquance ont immanquablement sombré dans la vulgarité.

Grammaire : on n’est pas anarchiste, on se sent. Et c’est un sentiment du monde qui ne se conjugue qu’au présent de l’indicatif. Au passé, ça fait engagement de pubère devenu vieux et pataugeant dans une nostalgie avinée de fin de soirée, au futur ça fait  promesse qui ne sera pas tenue, au conditionnel mauvaise appréciation des distances et des vitesses, au subjonctif fantasme poétique.

J’avoue me délecter de certaines liaisons mal à propos. Par exemple : les manifestants ont hué les parlementaires.

Un misanthrope, c’est souvent quelqu’un qui a poussé l’humanisme à son point culminant.

Se suicider est une faute de goût, ne serait-ce que parce que la forme pronominale en fait un affligeant pléonasme.

L’enfermement est plus supportable en prison que dans la rue. Disons que les choses y sont plus clairement énoncées. Mais on n’aime pas ça, les choses claires. C’est pour ça qu’on préfère nettement la rue.

Dans le langage carcéral, on dit avec mépris d’un hôte récurrent pour délits mineurs qu’il tombe pour la gamelle, c’est-à-dire qu’il fait régulièrement une connerie - le plus souvent aux portes de l’hiver - pour être au chaud et manger tout son saoul.
Ce serait quand même plus intelligent de parler de stratégie du désespoir.

Etre amoureux participe de la fixation névrotique. Ce qui, hélas, hélas, trois fois hélas, ne signifie point que ceux qui ne le sont pas ne font pas de fixation névrotique.

J’en termine avec un aphorisme de mon ami Stéphane dans sa Semaine des quatre jeudis : l’exercice de l’aphorisme est un art contraignant, il faut être terriblement précis dans l’imprécision.

J’espère avoir été assez flou.

 



Liste des vases communicants du mois d'avril (merci encore à Brigitte Célérier) :

 

Sandra Hinège http://ruelles.wordpress.com/ et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/

Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/ et Christophe Sanchez http://www.fut-il.net/

Guillaume Vissac http://www.fuirestunepulsion.net et Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/

Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/ et Marc Pautrel http://blog.marcpautrel.com/

Dominique Hasselmann http://dh68.wordpress.com/ et François Bon http://www.tierslivre.net

Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/ et Stéphane Bataillon http://www.stephanebataillon.com/

Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com et Benoît Vincent http://www.erohee.net/ail/chantier/

Franck Queyraud http://flaneriequotidienne.wordpress.com et Samuel Dixneuf-Mocozet http://samdixneuf.wordpress.com/

Anne Savelli http://www.fenetresopenspace.blogspot.com/ et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/

Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/ et Maryse Hache http://semenoir.typepad.fr/

Claire Dutrait http://www.urbain-trop-urbain.fr/ et Jacques Bon http://cafcom.free.fr/

Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Bertrand Redonnet http://lexildesmots.hautetfort.com/

Isabelle Pariente-Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/ et Jean Prod'hom http://www.lesmarges.net/

Christopher Selac http://christopherselac.livreaucentre.fr et Franck Thomas http://www.frth.fr/

Morgan Riet http://cheminsbattus.wordpress.com/ et Vincent Motard-Avargues http://jedelego.free.fr/

 




















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Published by cécile portier
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commentaires

Michèle 04/04/2011 15:36


Je ne connaissais pas ce texte de Couté (j'ai le tome 1 de ses œuvres) et je ne connaissais pas non plus Kaloutch. Connais pas grand-chose, en fait...


Bertrand 04/04/2011 08:56


Merci de votre lecture.
J'aime énormément ce Gaston Couté que j'ai mis là en intro et pas exactement comme un cheveu sur la soupe. Dommage que la vidéo s'attarde un peu trop sur la redoutable icône, même si c'est au
millième degré, puisque, en même temps, le poète chante les nichons de sa dulcinée, mais bon...

Ces vases communicants, dont on ne dira décidément jamais assez de bien, c'est aussi l'occasion d'aller se balader un peu partout, de faire bouger les cloisons sans faire tomber la maison.
On a hâte que s'élargisse le cercle des participants
Salut à tout le monde


brigitte Celerier 01/04/2011 17:43


savoureux (pas étonnée)


Michèle Pambrun 01/04/2011 15:29


Toujours aussi percutant, mon cher Bertrand... :)

Excellente initiative que cet échange avec Cécile Portier, qui m'a fait me replonger dans son excellent "Contact" (DéplacementSeuil).


stephane 01/04/2011 14:43


Merci pour le clin doeil, Bertrand. Et je confirme, nos univers aphoristiques (heu...) sont très voisins.